Carnet de bord

Lundi 30 avril 2007 1 30 /04 /2007 10:03
Souvent, les CV déposés par les demandeurs d'emploi lors de leur inscription à l'AITA s'avèrent noircis par une multitude de stages, missions d'intérim, CDD de quelques mois ou même de quelques jours... Lorsque, comme c'est souvent le cas, un même employeur alterne différents contrats auprès d'une même personne, le doute n'est plus permis : le propriétaire du CV en question est travailleur, et sait bosser.

Dans un marché de l'emploi dynamique et rationnel, cette personne n'aurait aucun mal à sortir de la précarité, à moins que...

Osons poser une question : est-ce que la sécurité professionnelle des uns n'aurait pas été construite au détriment de celle des autres ? Car il est quand même troublant de constater que certains demandeurs restent pendant plusieurs années dans ce parcours chaotique d'intérim et de CDD, sans longue période de chômage mais sans décrocher non plus de poste stable !

En fait, le monde du travail s'est divisé en deux catégories distinctes : celle de l'emploi en CDI, bénéficiant d'un niveau de protection important ; celle de l'emploi précaire, sur laquelle les entreprises font peser tout l'effort de leur besoin de flexibilité. Et les employeurs n'ont bien sûr aucun intérêt à intégrer à la première catégorie ceux qui subissent cette deuxième condition.

Ce point de friction entre emploi stable et emploi précaire s'est concrétisé au printemps 2006 par l'important mouvement social lié à la création du Contrat première embauche (CPE). Rappelons que celui-ci avait pour objet d'autoriser tout employeur à recruter des salariés en contrat à durée indéterminée avec une période d'essai de deux ans.

Les salariés y voyaient, non sans raison, un nouveau pas vers la précarisation du travail ; les employeurs considéraient, non sans pertinence, que ce contrat pourrait justement constituer le "chaînon manquant" entre CDI et précarité.

Comment concilier ces deux approches ? Un contrat unique peut difficilement répondre à cette double attente de sécurité et de flexibilité ; et créer différents types de contrat aboutit à la constitution d'un salariat à deux vitesses, entre ceux qui restent consciencieusement maintenus dans la précarité et ceux qui bénéficient d'un poste ultra-sécurisé.

Là encore, c'est du contrat social que peut venir la solution. La précarité est difficilement supportable parce que les périodes d'inactivité qui s'intercalent entre chaque contrat sont synonymes de perte de revenus et de difficultés administratives. Une revalorisation des contrats précaires et la garantie de retrouver une activité en sortie de l'emploi changeraient grandement la donne.

A contrario, dans le cadre d'un contrat social digne de ce nom, un contrat unique pourrait être largement accepté, même s'il offrait au salarié une protection moindre que celle assurée par le CDI aujourd'hui, dans la mesure où le retour à une activité correctement rémunérée serait garantie en cas de perte d'emploi.

Aujourd’hui, tout se passe comme si la sécurité des uns était rendue possible par la précarité des autres, ce qui crée une injustice insupportable ressentie par les uns et les autres.

Pourtant, notre économie est si riche et le coût du chômage si élevé que l’on peut démontrer qu’inclure dans le "contrat social" une rémunération garantie pour tous les citoyens qui le désirent en contrepartie d’une activité organisée et utile à la vie de tous serait à notre portée.

Entre un système de protection nécessairement imparfait qui reporte sur une catégorie de travailleurs (toujours la même) tout le poids de la flexibilité, et un système totalement débridé qui instaure une précarisation générale et douloureuse, il y a un espace à occuper. Par le contrat social, qui doit permettre de réussir la synthèse "sécurité-flexibilité".
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Jeudi 3 mai 2007 4 03 /05 /2007 16:05

8,4%, 9,4%, 9,8%... Selon qu'il soit calculé par l'ANPE, l'office européen Eurostat ou l'enquête emploi de l'Insee (dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement communiqués), le taux de chômage français évolue dans une fourchette large.

Dans tous les cas, ces chiffres s'avèrent de toute façon très partiels, car ne prenant pas en compte l'ensemble des chômeurs : ainsi, les personnes touchant le RMI mais non inscrites à l'ANPE ne sont pas comptabilisées dans le taux officiel.

Cette opacité sur les chiffres est malheureusement très répandue dès que l'on entre dans le champ du chômage et de l'insertion professionnelle. Les associations intermédiaires telles que l'AITA n'y échappent pas.

Ainsi, chaque année, les associations intermédiaires doivent établir leur bilan d'insertion, et notamment comptabiliser les personnes sorties du dispositif. Avec parfois des résultats flatteurs, indiquant que près de la moitié des personnes suivies ne font plus appel à l'association -- sous-entendu : n'ont plus besoin de ses services car ayant réussi leur parcours d'insertion.

Mais à nouveau, le détail des chiffres laisse apparaître une réalité tout autre. Car ces "chiffres d'insertion" mêlent allègrement les sorties liées à un début d'activité (que ce soit en CDI ou en CDD), une entrée en formation ou l'obtention d'un contrat aidé... sans compter une part non négligeable qui quitte le dispositif de l'association intermédiaire en étant encore au chômage, voire dont on est purement et simplement sans nouvelle.

Tout comme la polémique concernant le taux de chômage, ces décalages posent la question de la finalité de ces chiffres : ont-ils pour but de mesurer objectivement la réalité du chômage ? ou plutôt d'estimer le niveau d'activité des structures d'insertion professionnelle ? Dans un cas comme dans l'autre, ces chiffres peuvent représenter un indicateur intéressant. A condition d'être communiqués avec suffisamment de transparence et d'honnêteté.

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Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /2007 14:10

La demande de l'AITA de créer un chantier d'insertion a été refusée. En réponse à ce refus, et pour dénoncer l'incohérence constatée entre les annonces et les actes, nous adressons une lettre ouverte aux ministres du Travail et de l'Emploi.

" Messieurs les Ministres,

C'est avec intérêt que nous avions, au sein de l'Association intérmédiaire de travail adapté, pris connaissance de la circulaire du 28 novembre 2005, "relative aux ateliers et chantiers d'insertion".

Cette circulaire, adressée à tous les services de l'Etat concernés (préfets de région et de département, DDTEFP, DDASS, ANPE, AFPA, CNASEA) fixait les modalités de création des ateliers et chantiers d'insertion, promus par la loi de programmation pour la cohésion sociale, et promettait  "le renforcement considérable des moyens qui leur sont alloués".

Cependant, la lecture de la circulaire fit naître chez nous une certaine inquiétude, liée à l'interdiction que les recettes réalisées par le chantier d'insertion n'excède 30 % des charges.  Ainsi, ce dispositif était maintenu dans l'obligation d'être non rentable, et donc dépendant des subventions publiques.

C'est donc avec surprise que nous avons reçu le courrier de la DDTEFP qui, le 11 mai 2007, nous indiquait que "compte-tenu du contexte financier en diminution en 2007 par rapport à 2006 et des premiers éléments de diagnostic socio-économiques des territoires, [notre] demande de création [avait] été ajournée". Pour "répondre aux nouvelles exigences budgétaires", ce même courrier indiquait en outre qu'aucune nouvelle demande ne pouvait être prise en compte en 2007, et ce depuis la réunion du Comité départemental d'insertion par l'économique du 19 janvier 2007.

En clair, après une loi de programmation pour la cohésion sociale, la rédaction d'une circulaire de vingt pages expliquant dans le moindre détail ce qu'est un chantier d'insertion, après la mobilisation du ban et de l'arrière-ban du service public de l'emploi en France et la promesse de voir déployés des moyens considérables, une réunion, le 19 janvier 2007, décidait que plus aucune demande ne pouvait être enregistrée pour toute l'année, sur l'ensemble du département.

La montagne a accouché d'une souris, et pour nous d'un courrier laconique expliquant que les "nouvelles exigence budgétaires", contrairement aux promesses, impliquaient de "rééquilibrer l'offre d'insertion par l'activité économique sur chaque arrondissement", autrement dit de gérer la pénurie.

En vous remerciant de votre attention et dans l'attente d'une réponse de votre part, veuillez agréer, messieurs les Ministres, l'expression de nos sentiments distingués."

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Mardi 19 juin 2007 2 19 /06 /2007 16:57

Suite à de nombreux témoignages liés à des situations de discrimination raciale, nous avons initié une réflexion avec différentes personnes qui en sont victimes. D'où il ressort que la posture française, derrière le politiquement correct, laisse la porte ouverte à de nombreux arbitraires...

En France, le racisme est puni par la loi. Cette volonté évidemment louable a abouti à l'instauration d'un "politiquement correct" universel, dont les conséquences sont parfois objectivement fâcheuses.

Par exemple, une loi de 1978 interdit toute collecte d'information "sur les origines ethniques ou religieuses". Il est donc purement et simplement interdit d'effectuer la moindre enquête économique ou sociale qui intègre le critère de la couleur de peau. Ainsi, on sait que les personnes handicapées (qui font elles l'objet d'une reconnaissance tout à fait officielle) subissent un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale. Mais y a-t-il une seule personne en France qui ait pu mesurer le taux de chômage des Noirs ?

Et il est notable de constater que c'est un organisme représentatif des associations noires (le Cran) qui a osé lever le tabou, en passant commande et en demandant la publication d'un sondage effectué auprès d'un échantillon de personnes exclusivement noires.

Une initiative délicate pour le journal Le Parisien, qui a publié cette enquête dans son édition du 31 janvier 2007. "Le sondage TNS-Sofres que nous publions est sans précédent, donc impressionnant. Pourtant, nous avons hésité avant de le mettre à la une de notre journal", écrivait ainsi le quotidien, expliquant que cette publication "bouscule la tradition républicaine française qui exclut tout comptage ethnique et proclame que les Français - au moins en théorie - sont tous égaux."

Or loin de protéger les personnes confrontées au racisme, un tel jusqu'auboutisme dans le politiquement correct aboutit à l'effet inverse : masquer la réalité de ces personnes, qui au quotidien évoluent dans un contexte discriminatoire pourtant bien réel.

En attestent les résultats du sondage précité, qui indiquent que 57% des sondés estiment avoir été "rarement, de temps en temps ou souvent" victimes de discrimination raciale dans leur vie de tous les jours.

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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