Mardi 22 janvier 2008 2 22 /01 /2008 12:18
Validée par quatre syndicats, la réforme du code du travail doit faire l'objet d'une loi dans les prochains mois. Introduisant davantage de souplesse dans les procédures d'embauche et de rupture de contrat, elle entend reprendre les principes de la "flexisécurité", popularisée par l'exemple danois. Sauf que la version française ne s'inspire que très partiellement de son modèle.

Le principe de la flexisécurité, c'est : une grande facilité pour embaucher et licencier (aspect "flexibilité") ; un accompagnement des chômeurs pour faciliter leur transition entre deux emplois (aspect "sécurité"). 
Sur le premier aspect, le texte signé en janvier par les syndicats prévoit un allongement des périodes d'essai, la création d'une rupture de contrat "par consentement mutuel" et l'avènement d'un "contrat de mission", sorte de CDD dont la durée est adaptable en fonction des besoins de l'employeur. 
Sur le second aspect, le texte annonce une revalorisation des indemnités de licenciement et la "portabilité" de certains avantages (droit à la formation, couverture maladie) après la rupture du contrat. 
Le terme de flexisécurité renvoie au modèle danois, pays qui est parvenu, entre 1990 et 2005, à passer d'un taux de chômage supérieur à 10% à un taux de 5%.
Sauf que la recette danoise de la flexisécurité inclut d'autres éléments ignorés par le système français : 
- un taux de syndicalisation très élevé (environ 80% des salariés) d'où un important dialogue social ;
- un niveau d'allocation chômage important (90% du salaire antérieur, contre environ 60% en France) ;
- une durée de droit à l'allocation chômage deux foid plus longue qu'en France (quatre ans maximum contre deux ans maximum).
La flexibilité n'est donc qu'un aspect du modèle danois, qui inclut par ailleurs d'autres données fort peu libérales :
- une utilisation très importante du système des préretraites, auquel le pays consacre 1,7% de son PIB (0,2% pour la France)
- un niveau de charges sur les bas salaires (environ 40%) supérieur également à celui qui existe en France.
Loin d'un libéralisme forcené, ce pays finance donc, par une importante ponction sur la valeur-travail, des avantages sociaux et des facilités de départ en retraite nettement plus importants qu'en France. 
Par ailleurs, cette flexibilité existait déjà lorsque le pays était confronté à un taux de chômage élevé, au début des années 1990. Enfin, le Danemark ne fait pas mieux, en termes de lutte contre le chômage, que d'autres pays nordiques comme la Suède ou la Norvège, qui appliquent eux un important niveau de protection du travail.
Il ne s'agit pas ici de juger l'intérêt de la réforme du marché du travail récemment signée, ni d'augurer sur ses chances de succès. Mais il est clair que la référence au terme de "flexisécurité" est abusive. Elle n'est, par contre, sans doute pas fortuite, renvoyant à l'image de réussite des pays d'Europe du Nord.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 15 janvier 2008 2 15 /01 /2008 14:46
Dans notre traitement sectorisé du chômage, où l'on cherche à tout prix à faire rentrer le demandeur d'emploi dans une case (l'ensemble des cases dessinant ce qu'il est convenu d'appeler le parcours d'insertion), il est une catégorie qui, par définition, pose problème : celle des "sans catégorie".
Que faire de ceux qui, faute de qualification ou expérience significative, se retrouvent au chômage sans savoir où chercher, prêts à accepter "toute proposition" ? La difficulté posée par ces personnes apparaît avec une acuité évidente lorsqu'elles ont un besoin urgent de trouver du travail : "Je n'ai pas de formation ou de diplôme, mon CV ne vaut pas grand-chose mais je suis plein de bonne volonté et j'ai besoin de travailler tout de suite, dans n'importe quel emploi." Prononcez une telle phrase à un agent ANPE ou chargé d'insertion, et il est probable que vous le voyiez s'enfoncer dans sa chaise. Répondre à une telle demande, notre société hyper-administrée ne sait pas le faire. Trop de champs ne sont pas renseignés : ça provoque un bug dans le système. 
Le gros problème, c'est que lorsqu'on a besoin de travailler, c'est rarement par caprice. Un loyer qui ne peut plus attendre, des factures urgentes... Autant d'impératifs auxquels les traditionnels bilans de compétence, offres de stage ou de formation n'apportent pas de réponse satisfaisante. "J'ai besoin d'argent et donc d'un travail MAINTENANT." Nous évoquions le parcours d'insertion : comment passer directement de la case "départ" à la case "arrivée", quand tout est fait justement pour gérer la pénurie d'emplois via un chemin long et fastidieux, ponctué de voies de garage qui, au moins, permettent de sortir un bilan statistiquement acceptable de la lutte contre le chômage, à défaut d'être satisfaisant pour les demandeurs d'emploi. 
Nous sommes tellement habitués à un contexte de chômage de masse que l'emploi est maintenant perçu comme une pépite rare, qui se mérite au terme d'une quête digne des chansons de geste, le lyrisme en moins et la rancoeur en plus. Nous évoquions les agents ANPE et les chargés d'insertion, mais les chômeurs eux-mêmes ont intégré cette logique : "J'espère obtenir un CDD..." Un CDI ? Faut pas rêver.
"Je suis prêt à accepter toute proposition." Les chômeurs sont parfois accusés de faire la fine bouche ? La plupart ont compris qu'il ne fallait pas être exigeant, surtout quand leur CV ne fait pas le poids. Mais cette absence d'exigence traduit une urgente nécessité de travailler. Comment y répondre ? Comment rétablir dans l'acte d'emploi une peu de simplicité, sans exiger des tonnes de références et de diplômes souvent peu utiles au regard du travail à effectuer ? Pour que lorsqu'un chômeur exprime le besoin urgent de travailler, on puisse simplement le prendre au sérieux, sans lui donner l'impression qu'il demande la lune...
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /2008 12:26

Nous avons publié précédemment une série de textes faisant le "procès du chômage", pointant les arguments selon lesquels les demandeurs d'emploi seraient responsables de leur situation. Hasard ou coïncidence : au même moment, le gouvernement annonce la possible mise en place de sanctions pour les chômeurs refusant deux propositions d'emploi "acceptables".

Tout d'abord, il est nécessaire de rappeler que la législation actuelle permet déjà d'infliger de telles sanctions. La loi Borloo de 2004 permet ainsi de suspendre l'allocation chômage, de manière temporaire ou définitive, à un chômeur qui refuse un emploi.

Cette disposition reste peu appliquée mais, selon le Mouvement national des chômeurs et précaires, son utilisation tend à s'intensifier, non sans abus. Le Mouvement rapporte ainsi, dans les colonnes du journal Libération, le cas d'un photographe de Montpellier qui, contraint de suivre une formation de monteur-câbleur, a été sanctionné pour avoir refusé un CDD dans ce secteur, qui plus est pour un poste basé à Toulouse...

Cet exemple illustre bien l'impossibilité, au regard de la situation actuelle, de généraliser de telles sanctions, du moins de manière juste. Pour une raison simple : le droit au travail n'existe pas (si ce n'est de manière très théorique puisqu'il figure "seulement" dans la Déclaration universelle des droits de l'homme). 

Comment dès lors sanctionner les gens pour non-respect d'une obligation qui n'existe pas ? Le jour où le travail sera en France considéré comme un bien universel, et organisé comme tel au bénéfice de tous, alors l'Etat sera dans son droit pour sanctionner ceux qui fraudent le système.

D'où, en attendant, l'apparition du concept abscons de travail "acceptable" -- impossible à définir car forcément variable d'un individu à l'autre : pour certains, célibataires sans enfant, une offre à l'autre bout du pays sera "acceptable" ; pour d'autres, dont le conjoint travaille sans possibilité d'être muté, bouger de 50 kilomètres sera compliqué. Certains accepteront sans difficulté un travail de nuit ; d'autres, parce qu'ils ont seuls la garde d'enfants en bas âge, ne pourront pas s'y engager...

On voit bien qu'on entre ici dans l'arbitraire lié à l'appréciation personnelle de situations parfois complexes. Car il ne peut y avoir de devoir (accepter une offre sous peine de sanction) sans droit à faire valoir (celui de bénéficier d'un emploi adapté à chacun). Rester dans un obscur entre-deux, c'est aller à l'échec, quitte à en rendre responsables les demandeurs d'emploi eux-mêmes (qui sont pourtant les premières victimes) comme nous l'avons écrit précédemment.

Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mercredi 2 janvier 2008 3 02 /01 /2008 09:50

Mettons fin de suite à cet insoutenable suspense : au terme de notre procès du chômage (lire articles précédents), il a été estimé que non, les demandeurs d'emploi ne sont pas responsables de leur situation. Cependant, en bons magistrats, les juges ont tenu à présenter l'argumentaire de leur délibéré.

"Premièrement, au regard des témoignages exprimés, il apparaît que le chômage représente une forme de précarité qui découle du système économique et de ses dysfonctionnements. Cependant, cette précarité est parfois utilisée, voire aggravée, par ceux qui en tirent profit.

Deuxièmement, cette précarité est organisée, volontairement ou non, de telle sorte que le chômeur se sente fautif, coupable de son chômage.

Troisièmement, ce sentiment de culpabilité est nuisible, dans le sens où il enferme le chômeur dans son isolement et freine l'organisation collective qui serait nécessaire pour revendiquer de réelles avancées.

En conclusion, les chômeurs ne sont pas responsables de leur chômage, mais il leur appartient de rompre leur isolement pour s'organiser collectivement et peser dans le débat -- et ainsi éviter d'y être stigmatisés."

Ce jugement n'est évidemment pas une fin en soi. Il a permis par contre de réunir des gens, chômeurs ou travailleurs précaires, autour d'un constat largement partagé. Reste, maintenant, à dépasser le stade du constat pour entrer dans une phase d'action, et proposer un changement.

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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8 idées reçues sur le chômage

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