Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /2007 14:36

Et si les chômeurs étaient sans emploi à cause de leur incompétence ? Pour un recruteur, la question se pose forcément, d'où une véritable discrimination à l'embauche pour les demandeurs d'emploi.

Cité sur le site Jobetic, un responsable anonyme d'une grande compagnie d'assurance avoue sans fard que "pour les cadres expérimentés, nous ne recrutons que des gens actuellement en poste". Autrement dit, pas question pour eux d'embaucher des candidats actuellement sans emploi.

L'affirmation peut choquer, elle a surtout le mérite de l'honnêteté, en mettant le doigt sur une difficulté essentielle vécue par les chômeurs : celle qui suppose que leur inactivité, au mieux, les a déconnectés des exigences du monde du travail, au pire, est la preuve de leur incapacité professionnelle. Pour un chômeur, faire la preuve de ses qualités sera toujours plus dur que pour une personne "en activité".

Face à ce constat, certains prônent déjà la mise en oeuvre d'une forme de "discrimination positive", destinée à encourager l'embauche de demandeurs d'emploi. Cette incitation pourrait par exemple s'inspirer de la loi de 1987 concernant l'emploi des travailleurs handicapés, qui doivent selon ce texte représenter au moins 6% des salariés de toute entreprise d'au moins 20 personnes.

Las, malgré cette loi, le taux de chômage des personnes avec un handicap demeure deux fois plus élevé que la moyenne nationale.

L'ensemble de ces éléments (discrimination vis-à-vis des chômeurs, insuffisance des dispositifs d'incitation) conduit à un constat tout simple, celui de l'incompétence de l'entreprise privée à remplir un rôle d'insertion sociale, si ce n'est à la marge.

Il est illusoire de confier au secteur privé le soin de porter une politique de l'emploi, surtout à destination des personnes qui en sont le plus éloignées. D'où la nécessité d'affirmer avec force le rôle du tiers secteur dans cette mission, qui passe par l'adoption d'un contrat social instaurant (enfin) le droit au travail de tous.

Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 20 mars 2007 2 20 /03 /2007 16:36

Malgré un "parcours d'insertion" de dix ans, Nicolas a le sentiment d'avoir dû trouver sa voie seul. La faute à un manque de cohérence entre les organismes de suivi, qui l'ont ballotté de filière en filière...

Nicolas a abandonné l'école à la fin du collège, sans diplôme. Une situation compliquée par un contexte familial difficile : "A 17 ans, je quittais le logement de mes parents, sans rien d'autre qu'un sac à dos." C'est le début de ce qu'il appelle pudiquement son "parcours d'insertion", soit plus de dix ans à alterner les passages à la Mission locale, au CCAS et à l'ANPE, sans oublier les entreprises d'insertion, associations intermédiaires et ateliers de remise à niveau.

Lui qui n'a pas eu la possibilité d'établir un choix d'orientation se retrouve ballotté de stage en stage, plongé chaque fois dans un secteur professionnel différent : "Restauration, plomberie, peinture en bâtiment, horticulture... j'ai fait un peu de tout, sans logique." Il pointe les errements du passage d'organisme en organisme, "avec différents sons de cloche, différents conseils, parfois contradictoires. Quand, comme moi, on est fragilisé par une situation difficile, c'est très déstabilisant."

Parcours d'insertion ou de désinsertion ? Nicolas a de quoi aujourd'hui se poser la question. "Finalement, c'est en moi que j'ai trouvé les ressources qui m'ont permis d'avancer." Les randonnées et son goût pour la pratique artistique l'aident à tenir le coup lors des (parfois très longues) périodes d'inactivité. Et c'est dans la pratique de ces loisirs qu'il trouve finalement sa voix. La nature et l'ésthétique : c'est décidé, il sera jardinier-paysagiste.

Il fait ses premières armes en cultivant son jardin, apprend la théorie dans des livres qu'il emprunte à la bibliothèque. Puis réalise quelques missions par le biais de l'AITA : "Cet été, j'ai eu la responsabilité d'entretenir un espace vert. Ca s'est très bien passé, et l'employeur était très satisfait."

Aujourd'hui, à 29 ans, Nicolas cherche un employeur pour acquérir la qualification de paysagiste par le biais de l'apprentissage. Mais il a déjà la satisfaction d'avoir un cap, un projet qui le motive, et qu'il a le sentiment d'avoir construit seul. Après plus de dix ans en insertion, c'est quand même un comble.

Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /2007 09:34
Depuis l’apparition du chômage de masse, à la fin des années 1970, les gouvernements de tout bord continuent de renvoyer aux seuls "mécanismes naturels" de l’économie la responsabilité de créer de l’emploi. Tout au plus acceptent-ils de mettre en place des  "passerelles" censées faciliter l’entrée dans le monde du travail des candidats présentant certaines difficultés à y parvenir seuls. Contrat nouvelle embauche, contrat d'avenir, contrat d'accompagnement vers l'emploi... Les exemples sont multipes qui illustrent cette logique.

Cette logique est la suivante : si une profession manque de personnel alors que subsiste sur le même bassin d'emploi un taux de chômage important, des "passerelles" facilitant la rencontre entre employeurs et demandeurs d'emploi sont nécessaires. Cela peut être vrai pour certains secteurs (les fameux "gisements d'emplois"), comme le bâtiment, réputé manquer de main-d'oeuvre.

Mais il y a un hic. Car si cette logique fonctionnait à grande échelle, le chômage, et notamment le chômage de longue durée, aurait diminué de manière significative sous l'effet de ces politiques. Ce n'est pas le cas. La raison est simple : le problème de l'emploi n'est pas, loin s'en faut, qu'un problème de décalage entre le profil des demandeurs d'emploi et la nature des postes à pourvoir. Le problème est aussi d’ordre quantitatif avec, dans certaines branches, moins d'emplois à pourvoir que de demandeurs et, dans d'autres secteurs, un décalage entre les conditions proposées par les employeurs (pénibilité, rémunération...) et ce que sont prêts à accepter les demandeurs d'emploi. Ces situations nécessitent de s'orient vers une autre solution.

Cette autre solution consiste à sortir de cette logique de passerelle, en proposant de vrais emplois d'insertion, sans limite de durée. Emplois en entreprise d'insertion, CAE, CA.... Tous ces contrats sont des CDD ! Avec quels effets ? Un tiers seulement des personnes "en insertion" retrouve du travail sur le marché ordinaire. Il en reste donc deux tiers au chômage ou dans des situations précaires équivalentes. Par ailleurs, le premier tiers, celui qui, grâce à l’aide de l’Etat, a rejoint le marché du travail, le fait mathématiquement au prix du chômage de longue durée d’un nombre équivalent de citoyens-chômeurs, puisque, au total, les chiffres du chômage ne reculent pas.

"L'insertion" ne peut être limitée dans le temps : il est impossible d’établir une durée standard suffisante à l’individu pour acquérir l’autonomie qui lui permettra de voler de ses propres ailes, qui plus est quand le marché de l'emploi est saturé. Peut-être d’ailleurs que certaines personnes n'accéderont jamais à un emploi dans le milieu du travail "ordinaire", sans pour autant souffrir d’un handicap reconnu comme tel et, de ce fait, donnant accès aux structures spécialisées de travail adapté (par ailleurs elles aussi saturées).

Tous ces éléments illustrent la nécessité de sortir de cette logique de "passerelle vers l'emploi", option frileuse qui se contente d'adapter à la marge les mécanismes de l'emploi en espérant que cela suffira à permettre l'insertion durable de personnes très éloignées du monde du travail. Cela ne marche pas, et c'est pour ça qu'un changement d'optique s'impose.

Le travail ne doit plus être considéré comme une composante quelconque de l'activité économique, mais comme un bien répondant à un besoin de première nécessité, dont personne ne doit être privé. Rappelons une fois de plus qu'en disant cela, nous ne faisons que reprendre l'article 23 de la déclaration des droits de l'homme, qui mentionne que "toute personne a droit au  travail".

Mettre en oeuvre le droit au travail demande, plus que quelques passerelles à durée déterminée, du volontarisme et de l'imagination, comme nous allons le voir par la suite.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Lundi 5 mars 2007 1 05 /03 /2007 11:09

Nous avons déjà pointé, dans ces pages, l'extrême complexité des différents dispositifs destinés à encourager l'insertion professionnels des chômeurs de longue durée, et notamment les contrats aidés. Un avis apparemment partagé par la Cour des comptes qui, dans un rapport publié fin février 2007, critique la multiplicité de ces contrats, d'où une difficulté évidente à les promouvoir, y compris pour les agents de l'ANPE qui en sont chargés.

Alors que depuis des années, un contrat chasse l'autre au rythme des alternances politiques, sans logique ou cohérence évidente, la Cour des comptes suggère une évolution vers "une armature stable avec un ou deux contrats-type", voire la création d'un "contrat unique d'insertion".

Ce souhait semble avoir été entendu par les parlementaires qui, en marge de l'adoption du droit au logement opposable, ont ouvert la voie à l'expérimentation locale d'un contrat unique d'insertion, destiné à l'ensemble des bénéficiaires des minima sociaux.

Il s'agit sans doute d'un pas dans la bonne direction, mais qui ne suffira pas à surmonter l'autre écueil de ces contrats aidés : leur faible efficacité en termes d'insertion professionnelle à long terme. Une limite également soulignée par ce même rapport de la Cour des comptes, qui regrette que les contrats servent surtout à réguler les files d'attente des demandeurs d'emploi en fonction des priorités politiques du moment : "La politique de l'emploi aidé souffre d'une approche à trop court terme", pointe ainsi le rapport.

Là encore, c'est un constat que nous partageons largement, d'où la nécessité selon nous que les contrats aidés soient des CDI, et non des CDD comme c'est le cas actuellement.

En 2005, toujours selon ce rapport, deux millions de Français ont bénéficié d'un emploi aidé, pour un coût de 5,6 milliards d'euros.

Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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