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Et si les chômeurs étaient sans emploi à cause de leur incompétence ? Pour un recruteur, la question se pose forcément, d'où une véritable discrimination à l'embauche pour les demandeurs d'emploi.
Cité sur le site Jobetic, un responsable anonyme d'une grande compagnie d'assurance avoue sans fard que "pour les cadres expérimentés, nous ne recrutons que des gens actuellement en poste". Autrement dit, pas question pour eux d'embaucher des candidats actuellement sans emploi.
L'affirmation peut choquer, elle a surtout le mérite de l'honnêteté, en mettant le doigt sur une difficulté essentielle vécue par les chômeurs : celle qui suppose que leur inactivité, au mieux, les a déconnectés des exigences du monde du travail, au pire, est la preuve de leur incapacité professionnelle. Pour un chômeur, faire la preuve de ses qualités sera toujours plus dur que pour une personne "en activité".
Face à ce constat, certains prônent déjà la mise en oeuvre d'une forme de "discrimination positive", destinée à encourager l'embauche de demandeurs d'emploi. Cette incitation pourrait par exemple s'inspirer de la loi de 1987 concernant l'emploi des travailleurs handicapés, qui doivent selon ce texte représenter au moins 6% des salariés de toute entreprise d'au moins 20 personnes.
Las, malgré cette loi, le taux de chômage des personnes avec un handicap demeure deux fois plus élevé que la moyenne nationale.
L'ensemble de ces éléments (discrimination vis-à-vis des chômeurs, insuffisance des dispositifs d'incitation) conduit à un constat tout simple, celui de l'incompétence de l'entreprise privée à remplir un rôle d'insertion sociale, si ce n'est à la marge.
Il est illusoire de confier au secteur privé le soin de porter une politique de l'emploi, surtout à destination des personnes qui en sont le plus éloignées. D'où la nécessité d'affirmer avec force le rôle du tiers secteur dans cette mission, qui passe par l'adoption d'un contrat social instaurant (enfin) le droit au travail de tous.
Malgré un "parcours d'insertion" de dix ans, Nicolas a le sentiment d'avoir dû trouver sa voie seul. La faute à un manque de cohérence entre les organismes de suivi, qui l'ont ballotté de filière en filière...
Nicolas a abandonné l'école à la fin du collège, sans diplôme. Une situation compliquée par un contexte familial difficile : "A 17 ans, je quittais le logement de mes parents, sans rien d'autre qu'un sac à dos." C'est le début de ce qu'il appelle pudiquement son "parcours d'insertion", soit plus de dix ans à alterner les passages à la Mission locale, au CCAS et à l'ANPE, sans oublier les entreprises d'insertion, associations intermédiaires et ateliers de remise à niveau.
Lui qui n'a pas eu la possibilité d'établir un choix d'orientation se retrouve ballotté de stage en stage, plongé chaque fois dans un secteur professionnel différent : "Restauration, plomberie, peinture en bâtiment, horticulture... j'ai fait un peu de tout, sans logique." Il pointe les errements du passage d'organisme en organisme, "avec différents sons de cloche, différents conseils, parfois contradictoires. Quand, comme moi, on est fragilisé par une situation difficile, c'est très déstabilisant."
Parcours d'insertion ou de désinsertion ? Nicolas a de quoi aujourd'hui se poser la question. "Finalement, c'est en moi que j'ai trouvé les ressources qui m'ont permis d'avancer." Les randonnées et son goût pour la pratique artistique l'aident à tenir le coup lors des (parfois très longues) périodes d'inactivité. Et c'est dans la pratique de ces loisirs qu'il trouve finalement sa voix. La nature et l'ésthétique : c'est décidé, il sera jardinier-paysagiste.
Il fait ses premières armes en cultivant son jardin, apprend la théorie dans des livres qu'il emprunte à la bibliothèque. Puis réalise quelques missions par le biais de l'AITA : "Cet été, j'ai eu la responsabilité d'entretenir un espace vert. Ca s'est très bien passé, et l'employeur était très satisfait."
Aujourd'hui, à 29 ans, Nicolas cherche un employeur pour acquérir la qualification de paysagiste par le biais de l'apprentissage. Mais il a déjà la satisfaction d'avoir un cap, un projet qui le motive, et qu'il a le sentiment d'avoir construit seul. Après plus de dix ans en insertion, c'est quand même un comble.
Nous avons déjà pointé, dans ces pages, l'extrême complexité des différents dispositifs destinés à encourager l'insertion professionnels des chômeurs de longue durée, et notamment les contrats aidés. Un avis apparemment partagé par la Cour des comptes qui, dans un rapport publié fin février 2007, critique la multiplicité de ces contrats, d'où une difficulté évidente à les promouvoir, y compris pour les agents de l'ANPE qui en sont chargés.
Alors que depuis des années, un contrat chasse l'autre au rythme des alternances politiques, sans logique ou cohérence évidente, la Cour des comptes suggère une évolution vers "une armature stable avec un ou deux contrats-type", voire la création d'un "contrat unique d'insertion".
Ce souhait semble avoir été entendu par les parlementaires qui, en marge de l'adoption du droit au logement opposable, ont ouvert la voie à l'expérimentation locale d'un contrat unique d'insertion, destiné à l'ensemble des bénéficiaires des minima sociaux.
Il s'agit sans doute d'un pas dans la bonne direction, mais qui ne suffira pas à surmonter l'autre écueil de ces contrats aidés : leur faible efficacité en termes d'insertion professionnelle à long terme. Une limite également soulignée par ce même rapport de la Cour des comptes, qui regrette que les contrats servent surtout à réguler les files d'attente des demandeurs d'emploi en fonction des priorités politiques du moment : "La politique de l'emploi aidé souffre d'une approche à trop court terme", pointe ainsi le rapport.
Là encore, c'est un constat que nous partageons largement, d'où la nécessité selon nous que les contrats aidés soient des CDI, et non des CDD comme c'est le cas actuellement.
En 2005, toujours selon ce rapport, deux millions de Français ont bénéficié d'un emploi aidé, pour un coût de 5,6 milliards d'euros.