Analyses

Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /2007 10:59

Alors qu'a été lancé vendredi 23 novembre le "Grenelle de l'insertion", qui initie six mois de rencontres à travers toute la France pour établir un plan d'action contre la précarité et la pauvreté, nous interpellons Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, sur le risque de se tromper de débat, en négligeant de poser les questions de fond.

Participant coup sur coup, en novembre 2007, au congrès du Coorace, de l’Uniops, et du Grenelle de l’insertion, j’ai rarement entendu, en si peu de temps et d’espace, autant d’intelligence et d’humanisme, autant de bonnes intentions émises par des personnes de si haut niveau. Mais alors comment expliquer qu’on puisse en rester à des ambitions aussi minces ? Comment expliquer que l’on avance si peu ?

Notre nouvelle ambition : négocier un « contrat unique d’insertion » ! Il a été dit haut et fort dans les tribunes et applaudi par les participants que ce ne sont pas tant « les personnes qui sont éloignées de l’emploi que l’emploi qui s’est retiré, qui s’est éloigné des personnes ». Alors prenons acte.

Il est certainement abusif de comparer la situation des exclus de l’emploi avec celle des handicapés, sauf sur un point : « le droit à l’emploi pour tous ». Cessons de regarder les « performances individuelles ». Cela n’explique rien, car là encore nous avons largement démontré aux tribunes des congrès, et de cent façons différentes, que les performances individuelles ne sont pas le fin mot de la question, la clé réelle de l’emploi. La clé de l’emploi, ce sont les performances collectives. C’est la volonté de la collectivité qui est la clé. Nous le savons, nous l’avons dit et c’est notre honneur de l’avoir bien souvent démontré dans nos entreprises d’insertion. Alors faisons-le.

Mais au lieu de le faire, et là je rêve, on envisage une nouvelle usine à gaz : le contrat unique d’insertion. C’est fou. Nous avons déjà un contrat unique d’insertion, il s’appelle SMIC.  Le « SMIC », ce devrait être le « Salaire Minimum d’Insertion toutes Catégories » !

Qu’avons-nous besoin d’inventer un nouveau contrat après avoir dit haut et fort que tout cela n’était trop souvent que stigmatisations inutiles. A mon sens, le vrai combat aujourd’hui, et l’enjeu d’un Grenelle, ce serait la volonté d’organiser le droit à l’emploi pour tous.

Et son corollaire un nouveau statut pour supprimer le chômage de longue durée. Ce n’est pas le patronat, ce ne sont pas les syndicats qui devraient être les acteurs principaux d’un tel Grenelle. Il est vrai que sur les tribunes des congrès, ils ont des allures de sainteté qui feraient fondre les cœurs les plus endurcis. Mais quelles que soient leur bonne volonté affichée, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir, ils ont montré dans la réalité, depuis plus de vingt ans, ce que leur bonne volonté peut réaliser. C’est mieux que rien, certes, mais c’est bien mince eu égard à l’ampleur du problème : un à deux millions de personnes sur la touche. Ce n’est peut-être pas de leur faute, mais c’est un fait incontournable.

Le patronat et les syndicats peuvent être des alliés, des aides, ils doivent participer mais ils ne se sentent pas véritablement responsables de l’exclusion. Pas plus qu’ils ne peuvent assumer la responsabilité quantitative de l’emploi : pour eux, et selon la formule qu’ils ont consacrée, « l’emploi ne se décrète pas ». Ils savent le rappeler à chaque occasion grave depuis 25 ans.

Car le patronat traditionnel, le patronat des entreprises à but lucratif, n’est pas tant à la source de l’emploi que seulement le plus gros consommateur d’emplois, ce qui n’est pas la même chose. Si nous n’y prenons pas garde, nous risquons de demander à un acteur partiellement impuissant, et qui revendique au besoin son impuissance, quelque chose qu’il ne peut pas nous donner. La vraie source de l’emploi, la source ultime, c’est la volonté collective, la volonté d’une société tout entière.

Et le meilleur représentant, à ma connaissance, actuellement, pour un Grenelle, c’est l’économie solidaire, et particulièrement l’entreprise d’insertion élargie. Je préfèrerais d’ailleurs dire l’entreprise à but d’emploi, comme celle que Duponchel a créée et présentée : il n’a pas dit « j’ai fais X millions de chiffre d’affaires », il a dit « j’ai embauché 1 000 personnes en France et 200 en Afrique ».

Si donc nous voulons traiter au Grenelle la question N°1 (non pas N°1 en valeur, mais N°1 en simple logique), c'est-à-dire la question quantitative, la question des « privés d’emploi » comme dit à juste titre la CGT, il faut y négocier l’organisation du droit à l’emploi pour tous les citoyens qui le désirent, avec la suppression du statut de chômeur de longue durée, et ceci avec toutes les entreprises compétentes.

Les entreprises à but d’emploi de l’économie solidaire sont évidemment les premières, parce qu’elles ont démontré que l’emploi est une des clés les plus précieuses de la dignité humaine et du respect qui en découle, pour tous.

Quand on a la richesse qui est la nôtre, comme l’a rappelé Patrick Viveret, et si nous voulons être dignes des bonnes intentions de nos orateurs de congrès, la clé de l’emploi pour tous ceux qui le désirent, c’est la volonté collective de l’organiser dans notre pays avec des entreprises qui en ont fait leur métier et qui ont acquis une compétence remarquable « d’entreprises à but d’emploi. »

Patrick Valentin

Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /2007 11:28

A peu près en même temps que le Beaujolais de l'année, la nouvelle livraison du concept "Grenelle" est arrivée. Après l'environnement, c'est l'insertion qui va occuper les débats, prévus pour durer six mois, avec des rencontres dans toute la France.

"Dans la lutte contre la pauvreté, on a une obligation de résultats", affirmait Martin Hirsch dans le journal Libération. L'interview, à l'occasion du lancement du Grenelle de l'insertion, a permis au Haut commissaires aux solidarités actives de rappeler les objectifs du gouvernement : réduire d'un tiers la pauvreté en France d'ici cinq ans (pour rappel, sept millions de Français vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté).

Le but est donc de réduire la pauvreté. Le moyen d'y parvenir : l'insertion (du moins c'est ce qu'on peut déduire du terme "Grenelle de l'insertion").

Le problème, c'est que s'agissant de l'insertion, les grandes lignes du programme gouvernemental sont largement connues, appliquées ou expérimentées : Revenu de solidarité active, diminution du nombre des contrats aidés, projet de contrat unique d'insertion et, parallèlement, révision de la fiscalité pour réveiller la croissance et (espère-t-on) dynamiser l'emploi.

D'où une question : quels sont les éléments concrets qui pourront ressortir de ce Grenelle ? Vu que le cap semble clairement donné, ce grand mouvement de consultation risque de se borner à étudier les modalités d'application des mesures en cours d'étude, comme par exemple le contrat unique d'insertion.  

Sauf à supposer que la porte soit ouverte à une vraie remise à plat des options déjà retenues -- ce qui semble peu probable -- la pertinence d'un "Grenelle" à ce stade-là de l'action gouvernementale est contestable. Soit il aurait dû intervenir plus tôt, pour avoir une vraie liberté de proposition dans un contexte ouvert, soit il devrait intervenir plus tard, pour faire le bilan des actions conduites et voir comment faire mieux.

Mais au jour d'aujourd'hui, alors, par exemple, que le RSA va tout juste être testé dans une quarantaine de départements, quelle est la logique de ce Grenelle ? A moins, bien sûr, qu'il ne s'agisse de capitaliser sur le succès récent du Grenelle de l'environnement, et ainsi surfer sur l'effet de mode de ce concept. A suivre...

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Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /2008 12:26

Nous avons publié précédemment une série de textes faisant le "procès du chômage", pointant les arguments selon lesquels les demandeurs d'emploi seraient responsables de leur situation. Hasard ou coïncidence : au même moment, le gouvernement annonce la possible mise en place de sanctions pour les chômeurs refusant deux propositions d'emploi "acceptables".

Tout d'abord, il est nécessaire de rappeler que la législation actuelle permet déjà d'infliger de telles sanctions. La loi Borloo de 2004 permet ainsi de suspendre l'allocation chômage, de manière temporaire ou définitive, à un chômeur qui refuse un emploi.

Cette disposition reste peu appliquée mais, selon le Mouvement national des chômeurs et précaires, son utilisation tend à s'intensifier, non sans abus. Le Mouvement rapporte ainsi, dans les colonnes du journal Libération, le cas d'un photographe de Montpellier qui, contraint de suivre une formation de monteur-câbleur, a été sanctionné pour avoir refusé un CDD dans ce secteur, qui plus est pour un poste basé à Toulouse...

Cet exemple illustre bien l'impossibilité, au regard de la situation actuelle, de généraliser de telles sanctions, du moins de manière juste. Pour une raison simple : le droit au travail n'existe pas (si ce n'est de manière très théorique puisqu'il figure "seulement" dans la Déclaration universelle des droits de l'homme). 

Comment dès lors sanctionner les gens pour non-respect d'une obligation qui n'existe pas ? Le jour où le travail sera en France considéré comme un bien universel, et organisé comme tel au bénéfice de tous, alors l'Etat sera dans son droit pour sanctionner ceux qui fraudent le système.

D'où, en attendant, l'apparition du concept abscons de travail "acceptable" -- impossible à définir car forcément variable d'un individu à l'autre : pour certains, célibataires sans enfant, une offre à l'autre bout du pays sera "acceptable" ; pour d'autres, dont le conjoint travaille sans possibilité d'être muté, bouger de 50 kilomètres sera compliqué. Certains accepteront sans difficulté un travail de nuit ; d'autres, parce qu'ils ont seuls la garde d'enfants en bas âge, ne pourront pas s'y engager...

On voit bien qu'on entre ici dans l'arbitraire lié à l'appréciation personnelle de situations parfois complexes. Car il ne peut y avoir de devoir (accepter une offre sous peine de sanction) sans droit à faire valoir (celui de bénéficier d'un emploi adapté à chacun). Rester dans un obscur entre-deux, c'est aller à l'échec, quitte à en rendre responsables les demandeurs d'emploi eux-mêmes (qui sont pourtant les premières victimes) comme nous l'avons écrit précédemment.

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Mardi 15 janvier 2008 2 15 /01 /2008 14:46
Dans notre traitement sectorisé du chômage, où l'on cherche à tout prix à faire rentrer le demandeur d'emploi dans une case (l'ensemble des cases dessinant ce qu'il est convenu d'appeler le parcours d'insertion), il est une catégorie qui, par définition, pose problème : celle des "sans catégorie".
Que faire de ceux qui, faute de qualification ou expérience significative, se retrouvent au chômage sans savoir où chercher, prêts à accepter "toute proposition" ? La difficulté posée par ces personnes apparaît avec une acuité évidente lorsqu'elles ont un besoin urgent de trouver du travail : "Je n'ai pas de formation ou de diplôme, mon CV ne vaut pas grand-chose mais je suis plein de bonne volonté et j'ai besoin de travailler tout de suite, dans n'importe quel emploi." Prononcez une telle phrase à un agent ANPE ou chargé d'insertion, et il est probable que vous le voyiez s'enfoncer dans sa chaise. Répondre à une telle demande, notre société hyper-administrée ne sait pas le faire. Trop de champs ne sont pas renseignés : ça provoque un bug dans le système. 
Le gros problème, c'est que lorsqu'on a besoin de travailler, c'est rarement par caprice. Un loyer qui ne peut plus attendre, des factures urgentes... Autant d'impératifs auxquels les traditionnels bilans de compétence, offres de stage ou de formation n'apportent pas de réponse satisfaisante. "J'ai besoin d'argent et donc d'un travail MAINTENANT." Nous évoquions le parcours d'insertion : comment passer directement de la case "départ" à la case "arrivée", quand tout est fait justement pour gérer la pénurie d'emplois via un chemin long et fastidieux, ponctué de voies de garage qui, au moins, permettent de sortir un bilan statistiquement acceptable de la lutte contre le chômage, à défaut d'être satisfaisant pour les demandeurs d'emploi. 
Nous sommes tellement habitués à un contexte de chômage de masse que l'emploi est maintenant perçu comme une pépite rare, qui se mérite au terme d'une quête digne des chansons de geste, le lyrisme en moins et la rancoeur en plus. Nous évoquions les agents ANPE et les chargés d'insertion, mais les chômeurs eux-mêmes ont intégré cette logique : "J'espère obtenir un CDD..." Un CDI ? Faut pas rêver.
"Je suis prêt à accepter toute proposition." Les chômeurs sont parfois accusés de faire la fine bouche ? La plupart ont compris qu'il ne fallait pas être exigeant, surtout quand leur CV ne fait pas le poids. Mais cette absence d'exigence traduit une urgente nécessité de travailler. Comment y répondre ? Comment rétablir dans l'acte d'emploi une peu de simplicité, sans exiger des tonnes de références et de diplômes souvent peu utiles au regard du travail à effectuer ? Pour que lorsqu'un chômeur exprime le besoin urgent de travailler, on puisse simplement le prendre au sérieux, sans lui donner l'impression qu'il demande la lune...
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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