Souvent, les CV déposés par les demandeurs d'emploi lors de leur inscription à l'AITA s'avèrent noircis par une multitude de stages, missions d'intérim, CDD de quelques mois ou même de quelques jours... Lorsque, comme c'est souvent le cas, un même employeur alterne différents contrats auprès d'une même personne, le doute n'est plus permis : le propriétaire du CV en question est travailleur, et sait bosser.Dans un marché de l'emploi dynamique et rationnel, cette personne n'aurait aucun mal à sortir de la précarité, à moins que...
Osons poser une question : est-ce que la sécurité professionnelle des uns n'aurait pas été construite au détriment de celle des autres ? Car il est quand même troublant de constater que certains demandeurs restent pendant plusieurs années dans ce parcours chaotique d'intérim et de CDD, sans longue période de chômage mais sans décrocher non plus de poste stable !
En fait, le monde du travail s'est divisé en deux catégories distinctes : celle de l'emploi en CDI, bénéficiant d'un niveau de protection important ; celle de l'emploi précaire, sur laquelle les entreprises font peser tout l'effort de leur besoin de flexibilité. Et les employeurs n'ont bien sûr aucun intérêt à intégrer à la première catégorie ceux qui subissent cette deuxième condition.
Ce point de friction entre emploi stable et emploi précaire s'est concrétisé au printemps 2006 par l'important mouvement social lié à la création du Contrat première embauche (CPE). Rappelons que celui-ci avait pour objet d'autoriser tout employeur à recruter des salariés en contrat à durée indéterminée avec une période d'essai de deux ans.
Les salariés y voyaient, non sans raison, un nouveau pas vers la précarisation du travail ; les employeurs considéraient, non sans pertinence, que ce contrat pourrait justement constituer le "chaînon manquant" entre CDI et précarité.
Comment concilier ces deux approches ? Un contrat unique peut difficilement répondre à cette double attente de sécurité et de flexibilité ; et créer différents types de contrat aboutit à la constitution d'un salariat à deux vitesses, entre ceux qui restent consciencieusement maintenus dans la précarité et ceux qui bénéficient d'un poste ultra-sécurisé.
Là encore, c'est du contrat social que peut venir la solution. La précarité est difficilement supportable parce que les périodes d'inactivité qui s'intercalent entre chaque contrat sont synonymes de perte de revenus et de difficultés administratives. Une revalorisation des contrats précaires et la garantie de retrouver une activité en sortie de l'emploi changeraient grandement la donne.
A contrario, dans le cadre d'un contrat social digne de ce nom, un contrat unique pourrait être largement accepté, même s'il offrait au salarié une protection moindre que celle assurée par le CDI aujourd'hui, dans la mesure où le retour à une activité correctement rémunérée serait garantie en cas de perte d'emploi.
Aujourd’hui, tout se passe comme si la sécurité des uns était rendue possible par la précarité des autres, ce qui crée une injustice insupportable ressentie par les uns et les autres.
Pourtant, notre économie est si riche et le coût du chômage si élevé que l’on peut démontrer qu’inclure dans le "contrat social" une rémunération garantie pour tous les citoyens qui le désirent en contrepartie d’une activité organisée et utile à la vie de tous serait à notre portée.
Entre un système de protection nécessairement imparfait qui reporte sur une catégorie de travailleurs (toujours la même) tout le poids de la flexibilité, et un système totalement débridé qui instaure une précarisation générale et douloureuse, il y a un espace à occuper. Par le contrat social, qui doit permettre de réussir la synthèse "sécurité-flexibilité".
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8,4%, 9,4%, 9,8%... Selon qu'il soit calculé par l'ANPE, l'office européen Eurostat ou l'enquête emploi de l'Insee (dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement communiqués), le taux de chômage français évolue dans une fourchette large. 