Analyses

Mardi 29 mai 2007 2 29 /05 /2007 15:10

Plus qu'un progrès, la possible instauration du RSA serait une amélioration apportée à un système insatisfaisant : le système du "droit conditionnel".

Montant des ressources, composition du foyer, situation précédente, durée de cotisations... Les différentes allocations créées pour soutenir les foyers en difficulté suivent, dans leur logique d'attribution, le principe du "droit conditionnel", c'est-à-dire de la sélection.

Or, quand on entre dans le droit conditionnel, le risque d'arbitraire devient considérable : pourquoi certaines situations justifient-elles les largesses de l'Etat là où d'autres, pourtant presque semblables, n'y donnent pas droit ? Il est parfois impossible de répondre à cette question de manière claire et raisonnable, et les incohérences sont nombreuses.

Ainsi, il est parfois plus sage de ne pas "trop" travailler. Voilà bien une réponse incohérente apportée à un système déraisonnable. Pourtant, lorsque 10 euros de "trop" perçus sur un mois entraînent la perte d'un mois entier d'Assedic, ou lorsque en travaillant "trop" un mois donné on perd tout le bénéfice de l'allocation-logement pour au moins trois mois, on comprend que la tentation soit grande de ne pas "trop" travailler... ou alors de travailler au noir.

Le RSA est justement censé corriger cela, en évitant ces "effets de seuil" qui font que les gains liés au travail soient annulés par la perte d'allocations, sans effet bénéfique pour le pouvoir d'achat. Mais même cela reste insuffisant, car cela ne remet pas en cause la logique du droit conditionnel, c'est-à-dire le versement, sous conditions, d'allocations pour les familles en difficulté.

En fait, c'est le principe même du versement d'allocations compensatrices au non-travail qui est en cause. Le simple fait que des allocations viennent remplacer ou compléter le gain issu du travail créé un conflit d'intérêt qui dévalorise le travail : même si le mode de calcul est différent avec le RSA, la dégressivité des allocations en fonction du montant du salaire fait qu'une heure travaillée ne représentera jamais l'équivalent d'une heure de travail en termes de pouvoir d'achat.

Le lien de dépendance "travail-allocations" est à bannir. Ces deux notions ne peuvent cohabiter de manière satisfaisante. Or comme le but n'est évidemment pas de supprimer le travail, il ne reste plus qu'une possibilité : supprimer les allocations, en instaurant le travail pour tous.

Dans le cadre d'un vrai contrat social, les allocations ne peuvent exister qu'en remplacement des revenus du travail, en cas de perte d'emploi, de manière transitoire. C'était d'ailleurs l'objet premier des allocations type Assedic, créées pour assurer la transition entre deux postes. Mais avec le développement du chômage de masse et de longue durée, les allocations sont devenues ce qu'elles n'auraient pas dû être : un moyen de subsistance sur le long terme. Sans cependant offrir la reconnaissance et les perspectives qu'apportent un emploi.

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Mardi 12 juin 2007 2 12 /06 /2007 14:35

Nous avons évoqué récemment les limites du couple travail-allocations, qui conduit nécessairement à dévaloriser le travail. Un chiffre nous pousse à développer cette analyse : celui qui indique que 17 % des salariés français sont payés au SMIC. Ce taux, le plus élevé depuis la création du SMIC, a doublé en quinze ans.

Cet élément n'a rien n'anodin. En effet, constater que l'écart de pouvoir d'achat entre ceux qui travaillent et ceux qui perçoivent des allocations est faible peut conduire à deux interprétations : soit ce sont les allocations qui sont trop élevées... soit c'est le travail qui est mal payé.

Assez curieusement, c'est très souvent la première interprétation qui est entendue. Pourtant, le but premier du SMIC et de ses différentes déclinaisons historiques ("salaire minimum vital", SMIG) était bien de fixer un seuil minimal à la rémunération du travail... pas de fournir un mètre-étalon à la grille des salaires.

La "généralisation" du SMIC est donc bien une conséquence fâcheuse - une de plus - de l'apparition du chômage de masse et de longue durée. En introduisant sur le marché du travail un rapport de force très défavorable aux demandeurs d'emploi, ce dernier a évidemment tendance à niveler par le bas l'échelle des rémunérations.

Et dès lors que le SMIC apparaît comme l'horizon indépassable de toute reprise d'activité (et c'est très souvent le cas pour les personnes dont le chômage de longue durée s'explique notamment par un manque de qualification), l'intérêt financier d'une reprise d'activité paraît légitimement fort limité...

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Mardi 26 juin 2007 2 26 /06 /2007 10:10

Suite de nos réflexions sur les discriminations à l'embauche. Outre l'apparence physique (et au premier chef la couleur de peau), l'accent serait également un motif de discrimination. Illégal, mais difficile à prouver.

Comme l'indique un très bon article paru sur le site Jobetic, l'accent serait un facteur de discrimination à l'embauche. Les postes de relation-clientèle, par téléphone ou en vis-à-vis, sont bien sûr les premiers concernés.

De telles pratiques, bien qu'illégales, restent difficiles à prouver. Souvent, le refus de tout accent un peu prononcé est dissimulé, sur l'offre d'emploi, par la formule "excellente maîtrise de l'oral exigée". Après, toute la difficulté consiste à discerner si oui ou non, l'accent pose des problèmes de compréhension, ce qui est évidemment incompatible avec certaines activités comme, par exemple, le télémarketing.

Or comme dans toute question de discrimination, la subjectivité est la règle : ainsi, un accent italien ne posera pas de problème, bien au contraire, alors que l'accent d'Afrique sub-saharienne sera lui rédhibitoire.

D'où parfois des situations ubuesques, comme lorsque des sociétés de centres d'appels s'installent au Sénégal. Là, certaines d'entre elles n'hésitent pas à inscrire leurs salariés à des cours de théâtre, afin qu'ils travaillent leur élocution... et gomment leur accent. Embaucher des Sénégalais au tarif sénégalais, d'accord, mais à condition qu'ils parlent français avec l'accent français. Le beurre et l'argent du beurre...

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Vendredi 29 juin 2007 5 29 /06 /2007 09:34

Les dernières élections législatives ont dessiné une Assemblée nationale un peu plus jeune et un peu plus féminisée que l'assemblée précédente. Mais on ne compte toujours aucun chômeur sur les bancs de l'hémicycle.

Selon les chiffres officiels, il y a en France 2,26 millions de chômeurs. Ce qui représente donc 1 Français sur 26. Si l'on devait appliquer ce ratio à nos députés, cela ferait 22 demandeurs d'emploi à l'Assemblée nationale. 

Les députés ne sont pas représentatifs de la population française : trop âgés, trop d'hommes... voilà pour les principales critiques, suivies de près par le regret de n'y compter aucun Français issu de l'immigration.

Les élections de juin 2007 ont légèrement corrigé le tir s'agissant de l'âge et de la parité hommes-femmes. La moyenne d'âge du palais Bourbon se situe maintenant à 55 ans (contre 58 pour l'assemblée sortante), avec un taux de femmes de 20% (contre 13% auparavant). Il n'y a par contre qu'un député "de couleur" parmi les élus de France métropolitaine. Et toujours aucun demandeur d'emploi.

Evidemment, on peut se poser la question de savoir s'il est légitime, ou même souhaitable, que l'Assemblée soit l'exact reflet de la population. Reste qu'il est sûrement plus facile de comprendre la réalité du chômage quand on est soi-même confronté à cette situation. Certaines formations politiques défendent d'ailleurs cette idée, et ont présenté des candidats-chômeurs.

Par ailleurs, au-delà de la seule Assemblée nationale, il est tout de même frappant de constater à quel point les chômeurs (soit rappelons-le un Français sur 26 selon des chiffres officiels vraisemblablement minorés) sont absents de la vie politique et médiatique.

Trop isolés, trop occupés à se débattre dans le quotidien, les chômeurs peinent à s'organiser et à s'unir dans un mouvement de contestation et de revendication. Nous en faisons regulièrement l'expérience à l'AITA, où l'on constate qu'il est très difficile de mobiliser les demandeurs d'emploi sur des sujets autres que la recherche immédiate d'un travail.

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8 idées reçues sur le chômage

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