Analyses

Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /2009 12:18

C'est peut-être la conséquence positive de la crise : alors que l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) annonce le chiffre faramineux de 800 000 chômeurs de plus en France d'ici fin 2010, la question de l'emploi devient incontournable. Au point même de transcender les clivages. En témoigne la diversité des signataires de "l'appel du 2 mai pour des états généraux de l'emploi" : on y trouve des personnalités politiques de bords très différents (du Modem au courant altermondialiste représenté en l'occurrence par José Bové), des économistes et chercheurs de spécialités diverses, des responsables syndicaux et militants associatifs, dont des représentants de mouvements de chômeurs et précaires.

Initié par le collectif "Nouvelle donne", cet appel a pour but de susciter l'organisation d'une consultation et d'une réflexion inédite sur l'emploi, avec un objectif clair : "construire un nouveau contrat social qui permette de diviser par deux le chômage et la précarité".

Pour y parvenir, ce collectif présente par ailleurs ses propres propositions, qui reprennent les travaux de l'économiste Pierre Larrouturou, chantre de la semaine de 4 jours. Le but de l'appel ne se résume pas cependant à mettre en débat cette seule idée, mais bien à ouvrir la discussion sur les moyens à mettre en oeuvre pour enfin "prendre le taureau par les cornes" (ce sont les termes de l'appel) et imaginer de nouvelles solutions qui bousculent les dogmes établis.

Sur ce point, le constat dressé par le collectif évoque notamment la fausse excuse d'une mondialisation à la fois inéluctable et destructrice d'emplois, réfute l'idée que la solution puisse résider dans le retour de la croissance et affirme que, loin d'en être seulement une conséquence, le chômage et le sous-emploi sont au contraire une cause directe de la crise actuelle. 

Les lecteurs réguliers de ce blog ne manqueront pas de relever ici une convergence avec les idées qui y sont développées !

Quant à nos propositions, elles vont même plus loin puisqu'elles affirment la possibilité d'organiser en France un véritable droit à l'emploi garanti, afin de mettre fin au scandale du chômage de longue durée. Mais quelle que soit la solution imaginée, elle passe nécessairement par l'ouverture d'un vrai débat sur le sujet, qui ose enfin dépasser les idées reçues. C'est précisément le but de cet appel, que nous relayons ici.


 

Appel du 2 mai

Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 11:00

Apparemment, "l'appel du 2 mai" (voir ci-dessous) n'a pas été entendu par le gouvernement. La crise actuelle pourrait-elle fournir l'occasion d'une remise à plat de la politique de l'emploi ? De nombreux responsables politiques, associatifs et syndicaux le pensent. Avec, évidemment, l'objectif d'une réduction importante du chômage en France.

Mais dans la tourmente, le gouvernement affiche lui une ambition plus mesurée : "Essayer d'obtenir qu'à partir de la rentrée de septembre, l'accélération de la hausse du chômage se ralentisse."

Ces propos sublimes, rapportés par lefigaro.fr, sont le fait du Premier ministre, François Fillon, et ont été repris sans honte ni malaise par Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi.

Derrière son caractère alambiqué, c'est par son sous-entendu que cette phrase est la plus éclairante : elle induit qu'une fois de plus, les responsables en charge de la politique nationale avouent leur impuissance. Oui, il savent bien que la hausse du chômage est en "accélération", mais dans le meilleur des cas, ils ne pourront que "ralentir" celle-ci. Et encore, pas avant "la rentrée de septembre". Pour une possible baisse, le même Laurent Wauquiez estime que ce ne sera "pas avant 2010". C'est-à-dire, nouveau sous-entendu, pas avant le retour de la sainte croissance économique, sans laquelle aucune issue n'est envisageable.

Le dogme selon lequel la croissance serait la condition à la fois nécessaire et suffisante à la baisse du chômage est pourtant largement battu en brèche par de nombreux économistes. Nos hommes politiques continuent pourtant de lui vouer une foi de charbonnier.

Sortir de ce dogme est indispensable à la mise en oeuvre de toute nouvelle politique de l'emploi. Tant qu'il restera ancré dans les croyances de nos dirigeants, aucun réel progrès ne sera possible... sauf à considérer que le "ralentissement de l'accélération de la hausse" constitue un objectif suffisant et adapté à la situation des personnes privées d'emploi.

Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 23 juin 2009 2 23 /06 /2009 16:07

Environ neuf mois après la promulgation de la loi sur les droits et devoirs des chômeurs, qui se souvient encore de l'obligation d'accepter toute "offre raisonnable d'emploi" ? Pour rappel, ce texte a défini des critères précis (rémunération, éloignement) permettant de considérer qu'une offre d'emploi est "raisonnable". Et si un chômeur refuse deux offres "raisonnables", c'est la radiation.

En juillet dernier, nous avions souligné le caractère ridicule de cette disposition : comme si les demandeurs d'emploi avaient besoin d'être menacés pour accepter une offre, et a fortiori une offre "raisonnable" !

Neuf mois après l'entrée en vigueur de la loi, faisons le bilan : quelqu'un connaît-il une seule personne ayant été radiée pour ce motif ? Un permanent du MNCP nous disait récemment que sur toute la France, seulement quatre radiations de cette nature avaient été effectuées. Autant dire une goutte d'eau au regard des radiations réalisées pour non-présentation à un entretien ou défaut d'actualisation de situation...

Ce constat est riche d'enseignements. La loi induisait que les "offres d'emploi raisonnables" étaient nombreuses et que beaucoup de chômeurs préféraient les refuser (sinon pourquoi légiférer sur ce sujet ?). On voit bien aujourd'hui que ce présupposé était faux : les chômeurs veulent travailler, mais il n'y a tout simplement pas "d'offre raisonnable" à leur proposer.

Certains souligneront qu'entre l'adoption de la loi et la situation actuelle, la crise est passée par là et a grandement changé la donne. Ce n'est pas tout à fait exact : la faillite de Lehman Brothers a eu lieu le 15 septembre 2008 (donc avant la promulgation de la loi) et "la Crise" faisait  depuis plusieurs semaines la Une des journaux. Certes il était difficile à l'époque de prévoir l'ampleur exacte de ses répercussions sur l'emploi, mais on peut tout de même espérer que certains haut fonctionnaires avaient vaguement anticipé qu'elle aurait quelques répercussions dans ce domaine. Ou alors il est urgent de faire un audit sur le niveau des formations dispensées à l'ENA et à Science-po.

Si le gouvernement avait supposé que la crise puisse invalider l'intérêt de cette loi, il aurait pu facilement en différer l'application. Ce d'autant plus que son entrée en vigueur était initialement prévue au 1er janvier 2009. Or que s'est-il passé ? Laurent Wauquiez, dans une interview parue le 10 septembre dans La Tribune, indiquait que finalement le décret d'application paraîtrait "fin septembre". Crise ou pas crise, il était d'urgent de pousser ces fainéants de chômeurs à se mettre au travail. Raté.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 30 juin 2009 2 30 /06 /2009 11:19
Nous ne manquons pas sur ce blog une seule occasion de dénoncer le dogme selon lequel la "croissance" serait le préalable indispensable à toute reprise de l'emploi. C'est cette fois d'outre-Manche que nous arrive un nouvel argument, avec la publication d'un rapport au titre évocateur : "La prospérité sans la croissance". Or son auteur n'a rien d'un altermondialiste illuminé, puisque ledit rapport émane du très officiel commissariat britannique au développement durable.

La notion de développement durable ne se résume pas aux seuls aspects environnementaux : pour être "durable", le développement doit aussi intégrer les enjeux économiques et sociaux. Et donc la question de l'emploi. Or si l'on admet que la croissance est néfaste pour la préservation des ressources naturelles (on le voit bien, par exemple, avec l'épuisement des réserves pétrolières), le développement durable se doit d'imaginer des modèles qui garantissent et dynamisent l'emploi tout en se passant de la croissance telle que nous l'entendons par sa définition courante.

Comment le développement durable peut-il satisfaire ces enjeux réputés contradictoires ? La piste évoquée par ce rapport est celle de la réduction du temps de travail. A noter que cette piste est en effet privilégiée par certains économistes, comme Pierre Larrouturou, auteur du livre récemment sorti "Crise, la solution interdite" (lire la présentation du livre sur le site Marianne2).

D'autres économistes, comme Jean Gadrey, considèrent que la solution passe notamment par le développement de nombreux emplois de proximité à forte plus-value sociale.

Dans tous les cas, ces différentes contributions partent du constat suivant :
a) l'histoire récente de nos sociétés montre que la croissance ne permet pas de garantir le plein-emploi (la crise économique actuelle illustre même la fragilité de ce modèle)
b) les enjeux environnementaux ne nous permettent pas de rêver d'une croissance économique soutenue et éternelle.

Pourtant, nos politiques restent attachés à leurs vieilles lunes et, à défaut de croissance, se contentent d'objectifs modestes, comme "ralentir l'accélération de la hausse du chômage". Le contexte serait pourtant hautement favorable à des expérimentations plus ambitieuses. Qu'attendons-nous ?
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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