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Mardi 5 février, le Journal Officiel a publié le décret d'application fixant les modalités du contrôle du train de vie de certains bénéficiaires de minima sociaux et allocations (RMI,
API, APJE, allocation de rentrée scolaire...). Ce texte fournit un nouvel exemple des incohérences créées par notre système "d'aides conditionnelles".
Il a suffi d'un cas, certes choquant mais exceptionnel, pour que la question du train de vie des RMIstes revête une actualité brûlante : pendant plusieurs années, le compagnon de la fille de
l'industriel Didier Pineau-Valencienne a perçu le RMI tout en vivant maritalement avec cette dernière, pourtant assujettie à l'ISF.
Fallait-il, à partir de cette affaire, jeter un regard soupçonneux sur l'ensemble des allocataires du RMI ? Manifestement oui, puisqu'il n'a pas fallu plus de trois semaines pour
que paraisse le décret établissant un barême des richesse de ces allocataires, avec éventuellement suppression ou remboursement des sommes versées si le train de vie constaté apparaît nettement
supérieur aux revenus déclarés.
Précisons toutefois que la possibilité de prendre en compte le train de vie des demandeurs dans l'attribution de ces aides était prévue par la loi de financement de la sécurité sociale de
2007.
Sur le fond, on peut comprendre qu'un contrôle soit effectué pour vérifier la pertinence de ces allocations. Mais ce contrôle existait déjà, notamment par le croisement entre les services publics
(CAF, Assedic, impôts) des revenus déclarés. Certes, la fraude peut exister, mais demeure sans doute minime (tant en nombre qu'en importance) chez des RMIstes qui dans leur immense majorité n'ont
guère de bas de laine à dissimuler -- rappelons que 7,5 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, soit 12% de la population.
Et sur la forme, un tel contrôle n'est quasiment pas applicable. En effet, le décret paru prévoit que la valeur immobilière du logement de l'allocataire puisse être prise en compte. Or
les "propriétaires pauvres" existent (un quart des ménages français les plus démunis selon la fondation Abbé-Pierre) et il serait évidemment injuste de leur supprimer leurs
allocations.
Il est plus que probable que, si ce décret est appliqué par les services sociaux, il soit la source de contentieux sans fin liés à la particularité de chaque situation -- et
il est très possible que ces contentieux coûtent au final plus cher que la fraude qu'ils seront censés combattre.
Ces difficultés illustrent l'absurdité d'un système bâti sur le "droit conditionnel", où les aides accordées sont conditionnées à l'examen de la situation spécifique de chacun
(revenus mais aussi âge, situation matrimoniale, lieu de résidence...).
Seule la mise en place d'un réel droit au travail pour tous peut permettre de résoudre ces situations absurdes, où le citoyen doit apporter la preuve de son dénuement pour obtenir un
minimum vital qui demeure insuffisant à garantir son "insertion" et sa dignité.
La déclaration des Droits de l'homme et le préambule de la Constitution incluent clairement la notion de "droit à l'emploi" parmi les principes fondateurs de notre société. Nous l'avons plusieurs fois rappelé sur ce blog, mais Jean-Claude Bouthemy a lui été plus loin, en portant plainte pour non-respect de ce principe devant la justice administrative.
C'est le pot de terre contre le pot de fer. Jean-Claude Bouthemy, demandeur d'emploi, conducteur de car scolaire en Bretagne, subvient difficilement à ses besoins. En face, la plus haute juridiction administrative de France, le Conseil d'Etat, auquel Jean-Claude s'est adressé pour faire valoir son droit à un emploi.
Cette démarche auprès du conseil d'Etat, Jean-Claude Bouthemy l'a entamée suite à une première action, déboutée, vis-à-vis du tribunal administratif, selon lequel le préambule de la Constitution, qui stipule que "Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi", ne s’impose au pouvoir réglementaire, en l’absence de précision suffisante, que dans les conditions et les limites définies par les dispositions contenues dans les lois ou dans les conventions internationales incorporées au droit français.
Cette fin de non-recevoir en aurait découragé plus d'un, mais pas lui. Car non content d'être obstiné, notre Breton est aussi méticuleux et rigoureux : Jean-Claude Bouthemy a développé un argumentaire juridique précis, qui conteste par le détail cette décision du tribunal administratif.
Cet argumentaire sous le bras, il s'est présenté directement au Conseil d'Etat... où on l'a courtoisement mais fermement laissé à la porte. Plutôt que de tourner les talons, il a alors sorti affiche et banderole pour manifester, seul, d'abord devant le Conseil d'Etat puis devant l'Assemblée nationale.
Vous pouvez lire le détail du combat courageux et pertinent de ce demandeur demploi (ainsi que son argumentaire juridique) sur le site d'Actuchomage.
Dans un précédent article, nous dénoncions l'ambivalence qui existe autour des métiers du service à la personne, où l'on parle volontiers "d'emplois créés" pour des contrats de 2 ou 3 heures par semaine. Un point de vue confirmé par une étude de l'Insee, qui dresse un tableau assez sombre de la situation de ces employés.
L'étude porte sur l'année 2006, durant laquelle, selon l'Insee, 1,6 millions de personnes ont exercé une activité auprès d'un particulier employeur.
Sans surprise, ménage et garde d'enfants représentent l'essentiel des travaux réalisés. Ces employés sont, dans leur immense majorité, des femmes (90%), âgées en moyenne de 43 ans. Un âge
sensiblement supérieur à la moyenne des salariés du privé (39 ans), ce qui s'explique notamment par le fait que beaucoup de personnes de plus de 60 ans trouvent dans ces métiers un
complément à leur retraite.
Et précisément, c'est ce que semblent être les métiers de l'emploi à domicile : un complément de revenus.
En effet, toujours selon l'Insee, la moitié de ces employés cumule plusieurs contrats, mais qui représentent chacun un faible nombre d'heures : en moyenne, le temps de travail se
limite à 19 heures par mois.
C'est donc logiquement que la rémunération s'établit à un niveau très faible : la moitié des employés à domicile a gagné moins de 1600 euros nets en 2006 (cumul sur
l'année). Sur cette base, il semble donc pour le moins inconvenant de considérer que 1,6 millions de personnes qui travaillent dans le service à domicile correspondent à 1,6 millions
d'emplois. Il s'agit clairement, pour la majorité des salariés concernés, de compléments d'activité qui, seuls, ne permettent pas de sortir du chômage.