Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /2010 15:08
Dans son premier rapport annuel remis le 12 mars 2010, Benoît Genuini, médiateur de Pôle Emploi, pointe le "besoin quasi-pathétique de relation personnalisée et d'écoute des gens". Il indique également que l'existence d'une politique active de radiation "relève du fantasme".

Institué en 2008 suite au Grenelle de l'insertion, le médiateur national de Pôle Emploi peut être saisi en cas de réclamation non aboutie au niveau local. Environ 1000 réclamations arrivent ainsi chaque mois sur le bureau de Benoît Genuini, titulaire de la fonction. Sur cette base, il a remis le 12 mars 2010 son premier rapport annuel.

Premier constat: les réclamations ayant pour cause une radiation jugée abusive ne concernent "que 5 à 6% des saisines", indique le médiateur. Selon lui, "l'idée qu'il y aurait une politique de radiation à Pôle Emploi tient du fantasme".

Des propos qui sont en décalage total avec différents témoignages, à l'image de celui rapporté par "Les Confessions d'une taupe à Pôle Emploi". Sorti (hasard du calendrier) deux jours avant le rapport du médiateur, ce livre écrit sous pseudo par un conseiller du service public de l'emploi évoque au contraire la pression mise sur les antennes locales: "Une bonne antenne, c'est une antenne qui radie. En interne, les agents se surnomment les radiateurs. C'est le far west."

Egalement étonnant: le médiateur se dit "frappé par la soif de communication" des usagers et leur besoin "quasi-pathétique de relation personnalisée et d'écoute". On peut comprendre que les agents, qui suivent parfois 200 demandeurs d'emploi, n'aient pas le temps d'apporter à chacun l'écoute demandée. De là à s'étonner de ce besoin de suivi de la part de chômeurs confrontés à un marché de l'emploi en pleine déconfiture, il y a un pas que le médiateur franchit sans doute hâtivement.

Car il serait injuste de limiter ce rapport à ces quelques phrases. Dans le même temps, le médiateur plaide en effet pour "plus de bon sens et d'humanité" dans les relations entre les usagers et Pôle Emploi. Il recommande ainsi de revoir la formulation des courriers envoyés aux demandeurs d'emploi: "Il y a beaucoup de courriers-type pré-imprimés d'une telle sécheresse qu'ils sont vécus comme une agression", argumente-t-il.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /2010 10:56
Dans la lignée des articles précédents, qui témoignent des insuffisances du RSA en termes de lutte contre la précarité, nous relayons ici un témoignage rapporté par le site actuchomage.org. Il relate l'expérience vécue par un jeune homme de la Loire dont le RSA a été amputé de 87 euros, au motif qu'il refuse de demander à ses parents le versements d'une pension alimentaire.

Sans emploi, Antoine*, jeune homme habitant la Loire, perçoit le RSA depuis son entrée en vigueur en juin 2009. Début février, un courrier du conseil général lui apprend que ce revenu serait désormais amputé de 87 euros par mois. Motif: Antoine n'a pas entamé de démarche pour obtenir le versement d'une pension alimentaire par ses parents.

Cette demande apparaît en effet clairement dans le formulaire de demande du RSA, ce qui d'ailleurs avait fait grand bruit lors de sa généralisation. Le tollé avait entraîné une réponse gênée de Martin Hirsch, qui avait alors indiqué que ledit formulaire serait revu pour être moins exigeant sur ce point. Ce n'est que partiellement le cas, comme en témoigne l'extrait de formulaire que nous reproduisons ici, téléchargé le 23 février sur le site www.rsa.gouv.fr, et qui laisse une certaine latitude aux conseils généraux :
form RSA2
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Ce même formulaire précise qu'il est possible de demander une "dispense" de cette démarche, qui doit être argumentée  et qui n'est de toute façon "pas accordée automatiquement".

C'est ce qu'a fait Antoine, en adressant au conseil général un courrier indiquant que ses parents lui assurent gratuitement le gîte et le couvert, et de ce fait qu'ils "remplissent pleinement leur devoir de solidarité". "En aucun cas, ajoute Antoine, je n’exercerai de démarche de quelque nature que ce soit à l’encontre de mes parents afin d’obtenir une pension alimentaire." Il précise enfin, "pour que les choses soient tout à fait claires", qu'il ne verse "aucune somme d'argent à (ses) parents en contrepartie du RSA perçu".

La réponse ne s'est pas faite attendre : une semaine après réception du courrier, le conseil général adressait à Antoine une missive lui stipulant que la réduction de son RSA continuerait à s'appliquer, et
qu'elle prendrait fin "lorsque vous aurez fourni des éléments justifiant que vous avez fait valoir vos droits". C'est-à-dire intenté une action en justice exigeant des parents le versement d'une pension.

* le prénom a été changé
Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 12:06
Cumuler salaire et RSA pour accroître ses revenus ? Sur le papier, c’est l’idée du revenu de solidarité active. Dans les faits, l’équation est tout autre pour ceux, comme Guy, qui se débattent avec des revenus d’activité irréguliers.

Guy travaille au domicile de particuliers, à Angers, pour de l’entretien et du petit bricolage. Payé en chèque emploi service, il fait partie de ces travailleurs précaires qui "bénéficient" du revenu de solidarité active mis en place en juin 2009. Il dresse un bilan très critique de ce dispositif, dont les effets semblent bien éloignés des premières intentions de son instigateur Martin Hirsch.

"Le problème, considère Guy, c’est que les effets négatifs du RSA apparaissent petit à petit, sans que personne ne vous prévienne." Au fil des mois, c’est ainsi toute une série de petits avantages qui disparaissent avec la perception de ce nouveau revenu : "Il y a d’abord eu l’allocation logement, puis le forfait téléphonique social, et ensuite l’exonération de redevance audiovisuelle et de taxe d’habitation…"

Petit à petit, la suppression de ces avantages grignote le pouvoir d’achat de Guy. Il n’est d’ailleurs pas le seul à faire ce constat, comme l’illustre ce témoignage d’une Choletaise en contrat d’insertion.
 
Mais pour lui, dont les revenus d’activités sont très irréguliers, le RSA présente d’autres inconvénients : "J’ai fait beaucoup d’heures de travail d’octobre à décembre, et j’ai actualisé ma situation en janvier. Mon RSA sera donc très faible en février et mars. Si je fais moins d’heures sur cette période, je perds à tous les niveaux…" Par comparaison, le montant de l’allocation de retour à l’emploi est lui calculé dès que les revenus du mois écoulé sont connus, évitant cet effet de décalage.

Pour Guy, le RSA distingue en fait trois publics différents : "Il y a ceux qui étaient auparavant au RMI et qui n’ont rien de plus avec le RSA, ceux qui touchent un salaire régulier proche du Smic et qui vont peut-être y gagner un petit quelque chose (peut-être contrebalancé par une perte sur la prime pour l’emploi, ndlr) et enfin ceux, comme moi, qui ont des revenus faibles et, surtout, instables. Pour nous, le RSA devrait aboutir à un tassement du total de nos revenus aux alentours de 800 à 1000 euros par mois, sans augmentation globale." Pas de quoi donc sortir de la précarité. C’était pourtant l’objectif annoncé.
Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 15:29
Allocataire du RSA "ras-des-pâquerettes", Anne-Marie livre le témoignage d’une galère ordinaire, où la frontière entre précarité et grande pauvreté devient floue, seulement gardée par une discipline de vie sans faille. A condition d’en avoir la force, jour après jour.

Anciennement au RMI et maintenant au RSA (sans changement de ses revenus), Anne-Marie connaît la galère d’une situation que l’on pourrait qualifier "d’ordinaire" pour ceux dont les rentrées mensuelles se limitent aux minima sociaux. En ce mois de janvier, factures et frais payés, il lui restait 50 euros pour vivre.

Pourtant, Anne-Marie a la chance d’être logée à peu de frais : allocation déduite, il ne lui reste que 80 euros à sortir pour son appartement loué par un office HLM. Le seul problème lié à son logement demeure son chauffage, individuel au gaz, sur lequel elle a un peu trop tiré l’hiver dernier. Avec à la clé une facture de 800 euros qu’elle n’a pas encore fini de régler.

Pour ses déplacements, à défaut de permis de conduire et bien sûr de voiture, Anne-Marie fait tout en bus. Sa situation lui donne droit à une carte au tarif de 8 euros pour deux mois. Sauf lorsqu’elle est radiée de Pôle Emploi et ne peut alors plus y prétendre. "C’est arrivé l’automne dernier. Je n’avais pas pu me rendre à une convocation à cause d’un rendez-vous médical. Pourtant je les avais prévenus mais non, j’ai quand même été radiée." Pendant deux mois, elle a donc dû payer le bus au prix fort : 10,30 le carnet de dix tickets. "Avec un carnet par semaine, ça finit par compter…"

Pour ses dépenses courantes, Anne-Marie refuse de s’adresser aux associations d’aide. "J’y suis allée quand mes enfants vivaient avec moi, mais je me sentais honteuse. Maintenant que je vis seule, je préfère me débrouiller." L’acquisition d’un grand congélateur (grâce à un prêt CAF) lui permet de stocker la livraison qu’elle commande mensuellement auprès d’une entreprise de surgelés. "Faire ses courses avec le bus, ce n’est pas pratique. Ou alors il faut prendre en petite quantité et ça revient plus cher."

Pour l’habillement, c’est évidemment la règle du moindre coût. "Là je n’avais plus de chaussures. J’ai acheté une paire de bottes d’hiver en soldes. Ou sinon j’achète sur les marchés, on peut trouver des bonnes affaires. Mais bon, pour l’instant ce n’est pas possible. Je vais attendre mars ou avril, lorsque j’aurai fini de payer la facture de gaz."

Pourtant, ce n’est pas la précarité matérielle qu’elle déplore le plus. "Le pire, c’est l’ennui. C’est de ne pas sortir de chez soi, de n’avoir rien à faire." Les activités qu’elle affectionne sont nombreuses cependant : bricolage, couture… Or là aussi le manque de moyens complique les choses : "La moindre fourniture de bricolage, c’est tout de suite cher." Restent les copines, qu’elle voit de temps en temps, et une association d’entraide. "Mais bon, ça ne remplit pas la semaine…"

Si elle admet des moments de faiblesse, et même une "grosse dépression" il y a quelque temps, Anne-Marie refuse de baisser les bras. Elle reste d’un contact chaleureux, se livre, rit volontiers. Mais surtout garde l’espoir de retravailler. "Il faudra bien de toute façon. Je ne vais pas continuer comme ça toute ma vie."
Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
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8 idées reçues sur le chômage

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