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Elle s'était absentée hors de France pendant un mois : à la radiation, l'ANPE ajoute une "peine supplémentaire", à savoir l'interdiction de se réinscrire avant un délai de six mois.
C'est une situtation inédite, du moins à notre connaissance. Une demandeuse d'emploi, inscrite à l'AITA, a récemment quitté la France pendant un mois, pour des raisons
familiales. Ce n'est pas nouveau : ce genre d'escapade est en général mal vue par l'ANPE, qui pour le moins demande à être prévenue auparavant. Une précaution que n'avait pas prise la
personne en question, qui bien évidemment n'a pas pointé à son agence le mois donné.
Evidemment, il n'en fallait pas plus pour encourir la radiation. Ce qui est plus étonnant, c'est que cette radiation s'est trouvée assortie d'une interdiction de se réinscrire à
l'ANPE pendant une période de six mois.
Etonné, le personnel de l'AITA a contacté l'ANPE afin de comprendre les motifs d'une telle décision. Cette démarche n'a pas permis d'obtenir d'explications précises, mais l'agence a
toutefois indiqué que la personne visée était une "récidiviste". On ignorait que l'absence de pointage était un délit, avec sanctions graduées en application d'un barème strict. Reste à
mesurer en quoi une telle décision peut être bénéfique en termes d'aide au retour à l'emploi, ce qui est tout de même la mission première de l'ANPE.
Les élections du week-end dernier ont confirmé une règle qui semble désormais incontournable : un coup à droite, un coup à gauche. Et c'est (encore) autour d'un problème social -- en
l'occurence le pouvoir d'achat -- que le débat s'est cristallisé. Sans une réelle politique volontariste, par exemple qui inscrive dans la loi l'accès à un emploi durable et correctement
rémunéré, ça peut durer encore longtemps.
A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous avons encore à l'esprit les débats et invectives des hommes politiques qui commentaient hier soir les résultats des municipales. La gauche y
est arrivée largement en tête, confirmant un mouvement de balancier devenu la règle de notre fonctionnement démocratique.
Sur les plateaux de télévision, les deux camps s'affrontaient selon la coutume. La majorité actuelle s'appuyait, pour justifier sa politique, sur la baisse du taux de chômage (7,7%, "le taux
le plus faible depuis 1983") sans s'interroger sur la pertinence de ce chiffre, sur ce qu'il dissimule comme chômage non comptabilisé (par exemple nombre de RMIstes ne sont pas
"recensés" comme étant au chômage, car radiés des listes de l'ANPE pour toutes sortes de raisons) ou comme emplois extrêmement précaires et/ou mal rémunérés (nous avons eu l'occasion
de l'écrire plusieurs fois au sujet notamment des emplois de service aux personnes).
En face, l'opposition manquait de pugnacité pour dénoncer ce criant décalage entre la baisse "formelle" du taux de chômage et l'omniprésence du thème du pouvoir d'achat, réputé en baisse
également. Pourtant, si le chômage recule, les Français doivent théoriquement voir leurs revenus progresser. C'est logique, mais ce n'est manifestement pas le cas.
Curieusement, cette incohérence (baisse simultanée du chômage et du pouvoir d'achat) suscite peu de commentaires parmi notre élite politique, qui se borne le plus souvent à incriminer
l'inflation. Cette posture a l'avantage de désigner un coupable tout trouvé (en l'occurence la grande distribution), mais face au problème posé, c'est un peu court et un peu facile.
La majorité présidentielle, évidemment, n'a guère intérêt à souligner un constat qui induit que la diminution du taux de chômage est largement fictive. Et si l'opposition
n'est pas plus prolixe à ce sujet, c'est sans doute que ses propositions pour y remédier demeurent floues, sans grande ambition.
Que serait une réelle ambition en faveur d'une lutte effective contre le chômage de longue durée, qui permette à chacun non seulement de trouver un travail, mais aussi de pouvoir en vivre
dignement ?
Cette question est LA question centrale. Pour y répondre, Patrick Valentin, membre du conseil d'administration de l'AITA, dont il est l'un des fondateurs, a imaginé un texte de loi, dite
"loi d'orientation pour l'abolition du statut de demandeur d'emploi de longue durée". Le premier article de cette loi porte sur "l'abolition de la précarité".
Tout le texte de cette loi, sur laquelle nous reviendrons évidemment, a pour but d'imaginer comment le droit au travail, qui figure pourtant dans la déclaration des droits de
l'homme, peut s'appliquer réellement, c'est-à-dire devenir "opposable".
C'est là une subtilité de notre société : même s'il est reconnu légitime et intégré dans la déclaration des droits de l'homme, un droit peut être laissé de côté, sans qu'on s'en
émeuve. Car pour qu'un droit ait une quelconque traduction concrète, il faut qu'il soit "opposable", c'est-à-dire qu'il puisse servir de base à un recours contentieux
auprès de la justice administrative. En clair, pour que la puissance publique déploie les moyens nécessaires à l'application d'un droit à laquelle elle est normalement tenue, il faut
qu'il y ait la menace d'une action en justice derrière.
Cette idée peut sembler incongrue, mais certainement pas plus que de parler de plein-emploi. Admettons que l'on arrive au plein-emploi dans quelques années. Quand nous y serons,
cela voudra dire que tous les demandeurs d'emploi, passés quelques mois de recherche, auront trouvé un travail. Dans un tel contexte, mettre en place un droit au travail opposable, qui mette un
terme à l'existence du chômage de longue durée, ne devrait pas avoir de lourde conséquence... Chiche ?
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