Mercredi 10 septembre 2008 3 10 /09 /2008 11:46
Initialement, c'est la date du 1er janvier 2009 qui était avancée : la loi sur les "droits et devoirs des chômeurs", qui définit ce qu'est une "offre d'emploi raisonnable" ainsi que les sanctions consécutives à son refus, devait entrer en application en même temps que la fameuse fusion ANPE/Assedic.

Finalement, Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, indiquait le 10 septembre dans une interview au journal La Tribune que le décret d'application "paraîtra fin septembre. Les dispositions de la loi seront donc applicables imédiatement".

Destinée spécifiquement aux demandeurs d'emploi indemnisés et qui ont déjà reçu des offres d'emploi de la part de l'ANPE, cette disposition nous paraît anecdotique par rapport au vrai problème (le chômage de longue durée et d'exclusion sociale), tout en renforçant la suspicion qui prévaut vis-à-vis des chômeurs, volontiers perçus comme des fainéants plus prompts à demander leurs allocations qu'à chercher du travail.


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Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /2008 14:31
Lorsque la validation des acquis de l'expérience (VAE) a été créée en 2002, elle avait pour but, selon le ministère du Travail, de favoriser "l'accès à la certification des demandeurs d'emploi et des personnes ayant un bas niveau de formation initiale". Une étude de la Dares indique que s'agissant des demandeurs d'emploi, le but n'est pas atteint.

La Dares, service statistique du ministère du Travail, a publié le 20 août 2008 une étude sur les bénéficiaires de la VAE. La VAE, pour "validation des acquis de l'expérience", est une procédure visant à permettre aux personnes disposant d'une qualification réelle mais non reconnue d'obtenir un diplôme ou certificat de qualification dans ce domaine. Exemple basique : une mère au foyer souhaitant par ce biais obtenir la reconnaissance de son expérience auprès de jeunes enfants.

Dans la mesure où l'absence de qualification reconnue est l'un des freins majeurs à l'accès à l'emploi des chômeurs de longue durée, on pourrait s'attendre à ce qu'ils figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette procédure (et c'était d'ailleurs le but de l'opération). Nombreux sont en effet les demandeurs d'emploi qui, sans bénéficier d'une qualification "officielle", n'en présentent pas moins un réel savoir-faire, acquis au fur et à mesure des stages, petits boulots, missions d'interim, etc. Autre cas souvent rencontré à l'AITA : celui de travailleurs immigrés qui ont passé un diplôme ou validé une formation dans leur pays d'origine sans que cette qualification soit reconnue en France.

Alors, la VAE, un bon plan pour les chômeurs ? La réponse apportée par la Dares est claire : c'est non.

Premier constat : 90 % des candidats à une VAE sont en emploi (dont un tiers à temps partiel). Les chômeurs ne représentent que 10 % de cet effectif. La VAE est ainsi surtout assimilée à un outil de promotion professionnelle, voire de reconnaissance sociale lorsqu'elle vise à corriger le décalage entre fonctions dans l'entreprise et niveau de qualification.

Le fait que des salariés, dont une forte proporition en situation précaire, puissent réaliser une VAE est évidemment une bonne chose. Mais cela n'explique pas pourquoi les chômeurs y sont si peu représentés.

En fait, il s'avère que le dispositif n'est pas du tout adapté à leur situation. Tout d'abord, une VAE, c'est long : deux ans minimum. Trop long lorsque la préoccupation du moment est de payer le loyer du mois ou remplir son caddie de courses en fin de semaine.

Ensuite, la Dares relève que la VAE a plus de chances d'aboutir lorsque le candidat est accompagné dans sa démarche et bénéficie déjà d'un diplôme. Tout l'inverse donc du demandeur d'emploi isolé et sans qualification.
Et la VAE est un processus sélectif : sur les 60 000 dossiers jugés recevables en 2006, seuls 26 000 ont été menés à terme avec succès. Rien d'étonnant à ce que les chômeurs soient les plus nombreux à jeter l'éponge : ils représentent 16 % des abandons (alors, rappelons-le, qu'ils ne représentent que 10 % des candidats).
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Mercredi 23 juillet 2008 3 23 /07 /2008 16:29
Nous continuons, avec le texte ci-dessous, la publication des "bonnes feuilles" du livre à paraître écrit par Patrick Valentin, vice-président de l'AITA. Il présente dans ce livre les réflexions que lui inspirent la situation des personnes "privées d'emploi", ainsi que des pistes de solution (lire l'extrait précédent).

" Dans ce système paradoxal, où les politiques affirment s’attaquer au chômage tout en renvoyant la responsabilité de créer des emplois aux mécanismes « naturels » de l’économie, l’action concrète des pouvoirs publics se limite à un rôle de « passerelle ». La multitude des emplois aidés créés ces deux dernières décennies est une illustration parfaite de cette logique.

Sur une période déterminée (tous ces contrats sont des CDD), les emplois aidés ont pour but de remettre le pied à l’étrier les personnes les plus éloignées du monde de l’emploi. Après, à elles de trouver un emploi durable dans la sphère du travail privé. Le raisonnement de cette logique de passerelle est le suivant :
-  certains salariés « loin de l’emploi » ont besoin d’une aide pour retrouver ou acquérir une « employabilité » ;
on peut aider ces personnes par le biais d’emplois subventionnés pour une durée déterminée sans remettre en cause les grands principes de notre système économique (c’est-à-dire sans fâcher personne) ;
ragaillardis par cette expérience évidemment positive, les salariés qui sortent de ces dispositifs retrouvent nécessairement du travail sur le marché ordinaire.

Malheureusement, cette logique ne marche pas. Depuis quinze ans, les chiffres prouvent qu’un tiers seulement des personnes sortant d’un tel dispositif d’insertion trouve ensuite un emploi durable, et surtout, dans le même temps, un nombre au moins égal de personnes passe au « chômage de longue durée » ! Sans compter qu’il en reste deux tiers qui ne sont pas sortis du chômage ou sont restés dans une situation précaire équivalente. Au total, on a rien gagné, et parfois la situation s’est même aggravée. Le plus grave et le plus préoccupant dans ce système des emplois aidés, c’est peut-être l’idéologie qui domine : puisqu’il s’agit de passerelles, l’Etat accepte de les financer temporairement, mais à condition qu’il y ait des résultats, c'est-à-dire des passages du milieu de l'emploi aidé au milieu dit ordinaire, pour démontrer la « rentabilité » de ces passerelles en terme d’insertion. Conséquence : pour éviter les mauvais résultats éventuels qui mettraient en cause l’aide de l’Etat, les entreprises d’insertion sont amenées, parfois, à effectuer des sélections aussi sévères, parmi les chômeurs de longue durée, que celles effectuées par les entreprises ordinaires !

Les faits sont là, ils sont têtus, mais il n’est pas « politiquement correct » de les regarder en face. C’est tellement facile de regarder ailleurs, et de développer toutes les fausses bonnes raisons très complexes qui sont censées expliquer si bien les choses et qui permettent de disserter à perte de vue. Tantôt, c’est la formation qui est en cause, tantôt, c’est la mobilité, etc. La réalité, c’est tout simplement le manque quantitatif et qualitatif d’emplois. Des emplois adaptés aux besoins et aux demandes d’une population disponible et capable de travailler sans préalable, voilà ce qui manque. Cessons de regarder ailleurs. "

A suivre
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Vendredi 18 juillet 2008 5 18 /07 /2008 13:59
Les députés ont adopté dans la nuit du 17 au 18 juillet la loi sur les "droits et devoirs" des demandeurs d'emploi. Celle-ci prévoit notamment que les chômeurs refusant deux offres d'emploi "raisonnables" puissent être radiés de l'ANPE. Outre le problème de la définition de ce qu'est une offre raisonnable, ce texte est dérangeant par les sous-entendus lourds de sens qu'il introduit.

Les dispositions de la loi sur les droits et devoirs des demandeurs d'emploi entreront en vigueur au 1er janvier 2009, lors de la fusion ANPE-Assedic. A compter de cette date, les demandeurs d'emploi devront accepter, sous peine d'être radiés de l' ANPE, les offres d'emploi qui leur seront faites par l'agence et qui répondront à certains critères.

Ces critères ont pour but d'identifier les offres d'emploi "raisonnables", c'est-à-dire celles qui n'ont objectivement aucune raison d'être refusées par les chômeurs. Parmi ces critères figure bien sûr le montant de la rémunération : à partir de quatre mois de chômage, l'offre d'emploi est "raisonnable" si elle prévoit une rémunération au moins égale à 95% du salaire antérieur. Ce seuil descend à 85% au bout de six mois de chômage. Et au bout d'un an, il suffit que la rémunération soit au moins égale au montant de l'indemnité Assedic perçue par le demandeur d'emploi.

Ce texte est dérangeant tout d'abord parce qu'il introduit le sous-entendu qu'un grand nombre de chômeurs préfèrent percevoir des allocations plutôt que reprendre un travail.
Si ce n'était pas le cas, il serait inutile de légiférer sur ce point, d'autant qu'il ne s'agit pas d'un texte anodin : il est très probable que l'appréciation du caractère "raisonnable" de telle ou telle offre suscite des contestations, et donc des recours. Pourquoi créer une telle usine à gaz pour combattre un problème qui serait marginal ? Clairement, ce texte induit que les chômeurs-fainéants sont nombreux, et qu'il est grand temps de les tirer de leur oisiveté qui, comme chacun sait, est mère de tous les vices.

Par ailleurs, ce texte cible prioritairement les chômeurs indemnisés. La preuve est qu'il stipule qu'une offre, pour être raisonnable, doit présenter un niveau de rémunération équivalent ou supérieur à celui de l'indemnité perçue. Quid des chômeurs non indemnisés ? Ils ne sont pas concernés, car n'ont de toute façon pas grand-chose à perdre.

Enfin, ce texte s'adresse aux chômeurs à qui l'ANPE a déjà fait une ou plusieurs propositions. Or nombreux sont ceux à qui l'agence n'a rien proposé.

En résumé, ce texte est destiné aux chômeurs les plus employables, qui ont déjà suffisamment travaillé pour ouvrir des droits et à qui l'ANPE a déjà fait des propositions, et qui en outre sont trop paresseux pour accepter ces offres (bien que "raisonnables") sans menace de sanction. Autant dire qu'il s'agit-là d'un échantillon restreint : lors d'une réunion à l'AITA, un rapide sondage réalisé auprès de la quinzaine de demandeurs d'emploi présents a indiqué qu'aucun d'entre eux n'était concerné, soit parce qu'ils ne sont pas indemnisés, soit parce que l'ANPE ne leur a jamais fait la moindre proposition (les deux allant d'ailleurs souvent de paire).

Au final, il est très probable que cette loi n'aura que peu d'impact sur le chômage global, puisqu'elle concerne un public restreint. Son principal effet sera sans doute d'entretenir un peu plus le mythe du chômeur-fainéant, déjà largement répandu.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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