Carnet de bord

Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /2007 17:53
Le constat est connu : les chômeurs peinent à se faire entendre, et à exprimer par eux-mêmes leurs revendications. Alors que les mouvements sociaux liés à la réforme des régimes spéciaux annoncent la paralysie des transports publics, une question se pose : pourquoi les chômeurs, eux aussi, ne feraient pas grève ?

L'idée peut sembler incongrue : comment faire la grève quand on ne travaille pas ? Pourtant, c'est bien par ce biais que certains secteurs, transports en commun notamment, parviennent à faire entendre leurs revendications. Ainsi, non seulement les chômeurs sont privés d'emploi, mais ils sont du même coup privés du moyen d'expression sans doute le plus efficace dont disposent les travailleurs...

C'est à partir de ce constat que nous nous sommes pris à rêver : à quoi donc pourrait ressembler une grève du chômage ? La première approche est d'une logique implacable : comme la grève consiste à cesser le travail, et que les chômeurs n'ont pas de travail, leur grève pourrait consister à cesser le non-travail.

Comment s'y prendre ? Par exemple en organisant des rassemblements où les chômeurs se mettraient, par eux-mêmes, à travailler. Imaginons par exemple de larges groupes de demandeurs d'emploi se mettant à nettoyer les places publiques, à orienter les voitures sur les parkings, à aider les enfants à traverser la rue, à tenir des "forums de la grève du chômage" où chacun derrière son stand présenterait son savoir-faire...

Gageons que de tels "happening", pour peu qu'ils rassemblent des effectifs importants, pourraient obtenir une certains audience des médias, et accessoirement montreraient que non, les chômeurs ne sont pas des fainéants qui se complaisent dans la perception d'allocations. Cela soulignerait également toute l'absurdité qu'il y a à laisser des millions de travailleurs dans le non-emploi.

Autre idée : puisque le chômeur, par son statut de demandeur d'emploi inscrit à l'ANPE, se doit de s'acquitter de certaines obligations (actualisation de situation et suivi mensuel) une grève du chômage pourrait consister à cesser ces démarches auprès des services publics pour l'emploi.

Là aussi, c'est le nombre des participants à ce mouvement qui ferait sa force : s'il est trop faible, les chômeurs-grévistes risquent fort d'être sanctionnés par leur agence locale dans l'indifférence générale. S'il est important, il créera une situation de tension posant inévitablement la question suivante : quel est l'intérêt d'astreindre les demandeurs d'emploi à un suivi mensuel quand, la plupart du temps, le rendez-vous en question se borne à un énième bilan de situation, sans perspective nouvelle ?

Voilà qui remettrait sur la table la pertinence, la logique et l'efficacité de notre politique publique de lutte contre le chômage. Alors, chômeurs, rassemblons-nous ?
Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /2007 11:12
Curieux à quel point le développement du chômage de masse a modifié le regard porté sur le monde du travail. Ainsi, si le "travail à l'usine" a longtemps été considéré avec un certain dédain, il semble aujourd'hui représenter un véritable idéal professionnel pour de nombreuses personnes.

Lorsque nous nous réunissons, avec des demandeurs d'emploi, pour discuter de leurs difficultés et de leurs souhaits, il est frappant de constater que beaucoup aspirent à "rentrer à l'usine".

Ce souhait est d'autant plus surprenant que les emplois industriels se raréfient dans notre pays, et que les chances d'y obtenir un poste autre que précaire s'amenuisent en conséquence.

D'où vient alors cet attrait pour les métiers ouvriers ? La réponse est claire : stabilité des horaires, paye régulière, contexte de travail sécurisant.

Il n'est en fait pas si étonnant de constater que les personnes qui connaissent de grandes difficultés d'insertion professionnelle sont justement des personnes qui ont besoin de stabilité et de sécurité. Et qui se trouvent donc largement démunies et fragilisées face à un marché du travail instable et précaire.

Cet élément contribue sans doute à expliquer le fait que les métiers dits "en tension" soient largement délaissés par les chômeurs de longue durée : métiers du bâtiment, de la restauration ou du service à la personne... Autant de secteurs d'activité avec des horaires souvent décalés, des conditions de travail dures, une activité saisonnière ou à temps partiel, d'où une rémunération irrégulière.

Autant de critères qui éliminent nombre de demandeurs d'emploi, principalement parmi les plus éloignés de ce qu'on appelle "l'employabilité". Et il y a sans doute un vrai paradoxe à vouloir régler le problème du chômage par des emplois inadaptés aux chômeurs...
Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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Mardi 6 novembre 2007 2 06 /11 /2007 09:46

La nouvelle loi sur l'immigration prévoit de rendre légales les statistiques "ethniques", c'est-à-dire recensant des critères comme la couleur de peau ou la religion. Le sujet est hautement polémique, mais a au moins le mérite de mettre en lumière la question des discriminations, notamment à l'embauche.

Avec le débat houleux sur les tests ADN et le projet de mise en place de quotas d'immigration, le contexte était peut-être défavorable : beaucoup voient dans le projet d'autoriser les statistiques ethniques le spectre d'un "fichage" selon des critères liés à la couleur de peau ou la religion...

Mais sous réserve que ces enquêtes soient réalisées dans des conditions d'anonymat suffisantes, elles pourraient au contraire permettre de poser, enfin avec précision, le problème de la discrimination en général, et de la discrimination à l'embauche en particulier.

Faute de statistique précise, il est fort probable que les problèmes d'accès à l'emploi des personnes de couleur soient largement minorés. Même si elles n'ont pas valeur d'enquête, nos observations au sein de l'AITA montrent une très nette surreprésentation, parmi le public accueilli, des demandeurs d'emploi originaires d'Afrique Noire ou du Maghreb. Rappelons que le rôle de l'AITA est d'accueillir les chômeurs de longue durée ou rencontrant des difficultés particulières dans l'accès à l'emploi...

Evidemment, cette situation peut parfois avoir des motifs raisonnables : on peut comprendre qu'une méconnaissance de la langue française soit un obstacle "objectif" dans la recherche d'un travail. Mais bien souvent, les préjugés entrent en compte, même sans parler de racisme pur et dur : "Dans mon pays, j'ai obtenu une qualification en informatique de gestion, équivalente à un niveau de BTS", témoigne une jeune femme d'origine ivoirienne. "Pour les employeurs, ça n'a pas de valeur. Au mieux, ils considèrent que je peux utiliser un traitement de texte..."

Parmi les personnes qui se présentent à l'association, les témoignages de discrimination restent nombreux, notamment dans les métiers du service aux personnes et de la restauration-hôtellerie. Difficile par exemple de comprendre comment cette autre personne, ayant travaillé dans un hôtel en Autriche, parlant très bien l'allemand et l'anglais (et le français... sans accent !) puisse peiner à trouver un emploi dans ce secteur...

On sait que, malgré la batterie d'aides et de mesures mises en place, les personnes handicapées connaissent un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne. Il serait certainement utile d'avoir des chiffres aussi précis pour les hommes et les femmes noirs ou maghrébins. Et gageons que lorsque de tels chiffres seront connus, ils feront parler d'eux.

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Mardi 4 décembre 2007 2 04 /12 /2007 14:55

Deux fois par mois, l'AITA organise une réunion d'information pour toutes les personnes, chômeurs de longue durée, qui souhaitent s'inscrire à ses services. Cette réunion permet de présenter l'association, mais aussi d'engager une discussion sur la situation et les observations de chacun.

C'était aujourd'hui la dernière réunion d'information avant notre grand rendez-vous du 14 décembre (voir programme ci-dessous). Evidemment, nous avons présenté ladite réunion à la douzaine de personnes réunies, et leur avons exposé les thèmes qui seront abordés.

Cette rapide présentation a permis de susciter un court débat, dont les propos s'avèrent de parfaites illustrations des thèmes en question. Nous vous en livrons ci-dessous un petit florilège, propos rapportés qui résument les difficultés rencontrées par beaucoup de demandeurs d'emploi :

A propos des conditions de travail (pénibilité, éloignement par rapport au domicile, etc.) :
"J'avais trouvé un poste, mais à trente kilomètres de chez moi, par des routes de campagne. En mobylette, c'est pas possible. Et comme je n'ai pas le permis..." Une telle réflexion peut sembler anecdotique, pourtant, il est surprenant de constater à quel point les problèmes de mobilité reviennent dans de nombreux témoignages. Autre témoignage : "J'ai fait une formation de plaquiste, mais j'ai laissé tombé après un premier CDD. J'avais le dos cassé, pour un salaire de misère..."

S'agissant de la discrimination :
"J'ai fait une formation en cuisine. Après j'ai cherché à travailler, sans succès. Même pour un stage je n'ai pas trouvé. Ceux qui ont fait la formation avec moi ont tous trouvé au moins un stage, parfois dans des établissements qui auparavant m'avaient dit qu'ils ne prenaient personne." Voilà pour le témoignage d'un demandeur d'emploi d'origine soudanaise. Evidemment, on peut émettre l'idée que ses difficultés sont liées à une totale incompétence, et pas à la couleur de sa peau. Mais de tels témoignages, nous en avons recueillis beaucoup...

Et concernant les difficultés à trouver un boulot dans les métiers dits "en tension" ou gisements d'emplois : 
"J'ai fait une formation de huit semaines dans un métier du bâtiment. Et c'est vrai que le travail ne manque pas, mais ma formation était insuffisante pour les employeurs. Du coup, ils voulaient m'embaucher en tant qu'apprenti, pour la moitié du Smic. Pas d'accord..." Et encore, dans ce dernier exemple, il y a eu une formation, même si elle semble insuffisante. Autre témoignage : "Je souhaitais faire une formation de peintre. J'ai contacté l'AFPA : il y a deux ans de file d'attente." Quand on est dans le besoin urgent, un tel délai n'est évidemment pas envisageable. D'où cet autre témoignage, cette fois dans le domaine du service à la personne : "J'essaye de créer mon activité, par le biais du chèque emploi service universel. Mais se faire une clientèle, c'est au moins un an. Comment je vis en attendant ?" Le service à la personne (où l'employé travaille au domicile de l'employeur) ainsi que la restauration, deux "gisements d'emplois" donc, sont par ailleurs régulièrement cités parmi les secteurs où sévit une importante discrimination. L'exemple du paragraphe précédent l'illustre également.

Reste, parmi les sujets qui seront mis sur la table le 14 décembre, celui de la non-reconnaissance des diplômes et qualifications obtenus hors de France. Mais nous avons déjà publié des témoignages sur ce sujet...

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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8 idées reçues sur le chômage

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