L'idée peut sembler incongrue : comment faire la grève quand on ne travaille pas ? Pourtant, c'est bien par ce biais que certains secteurs, transports en commun notamment, parviennent à faire entendre leurs revendications. Ainsi, non seulement les chômeurs sont privés d'emploi, mais ils sont du même coup privés du moyen d'expression sans doute le plus efficace dont disposent les travailleurs...
C'est à partir de ce constat que nous nous sommes pris à rêver : à quoi donc pourrait ressembler une grève du chômage ? La première approche est d'une logique implacable : comme la grève consiste à cesser le travail, et que les chômeurs n'ont pas de travail, leur grève pourrait consister à cesser le non-travail.
Comment s'y prendre ? Par exemple en organisant des rassemblements où les chômeurs se mettraient, par eux-mêmes, à travailler. Imaginons par exemple de larges groupes de demandeurs d'emploi se mettant à nettoyer les places publiques, à orienter les voitures sur les parkings, à aider les enfants à traverser la rue, à tenir des "forums de la grève du chômage" où chacun derrière son stand présenterait son savoir-faire...
Gageons que de tels "happening", pour peu qu'ils rassemblent des effectifs importants, pourraient obtenir une certains audience des médias, et accessoirement montreraient que non, les chômeurs ne sont pas des fainéants qui se complaisent dans la perception d'allocations. Cela soulignerait également toute l'absurdité qu'il y a à laisser des millions de travailleurs dans le non-emploi.
Autre idée : puisque le chômeur, par son statut de demandeur d'emploi inscrit à l'ANPE, se doit de s'acquitter de certaines obligations (actualisation de situation et suivi mensuel) une grève du chômage pourrait consister à cesser ces démarches auprès des services publics pour l'emploi.
Là aussi, c'est le nombre des participants à ce mouvement qui ferait sa force : s'il est trop faible, les chômeurs-grévistes risquent fort d'être sanctionnés par leur agence locale dans l'indifférence générale. S'il est important, il créera une situation de tension posant inévitablement la question suivante : quel est l'intérêt d'astreindre les demandeurs d'emploi à un suivi mensuel quand, la plupart du temps, le rendez-vous en question se borne à un énième bilan de situation, sans perspective nouvelle ?
Voilà qui remettrait sur la table la pertinence, la logique et l'efficacité de notre politique publique de lutte contre le chômage. Alors, chômeurs, rassemblons-nous ?
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