Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 12:06
Cumuler salaire et RSA pour accroître ses revenus ? Sur le papier, c’est l’idée du revenu de solidarité active. Dans les faits, l’équation est tout autre pour ceux, comme Guy, qui se débattent avec des revenus d’activité irréguliers.

Guy travaille au domicile de particuliers, à Angers, pour de l’entretien et du petit bricolage. Payé en chèque emploi service, il fait partie de ces travailleurs précaires qui "bénéficient" du revenu de solidarité active mis en place en juin 2009. Il dresse un bilan très critique de ce dispositif, dont les effets semblent bien éloignés des premières intentions de son instigateur Martin Hirsch.

"Le problème, considère Guy, c’est que les effets négatifs du RSA apparaissent petit à petit, sans que personne ne vous prévienne." Au fil des mois, c’est ainsi toute une série de petits avantages qui disparaissent avec la perception de ce nouveau revenu : "Il y a d’abord eu l’allocation logement, puis le forfait téléphonique social, et ensuite l’exonération de redevance audiovisuelle et de taxe d’habitation…"

Petit à petit, la suppression de ces avantages grignote le pouvoir d’achat de Guy. Il n’est d’ailleurs pas le seul à faire ce constat, comme l’illustre ce témoignage d’une Choletaise en contrat d’insertion.
 
Mais pour lui, dont les revenus d’activités sont très irréguliers, le RSA présente d’autres inconvénients : "J’ai fait beaucoup d’heures de travail d’octobre à décembre, et j’ai actualisé ma situation en janvier. Mon RSA sera donc très faible en février et mars. Si je fais moins d’heures sur cette période, je perds à tous les niveaux…" Par comparaison, le montant de l’allocation de retour à l’emploi est lui calculé dès que les revenus du mois écoulé sont connus, évitant cet effet de décalage.

Pour Guy, le RSA distingue en fait trois publics différents : "Il y a ceux qui étaient auparavant au RMI et qui n’ont rien de plus avec le RSA, ceux qui touchent un salaire régulier proche du Smic et qui vont peut-être y gagner un petit quelque chose (peut-être contrebalancé par une perte sur la prime pour l’emploi, ndlr) et enfin ceux, comme moi, qui ont des revenus faibles et, surtout, instables. Pour nous, le RSA devrait aboutir à un tassement du total de nos revenus aux alentours de 800 à 1000 euros par mois, sans augmentation globale." Pas de quoi donc sortir de la précarité. C’était pourtant l’objectif annoncé.
Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 15:29
Allocataire du RSA "ras-des-pâquerettes", Anne-Marie livre le témoignage d’une galère ordinaire, où la frontière entre précarité et grande pauvreté devient floue, seulement gardée par une discipline de vie sans faille. A condition d’en avoir la force, jour après jour.

Anciennement au RMI et maintenant au RSA (sans changement de ses revenus), Anne-Marie connaît la galère d’une situation que l’on pourrait qualifier "d’ordinaire" pour ceux dont les rentrées mensuelles se limitent aux minima sociaux. En ce mois de janvier, factures et frais payés, il lui restait 50 euros pour vivre.

Pourtant, Anne-Marie a la chance d’être logée à peu de frais : allocation déduite, il ne lui reste que 80 euros à sortir pour son appartement loué par un office HLM. Le seul problème lié à son logement demeure son chauffage, individuel au gaz, sur lequel elle a un peu trop tiré l’hiver dernier. Avec à la clé une facture de 800 euros qu’elle n’a pas encore fini de régler.

Pour ses déplacements, à défaut de permis de conduire et bien sûr de voiture, Anne-Marie fait tout en bus. Sa situation lui donne droit à une carte au tarif de 8 euros pour deux mois. Sauf lorsqu’elle est radiée de Pôle Emploi et ne peut alors plus y prétendre. "C’est arrivé l’automne dernier. Je n’avais pas pu me rendre à une convocation à cause d’un rendez-vous médical. Pourtant je les avais prévenus mais non, j’ai quand même été radiée." Pendant deux mois, elle a donc dû payer le bus au prix fort : 10,30 le carnet de dix tickets. "Avec un carnet par semaine, ça finit par compter…"

Pour ses dépenses courantes, Anne-Marie refuse de s’adresser aux associations d’aide. "J’y suis allée quand mes enfants vivaient avec moi, mais je me sentais honteuse. Maintenant que je vis seule, je préfère me débrouiller." L’acquisition d’un grand congélateur (grâce à un prêt CAF) lui permet de stocker la livraison qu’elle commande mensuellement auprès d’une entreprise de surgelés. "Faire ses courses avec le bus, ce n’est pas pratique. Ou alors il faut prendre en petite quantité et ça revient plus cher."

Pour l’habillement, c’est évidemment la règle du moindre coût. "Là je n’avais plus de chaussures. J’ai acheté une paire de bottes d’hiver en soldes. Ou sinon j’achète sur les marchés, on peut trouver des bonnes affaires. Mais bon, pour l’instant ce n’est pas possible. Je vais attendre mars ou avril, lorsque j’aurai fini de payer la facture de gaz."

Pourtant, ce n’est pas la précarité matérielle qu’elle déplore le plus. "Le pire, c’est l’ennui. C’est de ne pas sortir de chez soi, de n’avoir rien à faire." Les activités qu’elle affectionne sont nombreuses cependant : bricolage, couture… Or là aussi le manque de moyens complique les choses : "La moindre fourniture de bricolage, c’est tout de suite cher." Restent les copines, qu’elle voit de temps en temps, et une association d’entraide. "Mais bon, ça ne remplit pas la semaine…"

Si elle admet des moments de faiblesse, et même une "grosse dépression" il y a quelque temps, Anne-Marie refuse de baisser les bras. Elle reste d’un contact chaleureux, se livre, rit volontiers. Mais surtout garde l’espoir de retravailler. "Il faudra bien de toute façon. Je ne vais pas continuer comme ça toute ma vie."
Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 11:59
Dans un article mis en ligne sur son blog le 11 décembre, l'économiste Gilles Raveaud livre une analyse très intéressante de l'émotion créée par la situation économique de la Grèce, présentée ces derniers jours comme étant au bord de la faillite.

Tout d'abord, explique Raveaud, la Grèce n'est absolument pas en faillite. Au passage, il tord le cou à l'idée selon laquelle un endettement dépassant 100% du PIB serait le signe d'une banqueroute imminente. Mais il est vrai que les lamentations sur ce registre sont parfois bien pratiques pour justifier l'absence d'ambition d'un gouvernement, principalement en matière sociale : on se souvient du "je suis à la tête d'un Etat en faillite" lâché par Fillon, ou encore du "qu'attendez-vous de moi ? que je vide des caisses qui sont vides ?" argué par Sarkozy lors de sa désormais célèbre conférence de presse de début 2008.

Par ailleurs, souligne Raveaud, de nombreux Etats, comme la Belgique ou l'Italie, se sont déjà trouvés dans des situations bien pires que celle de la Grèce sans susciter le même émoi. On pense également aux Etats-Unis, dont le surendettement était connu avant crise sans qu'on s'en émeuve : la bonne santé de l'économie américaine était au contraire saluée par les agences de notation ; celles-là mêmes qui aujourd'hui dégradent les créances émises par la Grèce !

Pourquoi cette différence de traitement ? Elle tient, estime Raveaud, aux "représentations mentales" des agents financiers. Et selon ces représentations, la Grèce serait "un pays peu rigoureux, mal géré, où la fraude fiscale est généralisée et l’Etat dispendieux…" Que ces clichés renvoient ou non à une réalité est ici accessoire : l'important est qu'ils existent et qu'ils suffisent à influencer les agents économiques de manière déconnectée de la situation réelle, avec des incidences très concrètes. Ainsi, en dégradant les créances grecques, les agences de notation contribuent directement au renchérissement du crédit pour cet Etat, aggravant ses difficultés.

Le poids des clichés dans les grandes politiques économiques est sans doute non négligeable, dans de nombreux domaines. Ainsi en est-il de la politique de l'emploi
et, notamment, de la loi sur les "droits et devoirs" des chômeurs. Une disposition de cette loi, applicable depuis l'automne 2008, a introduit pour les chômeurs l'obligation d'accepter les "offres raisonnables d'emploi" qui leur sont faites, sous peine de perdre leurs droits. A l'origine de cette disposition, on trouve le cliché selon lequel les chômeurs seraient des fainéants préférant toucher leurs allocations plutôt que de travailler.

Or plusieurs éléments permettent de dénoncer ce cliché et son interprétation par cette loi. En effet, cette obligation devient contraignante uniquement pour les chômeurs présentant les caractéristiques suivantes :
- des offres "raisonnables" leurs sont faites (logique)
- ils ont, avant d'être au chômage, suffisamment travaillé pour ouvrir des droits (autrement la sanction prévue est inapplicable)
- ils sont trop trop paresseux pour accepter de retravailler sans menace de sanction

Au final, ce cliché dépeint des situations ultra-minoritaires au sein de l'ensemble des demandeurs d'emploi, et en tout cas très éloignées des situations vécues par les chômeurs les plus éloignés du monde du travail, c'est-à-dire ceux qui ont très peu travaillé et auxquels on ne propose de toute façon rien, parce que leur "profil" n'intéresse pas les employeurs.

Résultat : selon le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), neuf mois après l'application de cette loi, seuls quatre chômeurs avaient été sanctionnés pour ce motif. Autant dire rien, pour une loi dont le principal effet aura été de conforter un cliché déjà trop répandu.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 17:39

Soit, d'un côté, le nombre d'offres d'emploi. Il est actuellement au plus bas : Pôle emploi ne recensait que 135 000 offres pour tout le territoire en novembre dernier, selon Actuchomage (et encore s'agissait-il aux trois quarts d'emplois précaires). Soit, de l'autre côté, le nombre de chômeurs. Il croît lui de manière constante et rapide : les chiffres livrés par l'Insee pour le mois d'octobre mentionnent 2 627 300 inscrits en catégorie A, c'est-à-dire sans aucune activité. Ils sont même 3 788 200 si l'on y ajoute les inscrits en catégories B et C (qui exercent une activité à temps partiel). Ces chiffres ne doivent cependant être perçus que comme des indicateurs, et certainement pas comme le reflet exact de la réalité : le sous-emploi en France déborde largement des statistiques officielles de l'Insee et, à l'inverse, de nombreuses offres d'embauche ne sont pas référencées par Pôle emploi.

Mais même imparfaits, ces indicateurs témoignent d'un fossé de plus en plus large entre offre et demande d'emplois, qui rend les recettes habituelles de lutte contre le chômage inopérantes : à quoi bon créer des structures d'insertion, faire de l'accompagnement ou du coaching, s'il n'y a pas de places pour tout le monde ?

Pour rétablir un solde plus équilibré, c'est sans doute du côté de la création nette d'emplois que les efforts seraient le plus profitables. Une politique publique peut-elle se fixer pour objectif de créer des emplois pérennes, par exemple dans le domaine associatif et, plus globalement, celui de l'économie sociale et solidaire ? Dans l'histoire récente, cet effort n'a été consenti dans notre pays que pour répondre à certaines situations très spécifiques, par exemple l'emploi de personnes en situation de handicap lourd. C'est dans ce cadre, par exemple, que sont financés les Etablissements et services d'aide par le travail (appelés auparavant "centres d'aide par le travail").

Outre des questions d'ordre idéologique, ce sont notamment des questions de coût qui sont avancées pour justifier la frilosité de la puissance publique en matière de création d'emploi. En témoigne, a contrario, l'objectif purement économique de ne remplacer en moyenne qu'un fonctionnaire sur deux dans le cadre des départs en retraite.

Mais la création d'emploi est-elle si coûteuse que ça ? Il serait intéressant, pour répondre à cette question, de s'inspirer des travaux conduits dans le domaine de la santé par Philippe Aghion, professeur d'économie à Harvard, et Fabrice Murtin, économiste à l'OCDE.

Ces deux chercheurs ont réalisé une étude qui tord le cou à l'idée selon laquelle les dépenses de santé, et notamment le fameux "trou de la Sécu", représentent pour les finances publiques un fardeau insupportable, qu'il faut alléger à tout prix. En effet, estiment Aghion et Murtin dans une tribune parue dans "Les Echos", "nous avons démontré empiriquement qu'un niveau élevé d'espérance de vie génère un surcroît de PIB par habitant". Ainsi, une population qui vit longtemps et en bonne santé est plus intéressante économiquement qu'une population malade qui meurt tôt. A priori cela semble évident, mais encore fallait-il l'établir. "La santé n'est pas un coût", martèlent ainsi les deux économistes. "

Et la création d'emploi ?", serait-on tenté de demander. Prélèvements sociaux (charges patronales et salariales), impôts directs et indirects, représentent évidemment des recettes d'autant plus importantes que le taux de chômage est faible. A l'inverse, le non-emploi génère lui d'importantes dépenses. On pense bien sûr aux allocations et minima sociaux, mais il faudrait aussi prendre en compte les coûts cachés du chômage, liés aux effets négatifs de la privation d'emploi en termes de stabilité sociale, de sécurité, de santé publique, etc. Sans compter que dans le même temps, des sommes énormes sont dépensées dans des dispositifs à l'efficacité très contestée : en 2008, les réductions de charges sur les bas salaires ont à elles seules représenté 30 milliards d'euros.

Le travail est-il un coût, et ce coût est-il supérieur à celui du non-emploi et des "rustines" créées pour y faire face ? On attend qu'une étude réponde à cette question dans toute sa globalité.

Cet article a été également publié sur Agoravox.fr
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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