Lundi 5 février 2007 1 05 /02 /2007 16:54

Témoignage anonyme d'une nouvelle inscrite à l'AITA :

"Je n'ai jamais travaillé, et j'ai deux enfants. Pour espérer trouver du travail, il me faut une formation, mais une formation rémunérée car je ne peux pas rester sans ressources. Or, pour bénéficier d'une formation rémunérée, il faut avoir travaillé et ouvert des droits. Il faut donc que je travaille au moins quelques mois. Mais même les entreprises d'intérim refusent de m'inscrire, parce que je n'ai ni expérience ni formation..."

Pour travailler, il faut une formation,
pour avoir une formation, il faut avoir travaillé...
Pour travailler, il faut de l'expérience,
pour avoir de l'expérience, il faut avoir travaillé...

Malheureusement, de telles situations ne sont pas rares, notamment chez les jeunes qui, par définition, disposent de peu d'expérience -- sans nécessairement avoir un bon niveau de formation. Pas étonnant qu'on parle de "génération précaire".

Que faire pour sortir de cette spirale ? Peut-être réaffirmer que l'accès de tous à l'emploi est un droit.

Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Jeudi 1 février 2007 4 01 /02 /2007 14:17

L'activité de l'atelier industriel se poursuit. Le boulot est fait et bien fait : avouons-le, pour un employeur, c'est quand même le but. Pourtant, rappelons que les salariés qui s'y affairent quotidiennement sont depuis des années exclus du monde du travail. De quoi remettre en cause la confortable notion "d'inemployabilité"...

C'est pratique de dire "inemployable". Un verdict neutre, qui permet de penser qu'en toute objectivité, il n'y a rien à faire : ce n'est pas de la faute du monde du travail si la personne ainsi qualifiée reste exclue, c'est bien en raison d'une disqualification qui lui est propre... voire dont elle est elle-même responsable. Mais interrogez les directeurs de centres d'aide par le travail ou d'entreprises d'insertion. Inemployables, leurs employés ? Allons donc ! Et il serait trop simple de croire que si ces travailleurs sont efficaces dans ces structures, c'est uniquement en raison de l'extrême simplicité des tâches qui leur sont confiées. Ainsi pendant des années, des ouvriers de CAT (donc le fond de l'inemployabilité) ont assemblé des composants électroniques sur les cartes-mères d'ordinateurs fabriqués à l'usine NEC d'Angers...

Par quelle subtile alchimie de tels résultats sont-ils donc possibles ? L'observation du travail réalisé en atelier à l'initiative du Club AITA fournit quelques éléments de réponse. Tout d'abord, éviter l'écueil de l'angélisme. Non, employer des personnes qui pendant des années ont été exclues du travail ne se fait pas sans difficulté. Bien sûr, sauf à tomber dans la caricature, il n'est pas question de stigmatiser certains comportements pour en faire des généralités. Mais c'est vrai, pour un public longtemps éloigné du monde de l'emploi, le rapport à l'autorité est parfois compliqué, le respect des règles est parfois difficile, la notion de ponctualité est parfois élastique... Au sein de l'atelier, ces éléments ont conduit plusieurs salariés à mettre sur la table l'idée d'un réglement intérieur, pour l'heure inexistant. Le débat qui s'en est suivi fut à la fois intéressant et instructif : pour certains, un tel réglement est nécessaire justement pour lutter contre les dérives constatées ; pour d'autres, le travail en contrat d'accompagnement vers l'emploi (ou tout autre "contrat d'insertion") se présente comme une étape transitoire vers une "vraie" insertion professionnelle, et légitime donc une forme de souplesse.

Qui a raison, qui a tort ? Sans doute les deux. C'est vrai, une trop grande rigidité risquerait d'exclure ceux qui ne sont pas en mesure d'intégrer pleinement les règles et usages de toute activité professionnelle. Ce n'est évidemment pas le but. Et à l'inverse, un trop grand laxisme ne préparerait aucunement à une future insertion dans le milieu du travail "ordinaire". Alors que faire ? Jouer les équilibristes, traiter chaque problème l'un après l'autre, et surtout accepter que ces problèmes existent puisque la finalité est bien l'emploi de tous. C'est précisément parce que cette finalité n'existe pas dans l'entreprise lucrative qu'y existe la notion "d'inemployabilité". Inemployable ? Non ! Rentable du lundi au vendredi sans discontinue et sans avoir besoin d'un minimum d'encadrement ? Pas sûr non plus... Mais entre ces deux notions, il y a un iatus qu'il faut savoir explorer. Et il est bien dommage que les entreprises estampillées "de travail adapté" soient si souvent seules à s'y risquer.

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Lundi 15 janvier 2007 1 15 /01 /2007 10:38
Interviewé dans l'hebdomadaire culturel Télérama daté du 6 janvier 2007, Martin Hirsch, président d'Emmaüs, fait le constat d'un système social  sophistiqué, inadapté et, au final, inefficace. Enarque et normalien, ancien chef de cabinet de Bernard Kouchner, il propose d'expérimenter  un nouveau système  : le revenu de solidarité active.

D'abord le constat. Cité dans les colonnes de Télérama, Martin Hirsch estime que le système d'aide sociale français est d'une "sophistication pathologique. Il intervient pour compenser les effets de la pauvreté, pas pour les prévenir". "Les dispositifs s'empilent, par types de problèmes, par catégories de personnes. Les aides sont construites de telle manière que le fait de chercher à améliorer sa situation par le travail peut conduire à la détériorer." Un avis largement partagé par Patrick Valentin, fondateur du Club Aita, qui dénonce le principe de "l'infirmerie sociale".

Pour rationaliser ce système ubuesque, Martin Hirsch défend un autre système : le revenu de solidarité active. Ce dernier cumulerait l'ensemble des prestations qui existent actuellement de manière dispersée (RMI, allocation parent isolé, allocation logement...) avec, en cas de reprise d'activité professionnelle, un système de dégressivité permettant que chaque heure travaillée apporte un revenu complémentaire. Le but est donc de simplifier le fonctionnement actuel de l'attribution des aides, d'une manière optimisée pour que toute reprise d'activité, même à temps partiel, permette de sortir de la précarité. Selon Martin Hirsch, il y a actuellement sept millions de pauvres en France (plus de 10 % de la population), dont beaucoup exercent une activité professionnelle.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
Lundi 15 janvier 2007 1 15 /01 /2007 09:39
Depuis décembre, un groupe d'une dizaine de demandeurs d'emploi travaille à une activité de tri de déchets informatiques.

Dans le petit atelier industriel, ils sont une dizaine, majortitairement des femmes, à s'affairer autour de tables chargées de vis, petits emballages et pièces métalliques en tout genre. Ces déchets viennent de l'entreprise NEC, qui assemble des ordinateurs individuels. Le boulot des ouvriers de l'atelier, c'est de les trier par catégorie, de manière à favoriser leur recyclage et leur réutilisation. Un travail inconstestablement utile, à l'heure où le thème environnemental est de plus en plus présent dans les préoccupations des citoyens et les politiques publiques.

Le travail réalisé demande minutie et efficacité. Le flux est fourni, comme en témoigne le manège incessant du Fenwick qui répartit les palettes entre les différents postes de tri. Il ne demande pourtant ni expérience, ni qualification préalable.

Un travail utile, accessible à toute personne prête à retrousser ses manches : voilà deux attributs qui le désignent volontiers comme une piste d'embauche pour des personnes en difficulté d'insertion professionnelle. Gagné : du responsable d'équipe au manutentionnaire, tous les employés de l'atelier étaient chômeurs de longue durée, embauchés en contrat d'avenir (CA) ou contrat d'accompagnement vers l'emploi (CAE).

Reste que constituer un groupe efficace composé uniquement de personnes longtemps éloignées du monde du travail ne va pas de soi. La difficulté à se plier aux contraintes d'une activité industrielle y est compliquée par d'autres problèmes, liés à la situation souvent précaire des personnes embauchées. Logement, garde d'enfant,  transport : ces  questions souvent  délicates à gérer se posent avec d'autant plus d'acuité quand elles interviennent dans des familles qui connaissent une situation financière délicate, marquée souvent par le surendettement ou l'interdit bancaire. Autant d'éléments qui, parfois, alimentent les rancoeurs et nourrissent un esprit de revendication difficile à gérer pour l'employeur.

Aucune de ces difficultés ne vient pourtant contredire la motivation des employés et de leur patron. Avec un maître-mot : adaptabilité. Le bon fonctionnement de l'atelier passe par une certaine souplesse d'organisation, de l'écoute, des rencontres fréquentes pour régler les problèmes dès leur apparition, moyennant parfois une bonne dose de diplomatie ! Mais ça fonctionne, et le rendement est au rendez-vous.

Reste une aigreur parmi les employés : que leur travail, pour utile qu'il soit, reste "non rentable" et conditionné à des aides publiques limitées dans le temps. Leur contrat durera deux ans maximum, pas plus. "On dit 'contrat d'avenir', mais l'avenir, ce n'est pas ce contrat", relève une ouvrière. "Au final, ce sera bien à nous de bouger." En espérant ouvrir des portes qui se sont tant de fois refermées sur eux. Le CA changera-t-il quelque chose à ça ?
Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    

8 idées reçues sur le chômage

Rubriques

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés