Présentation

Nos parcours sont différents, nos histoires aussi. Notre principal point commun : être demandeur d’emploi. Malgré des expériences multiples, des formations, et évidemment une motivation sans faille, depuis des années, les portes du monde du travail restent closes face à nous. C’est pour cette raison que nous nous sommes retrouvés, un jour, à l’AITA, ou Association intermédiaire de travail adapté. «L’AITA, pour partie, fonctionne comme les agences d’intérim», nous a-t-on expliqué lors de la réunion d’inscription. «Sur ce point, on ne vous promet pas qu’on vous trouvera du travail à tous… Mais l’AITA, ce n’est pas qu’une agence d’intérim. C’est aussi une association qui s’est constituée à partir d’un constat simple : il n’est pas normal que tant de personnes, dans notre pays, soient touchées par le chômage de longue durée. Et comme on trouve que ce n’est pas normal, on souhaite le dire, et réfléchir ensemble aux moyens d’en sortir.»
C’est sur ce leitmotiv que s’est constitué le Club AITA. Au début, on ne savait pas trop ce que ça allait donner. La participation est libre : on vient quand on peut, ou quand on veut, mais la porte est ouverte. Puis rapidement, un noyau dur s’est constitué. Nos parcours sont différents, nos histoires aussi, mais on a finalement tant de choses à échanger. Les mêmes situations absurdes face aux dispositifs d’accès à l’emploi, la même lassitude face aux échecs répétés, le même sentiment, parfois, d’une discrimination. Mais aussi la même envie de ne pas baisser les bras, de crier que non, les demandeurs d’emploi ne sont ni des assistés, ni des paresseux, ni des incompétents. Ce blog est là pour ça.

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Mardi 23 septembre 2008
Le RSA risque de s'avérer très coûteux au regard de ses effets sur l'emploi, parce qu'il reste fidèle au principe de base de notre infirmerie sociale, qui consiste à co-financer la précarité. Co-financer le travail serait sans doute plus efficace, et sûrement moins onéreux. 

La généralisation, prévue en 2009, du revenu de solidarité active (RSA) pose principalement le problème du coût de cette mesure, qui concerne potentiellement 3,7 millions de ménages. Déjà, pour des raisons budgétaires, le principe retenu est en retrait par rapport aux expérimentations conduites dans certains départements pilotes.

Ainsi, au stade expérimental, le dispositif prévoyait un taux de décote de 30 % : dans ce cas de figure, une hausse de revenus de 100 euros permettait au bénéficiaire de conserver un RSA amputé de 30 euros (soit 30 % de décote). Dans le modèle retenu, cette décote est de 38 %.

La mesure reste cependant coûteuse, obligeant le gouvernement à créer une nouvelle taxe, ciblée sur les revenus du patrimoine, afin de la financer.

N'oublions pas non plus que parallèlement à la mise en place du RSA, l'Etat limite fortement l'étendue d'autres dispositifs, comme les contrats aidés. L'objectif pour 2008 était de diminuer le nombre de contrats aidés de 25% par rapport à 2007, dans le but d'économiser 300 millions d'euros.

Mais s'agit-il d'économies ? Car dans 70% des cas, les "bénéficiaires" d'un contrat aidé retrouvent, à l'issue de ce contrat, une situation de précarité. Or le non-emploi est coûteux : les minima sociaux et autres aides (CMU...) que touchent les demandeurs d'emploi représentent pour l'Etat une dépense nette, sans contrepartie. A l'inverse, dans le cadre des contrats aidés, l’Etat verse seulement une partie des salaires. L’autre partie est versée par l’employeur, qui s’acquitte également, auprès de l’Etat, de diverses charges sociales (même s’il bénéficie d’exonérations pour certaines de ces charges). Il y a donc ici une contrepartie à l’aide fournie par l’Etat.

Le coût du travail aidé est souvent surestimé. A l’inverse, le coût de la précarité et de l’inactivité est souvent minoré -- et il est à craindre que le RSA, dans la mesure où il consiste à co-financer durablement des situations de précarité, augmentera ce coût (à moins qu'il se traduise par un fort retour à l'emploi à temps plein de personnes qui en sont aujourd'hui exclues, ce qui n'est pas assuré).

De leur côté, les contrats aidés ne sont bien sûr pas exempts de défauts : en bradant le coût de l’emploi, ils concurrencent les contrats « classiques » au détriment des CDI. En étant réservés à certaines catégories de chômeurs, ils créent une sélection entre les demandeurs d’emploi sur des critères administratifs souvent incompréhensibles. Et en étant à durée déterminée, ils renvoient trop souvent leurs "bénéficiaires" à la précarité lorsqu'ils arrivent à terme. Mais l’essentiel de ces reproches seraient gommés si les contrats aidés étaient eux-mêmes des CDI : alors ils pourraient représenter une véritable insertion.

Au regard du coût très élevé du chômage par rapport au coût de l'insertion, le véritable argument opposé à une transformation des contrats aidés en CDI n'est pas financier : le meilleur moyen de baisser le coût du chômage, c'est de baisser le chômage lui-même, et des dispositifs d'insertion inscrits dans le long terme pourraient être un moyen d'y arriver. 

A l'inverse, si le RSA devait être un échec, cet échec serait sans doute interprété comme une illustration de l'inefficacité des fonds publics engagés en faveur des minima sociaux -- fournissant un argument dans le sens de leur diminution. 

En s'obstinant à co-financer la précarité plutôt que l'emploi à long terme, notre infirmerie sociale est chère, et peu efficace en termes d'insertion. Le RSA, même s'il devait montrer des effets positifs sur la pauvreté (ce qui ne serait déjà pas rien) continue de creuser ce même sillon.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mercredi 10 septembre 2008
Initialement, c'est la date du 1er janvier 2009 qui était avancée : la loi sur les "droits et devoirs des chômeurs", qui définit ce qu'est une "offre d'emploi raisonnable" ainsi que les sanctions consécutives à son refus, devait entrer en application en même temps que la fameuse fusion ANPE/Assedic.

Finalement, Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, indiquait le 10 septembre dans une interview au journal La Tribune que le décret d'application "paraîtra fin septembre. Les dispositions de la loi seront donc applicables imédiatement".

Destinée spécifiquement aux demandeurs d'emploi indemnisés et qui ont déjà reçu des offres d'emploi de la part de l'ANPE, cette disposition nous paraît anecdotique par rapport au vrai problème (le chômage de longue durée et d'exclusion sociale), tout en renforçant la suspicion qui prévaut vis-à-vis des chômeurs, volontiers perçus comme des fainéants plus prompts à demander leurs allocations qu'à chercher du travail.


Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 26 août 2008
Lorsque la validation des acquis de l'expérience (VAE) a été créée en 2002, elle avait pour but, selon le ministère du Travail, de favoriser "l'accès à la certification des demandeurs d'emploi et des personnes ayant un bas niveau de formation initiale". Une étude de la Dares indique que s'agissant des demandeurs d'emploi, le but n'est pas atteint.

La Dares, service statistique du ministère du Travail, a publié le 20 août 2008 une étude sur les bénéficiaires de la VAE. La VAE, pour "validation des acquis de l'expérience", est une procédure visant à permettre aux personnes disposant d'une qualification réelle mais non reconnue d'obtenir un diplôme ou certificat de qualification dans ce domaine. Exemple basique : une mère au foyer souhaitant par ce biais obtenir la reconnaissance de son expérience auprès de jeunes enfants.

Dans la mesure où l'absence de qualification reconnue est l'un des freins majeurs à l'accès à l'emploi des chômeurs de longue durée, on pourrait s'attendre à ce qu'ils figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette procédure (et c'était d'ailleurs le but de l'opération). Nombreux sont en effet les demandeurs d'emploi qui, sans bénéficier d'une qualification "officielle", n'en présentent pas moins un réel savoir-faire, acquis au fur et à mesure des stages, petits boulots, missions d'interim, etc. Autre cas souvent rencontré à l'AITA : celui de travailleurs immigrés qui ont passé un diplôme ou validé une formation dans leur pays d'origine sans que cette qualification soit reconnue en France.

Alors, la VAE, un bon plan pour les chômeurs ? La réponse apportée par la Dares est claire : c'est non.

Premier constat : 90 % des candidats à une VAE sont en emploi (dont un tiers à temps partiel). Les chômeurs ne représentent que 10 % de cet effectif. La VAE est ainsi surtout assimilée à un outil de promotion professionnelle, voire de reconnaissance sociale lorsqu'elle vise à corriger le décalage entre fonctions dans l'entreprise et niveau de qualification.

Le fait que des salariés, dont une forte proporition en situation précaire, puissent réaliser une VAE est évidemment une bonne chose. Mais cela n'explique pas pourquoi les chômeurs y sont si peu représentés.

En fait, il s'avère que le dispositif n'est pas du tout adapté à leur situation. Tout d'abord, une VAE, c'est long : deux ans minimum. Trop long lorsque la préoccupation du moment est de payer le loyer du mois ou remplir son caddie de courses en fin de semaine.

Ensuite, la Dares relève que la VAE a plus de chances d'aboutir lorsque le candidat est accompagné dans sa démarche et bénéficie déjà d'un diplôme. Tout l'inverse donc du demandeur d'emploi isolé et sans qualification.
Et la VAE est un processus sélectif : sur les 60 000 dossiers jugés recevables en 2006, seuls 26 000 ont été menés à terme avec succès. Rien d'étonnant à ce que les chômeurs soient les plus nombreux à jeter l'éponge : ils représentent 16 % des abandons (alors, rappelons-le, qu'ils ne représentent que 10 % des candidats).
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mercredi 23 juillet 2008
Nous continuons, avec le texte ci-dessous, la publication des "bonnes feuilles" du livre à paraître écrit par Patrick Valentin, vice-président de l'AITA. Il présente dans ce livre les réflexions que lui inspirent la situation des personnes "privées d'emploi", ainsi que des pistes de solution (lire l'extrait précédent).

" Dans ce système paradoxal, où les politiques affirment s’attaquer au chômage tout en renvoyant la responsabilité de créer des emplois aux mécanismes « naturels » de l’économie, l’action concrète des pouvoirs publics se limite à un rôle de « passerelle ». La multitude des emplois aidés créés ces deux dernières décennies est une illustration parfaite de cette logique.

Sur une période déterminée (tous ces contrats sont des CDD), les emplois aidés ont pour but de remettre le pied à l’étrier les personnes les plus éloignées du monde de l’emploi. Après, à elles de trouver un emploi durable dans la sphère du travail privé. Le raisonnement de cette logique de passerelle est le suivant :
-  certains salariés « loin de l’emploi » ont besoin d’une aide pour retrouver ou acquérir une « employabilité » ;
on peut aider ces personnes par le biais d’emplois subventionnés pour une durée déterminée sans remettre en cause les grands principes de notre système économique (c’est-à-dire sans fâcher personne) ;
ragaillardis par cette expérience évidemment positive, les salariés qui sortent de ces dispositifs retrouvent nécessairement du travail sur le marché ordinaire.

Malheureusement, cette logique ne marche pas. Depuis quinze ans, les chiffres prouvent qu’un tiers seulement des personnes sortant d’un tel dispositif d’insertion trouve ensuite un emploi durable, et surtout, dans le même temps, un nombre au moins égal de personnes passe au « chômage de longue durée » ! Sans compter qu’il en reste deux tiers qui ne sont pas sortis du chômage ou sont restés dans une situation précaire équivalente. Au total, on a rien gagné, et parfois la situation s’est même aggravée. Le plus grave et le plus préoccupant dans ce système des emplois aidés, c’est peut-être l’idéologie qui domine : puisqu’il s’agit de passerelles, l’Etat accepte de les financer temporairement, mais à condition qu’il y ait des résultats, c'est-à-dire des passages du milieu de l'emploi aidé au milieu dit ordinaire, pour démontrer la « rentabilité » de ces passerelles en terme d’insertion. Conséquence : pour éviter les mauvais résultats éventuels qui mettraient en cause l’aide de l’Etat, les entreprises d’insertion sont amenées, parfois, à effectuer des sélections aussi sévères, parmi les chômeurs de longue durée, que celles effectuées par les entreprises ordinaires !

Les faits sont là, ils sont têtus, mais il n’est pas « politiquement correct » de les regarder en face. C’est tellement facile de regarder ailleurs, et de développer toutes les fausses bonnes raisons très complexes qui sont censées expliquer si bien les choses et qui permettent de disserter à perte de vue. Tantôt, c’est la formation qui est en cause, tantôt, c’est la mobilité, etc. La réalité, c’est tout simplement le manque quantitatif et qualitatif d’emplois. Des emplois adaptés aux besoins et aux demandes d’une population disponible et capable de travailler sans préalable, voilà ce qui manque. Cessons de regarder ailleurs. "

A suivre
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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