Nous avons organisé le 14 décembre une réunion à laquelle étaient
invités les demandeurs d'emploi inscrits à l'AITA. Une trentaine ont répondu présent, et ont instruit le "procès du chômage". Répartis en quatre groupes, ils ont répondu aux accusations d'un
procureur reprenant l'argumentaire selon lequel les "privés d'emploi" seraient responsables de leur situation. Voici le compte-rendu de l'audience.
Le procureur : On sait très bien qu'il y a du travail dans certains secteurs. Si les chômeurs sont au chômage, c'est qu'ils ne veulent pas travailler.
Réponse des demandeurs d'emploi : Travailler dans le bâtiment ou la restauration, on veut bien, mais dans ces secteurs aussi, les employeurs veulent des gens efficaces tout de
suite. Si on a pas d'expérience, on est pas pris. Le problème, c'est que pour avoir de l'expérience, il faut bien que quelqu'un nous donne notre chance ! Et puis il y a d'autres
problèmes : pour les femmes par exemple, c'est très dur de trouver un emploi dans le bâtiment, parce qu'elles y sont dévalorisées. Pourtant il y a dans ce secteur beaucoup de postes où
elles peuvent être très efficaces.
Avant de parler d'expérience, parlons simplement de qualification. Les demandeurs d'emploi manquent souvent de qualifications. S'ils veulent du travail, ils doivent se
former.
Se former oui, mais les formations pour adultes sont souvent saturées, il n'y a pas assez de places. Et quand on trouve une place, comment on vit pendant la formation ? Si vous n'avez pas ouvert
de droits, la formation n'est pas rémunérée. Donc, pour bénéficier d'une formation dans de bonnes conditions, il faut avoir des droits. Et pour avoir des droits, il faut avoir travaillé. Mais
comment travailler sans formation ni expérience ?! C'est un cercle vicieux !
Et pour ceux qui font une formation, elle doit ensuite être suivie d'un stage pour être validée. Ce stage non plus n'est pas rémunéré, et encore faut-il en trouver un ! C'est d'autant
plus dur pour les personnes de couleur : même pour les stages, la discrimination existe.
Vous oubliez les contrats d'apprentissage ou de professionnalisation, qui permettent de se former en percevant un salaire.
Ces contrats sont davantage destinés
aux moins de 26 ans. Quand on est plus âgé, c'est moins intéressant de nous embaucher car les patrons perdent le bénéfice de l'éxonération et payent plus cher. Donc ils embauchent surtout
des jeunes.
Tout ça serait plus simple si vous étiez moins exigeants ! Admettez tout de même que c'est souvent plus agréable de toucher les allocations que de travailler...
Le problème
n'est pas de vouloir travailler, mais de pouvoir travailler ! Si on vous propose un poste dans une autre ville à trente kilomètres, et que vous n'avez ni voiture ni permis de conduire, comment
vous faites ? Ou si on vous propose un emploi de nuit, mais que vous élevez seul des jeunes enfants ?
Prochainement : la suite de l'audience...
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