Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 11:00

Apparemment, "l'appel du 2 mai" (voir ci-dessous) n'a pas été entendu par le gouvernement. La crise actuelle pourrait-elle fournir l'occasion d'une remise à plat de la politique de l'emploi ? De nombreux responsables politiques, associatifs et syndicaux le pensent. Avec, évidemment, l'objectif d'une réduction importante du chômage en France.

Mais dans la tourmente, le gouvernement affiche lui une ambition plus mesurée : "Essayer d'obtenir qu'à partir de la rentrée de septembre, l'accélération de la hausse du chômage se ralentisse."

Ces propos sublimes, rapportés par lefigaro.fr, sont le fait du Premier ministre, François Fillon, et ont été repris sans honte ni malaise par Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi.

Derrière son caractère alambiqué, c'est par son sous-entendu que cette phrase est la plus éclairante : elle induit qu'une fois de plus, les responsables en charge de la politique nationale avouent leur impuissance. Oui, il savent bien que la hausse du chômage est en "accélération", mais dans le meilleur des cas, ils ne pourront que "ralentir" celle-ci. Et encore, pas avant "la rentrée de septembre". Pour une possible baisse, le même Laurent Wauquiez estime que ce ne sera "pas avant 2010". C'est-à-dire, nouveau sous-entendu, pas avant le retour de la sainte croissance économique, sans laquelle aucune issue n'est envisageable.

Le dogme selon lequel la croissance serait la condition à la fois nécessaire et suffisante à la baisse du chômage est pourtant largement battu en brèche par de nombreux économistes. Nos hommes politiques continuent pourtant de lui vouer une foi de charbonnier.

Sortir de ce dogme est indispensable à la mise en oeuvre de toute nouvelle politique de l'emploi. Tant qu'il restera ancré dans les croyances de nos dirigeants, aucun réel progrès ne sera possible... sauf à considérer que le "ralentissement de l'accélération de la hausse" constitue un objectif suffisant et adapté à la situation des personnes privées d'emploi.

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Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /2009 12:18

C'est peut-être la conséquence positive de la crise : alors que l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) annonce le chiffre faramineux de 800 000 chômeurs de plus en France d'ici fin 2010, la question de l'emploi devient incontournable. Au point même de transcender les clivages. En témoigne la diversité des signataires de "l'appel du 2 mai pour des états généraux de l'emploi" : on y trouve des personnalités politiques de bords très différents (du Modem au courant altermondialiste représenté en l'occurrence par José Bové), des économistes et chercheurs de spécialités diverses, des responsables syndicaux et militants associatifs, dont des représentants de mouvements de chômeurs et précaires.

Initié par le collectif "Nouvelle donne", cet appel a pour but de susciter l'organisation d'une consultation et d'une réflexion inédite sur l'emploi, avec un objectif clair : "construire un nouveau contrat social qui permette de diviser par deux le chômage et la précarité".

Pour y parvenir, ce collectif présente par ailleurs ses propres propositions, qui reprennent les travaux de l'économiste Pierre Larrouturou, chantre de la semaine de 4 jours. Le but de l'appel ne se résume pas cependant à mettre en débat cette seule idée, mais bien à ouvrir la discussion sur les moyens à mettre en oeuvre pour enfin "prendre le taureau par les cornes" (ce sont les termes de l'appel) et imaginer de nouvelles solutions qui bousculent les dogmes établis.

Sur ce point, le constat dressé par le collectif évoque notamment la fausse excuse d'une mondialisation à la fois inéluctable et destructrice d'emplois, réfute l'idée que la solution puisse résider dans le retour de la croissance et affirme que, loin d'en être seulement une conséquence, le chômage et le sous-emploi sont au contraire une cause directe de la crise actuelle. 

Les lecteurs réguliers de ce blog ne manqueront pas de relever ici une convergence avec les idées qui y sont développées !

Quant à nos propositions, elles vont même plus loin puisqu'elles affirment la possibilité d'organiser en France un véritable droit à l'emploi garanti, afin de mettre fin au scandale du chômage de longue durée. Mais quelle que soit la solution imaginée, elle passe nécessairement par l'ouverture d'un vrai débat sur le sujet, qui ose enfin dépasser les idées reçues. C'est précisément le but de cet appel, que nous relayons ici.


 

Appel du 2 mai

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Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 10:29

En tête de cortège, vendredi 1er mai, se trouveront certainement les salariés de Caterpillar ou Continental. Les grands leaders syndicaux seront à leurs côtés, vent debout contre les délocalisations et fermetures d'usine réalisées au bénéfice des actionnaires sans même que la survie de l'entreprise (ni d'ailleurs ses profits) ne soit menacée.

Bien sûr, de telles fermetures sont inacceptables. Bien sûr, la destruction d'emplois industriels, lorsqu'elle fait écho à des préoccupations boursières qui méprisent la "valeur travail", est insupportable.

Mais ces plans sociaux spectaculaires, qui "bénéficient" des faveurs des médias, demeurent l'arbre qui cache la forêt. De l'aveu même de Geoffroy Roux de Bézieux, président de l'Unedic interviewé sur RTL, "les licenciements économiques qui font la Une de l'actualité, c'est à peu près 10% des chômeurs [nouvellement inscrits à Pôle emploi]." Les autres ? "Ce sont les fins de CDD, les fins d'intérim, les jeunes."

Bref, tous ceux dont on ne parle (presque) jamais, et qui le plus souvent n'apparaissent même pas dans les statistiques  car, d'un petit boulot à l'autre, travaillent "trop" pour apparaître dans la catégorie A des demandeurs d'emploi, c'est-à-dire la seule à être prise en compte dans les chiffres officiels.

Ainsi, notre organisation syndicale et sociale, et par conséquent le discours médiatique, accordent beaucoup plus d'importance à ceux qui perdent leur emploi qu'à ceux qui n'en trouvent jamais. Il serait bien sûr ridicule, et totalement hors de propos, de dresser les uns contre les autres. Un simple glissement sémantique suffirait d'ailleurs à englober ces situations diverses : au lieu de "protection de l'emploi", parlons de "droit à l'emploi"... au lieu de "fête du travail" (terme qui par essence s'adresse à ceux qui ont un travail), parlons de "fête de l'emploi" !

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Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /2009 15:28
Depuis le 1er janvier 2009, les structures d'insertion par l'activité économique (SIAE) sont soumises à de nouvelles règles de conventionnement avec l'Etat. De ce conventionnement dépend leur financement, avec pour maîtres mots "objectifs" et "culture du résultat". En clair : on n'est pas là pour faire du social !

"On passe d'une logique de moyens à une logique de résultats", indique en introduction le Guide des nouvelles modalités de conventionnement Etat-SIAE, rédigé à l'attention de ces dernières par leur Conseil national d'appui et de ressources (CNAR).

Evidemment, la formule "culture du résultat" n'a rien d'un gros mot. Mais appliquée à des structures dont l'objet est de permettre l'accès à l'emploi des personnes les plus éloignées du monde du travail, elle induit forcément quelques inquiétudes. On ne va pas demander aux structures d'insertion de sélectionner leur public tout de même ? Eh bien si, justement.

Cette invitation figure en termes à peine feutrés dans le texte de la circulaire du 10 décembre 2008, qui fixe les modalités de conventionnement applicables depuis le 1er janvier. Ledit texte conseille sobrement aux SIAE en panne de résultats de "renforcer l'adéquation des publics embauchés avec les objectifs négociés". Limpide.

Concernant ces objectifs, il est rappelé presque à chaque page qu'ils seront établis sur la base d'un diagnostic précis de la situation de chaque structure, et notamment de la réalité du marché de l'emploi sur son territoire. Mais au détour d'un paragraphe, on relèvera tout de même que ces objectifs "ne sauraient être inférieurs à un taux de sorties dynamiques de 60% et à un taux d'insertion dans l'emploi durable de 25% au terme d'un délai de trois ans".

Ce langage abscons est heureusement précisé par la circulaire qui, sous le terme de "sortie dynamique" distingue, donc, l'emploi "durable" (un CDD ou une mission d'intérim de six mois suffit pour bénéficier de cet adjectif), l'emploi "de transition" (CDD ou mission d'intérim de moins de six mois) et la "sortie positive", c'est-à-dire, par exemple, une formation "pré-qualifiante" ou l'embauche dans une autre SIAE...

Une exigence de résultats basée sur des objectifs qui, d'un point de vue qualitatif cette fois, apparaissent fort limités : on voudrait inciter les SIAE à faire du chiffre à n'importe quel prix qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

On imagine mal comment cette réforme pourrait véritablement améliorer la manière de travailler des SIAE, au bénéfice des chômeurs qu'elles accompagnent. Le but, d'ailleurs, n'est certainement pas là. Afficher au final un meilleur bilan comptable, quitte à ignorer les personnes les plus en difficulté, voilà qui semble déjà plus réaliste.
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8 idées reçues sur le chômage

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