Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /2007 10:06

Derrière les satisfecit liés au "succès" du chèque emploi service universel, on relève une ambiguité qui masque mal l'objectif du dispositif : baisser le taux de chômage... coûte que coûte.

Lancé début 2006, le chèque emploi services universel (Cesu) a fait en septembre l'objet d'un premier bilan, à l'occasion d'une conférence de presse tenue par Christine Lagarde, ministre de l'Economie et de l'Emploi.

120 000 emplois créés dans le service à domicile en 2006, une perspective de 150 000 recrutements en 2007 : le ton est résolument enthousiaste, et l'efficacité du Cesu pour doper le secteur unanimement saluée.

Sauf que le secteur du service à domicile joue sur une ambivalence : un emploi créé n'y correspond pas, loin s'en faut, à un équivalent temps plein (ETP). Ainsi, en équivalents temps plein, le nombre d'emplois créés en 2006 n'est plus "que" de 33 000. Un chiffre certes intéressant, mais bien insuffisant pour atteindre l'objectif annoncé par Jean-Louis Borloo lorsqu'il lançait le Cesu en grande pompe, le 14 février 2006 : "Les acteurs du secteur nous ont dit, levez les freins et nous créerons 500 000 emplois en trois ans ! 500 000 emplois c'est une baisse de 2 % de notre taux de chômage."

500 000 emplois en trois ans avec "seulement" 33 000 ETP créés en 2006 ? Nous n'y serons pas. Peut-être le ministre ne parlait-il pas de temps pleins ? Mais dans ce cas, comment considérer que la création de 500 000 emplois à temps partiel peut permettre de baisser le taux de chômage de 2%, le ramenant de 9,5 (taux officiel de l'époque) à 7,5% ? Un chômeur cesse-t-il d'être demandeur d'emploi parce qu'il réalise une dizaine d'heures de ménage par semaine chez des particuliers ?

On le voit : l'ambivalence est maximale. Ambivalence ou hypocrisie ? La question se pose lorsque, dans ce même discours de février 2006, le ministre évoque : "Si tous les ménages consommaient deux heures de service par semaine, c'est un million d'emplois qui serait créé." Bon courage aux employés à domicile, censés parvenir à un temps plein avec des contrats de deux heures hebdomadaires...  

Derrière l'ambiguité du discours, on cerne bien l'objectif de la démarche : baisser coûte que coûte le taux de chômage, sans prendre en considération tous les aspects connexes de ces créations d'emploi : horaires décalés (d'où la question de la garde des enfants), problème de mobilité pour courir d'un emploi à l'autre, le tout pour une rémunération, avouons-le, faible.

Ces obstacles existent : nous en avons fait le constat au sein de l'AITA, recevant des personnes qui, un temps travailleuses à domicile, ont laissé tomber devant les difficultés liées à cette activité, sans qu'elles soient réellement compensées en termes de qualité de vie.

Il ne s'agit pas de condamner les emplois à domicile. Mais simplement de ne pas les présenter pour ce qu'ils ne sont pas, à savoir l'arme absolue contre le chômage. Sauf à considérer que le taux importe plus que le bien-être des personnes concernées.

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Mardi 11 septembre 2007 2 11 /09 /2007 11:10

Notre système de lutte contre le chômage se caractérise par une juxtaposition de dispositifs qui, ensemble, constituent ce que nous appelons "l'infirmerie sociale" 

Bien évidemment, les différents services de l'infirmerie sociale ne travaillent pas chacun dans leur coin. Ils se complètent, se renvoient ou se partagent les dossiers, selon ce qu'il est convenu d'appeler le "parcours d'insertion". Ces transferts et échanges de dossiers occasionnent des financements croisés, lorsque par exemple un service devient de fait prestataire d'un autre. Tout cela s'avère d'une extrême complexité, qui génère une somme de paperasse considérable dont le traitement mobilise énormément de personnel au sein de ces structures -- au détriment de ce qui devrait être leur mission première, à savoir l'accueil et le suivi des chômeurs.

Par ailleurs, ces différentes prestations sont soumises à conditions : âge du chômeur, situation de famille, niveau de qualification, durée de cotisation, existence d'un handicap et/ou invalidité reconnue, situation géographique...

Tout cela aboutit à un système ubuesque, largement inefficace mais extrêmement coûteux. Cependant, ce système est aussi l'expression d'une indéniable solidarité nationale (le fameux "modèle français") : pourquoi ne pas s'appuyer sur ce modèle généreux en réallouant les crédits actuellement engloutis par l'infirmerie sociale au profit de la mise en oeuvre d'un vrai droit au travail ?  En attendant, bonne visite... 

Les différents services de l'infirmerie sociale :

Prestations sociales (liste non exhaustive) :
Aide au retour à l’emploi (ARE)
Revenu minimum d’insertion (RMI)
Allocation de solidarité spécifique (ASS)
Allocation temporaire d’attente (ATA)
Allocation aux adultes handicapés (AAH)
Allocation de parent isolé (API)
Allocation supplémentaire d’invalidité

Structures d’aide à l’emploi (liste non exhaustive) :
ANPE
Plan local d’insertion par l’économique (PLIE)
Mission locale
Maison pour l’emploi
Entreprise d’insertion
Entreprise adaptée
Association intermédiaire
Centres d’aide par le travail (CAT)
Atelier et chantier d’insertion (ACI)

Contrats aidés (liste non exhaustive) :
Contrat Insertion - Revenu Minimum d'Activité (CI-RMA)
Contrat d'avenir (CA)
Contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE)
Contrat initiative emploi (CIE)
Contrat jeune en entreprise
Contrat d'Insertion dans la Vie Sociale (Civis)
Contrat de professionnalisation
Contrat d’apprentissage
Parcours d’accès aux carrières territoriales, hospitalières et de l’Etat (Pacte)

 

 

Primes et allègements de charges (liste non exhaustive) :
Aide aux chômeurs pour la création ou la reprise d’entreprise (Accre)
Réduction des cotisations patronales (loi Fillon)
Aide dégressive à l’employeur (ADE)
Prime de retour à l’emploi
Prime exceptionnelle de retour à l’emploi
Zone franche urbaine (ZFU)
Zone de redynamisation urbaine (ZRU)
Zone de revitalisation rurale (ZRR)

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Mardi 4 septembre 2007 2 04 /09 /2007 13:42

Dans une tribune libre parue dans Le Monde daté du 31 août, Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, revient sur les derniers chiffres du taux de pauvreté en France, passé de 11,7 à 12,1% de la population.

Les données concernent l'année 2005. Elles ont été publiées en juillet par l'Insee et sont passées totalement inaperçues des médias, surtout préoccupés par les affres de la météo. Leur verdict est pourtant sans appel : sur l'année considérée, la pauvreté en France a crû à un rythme record, avec 260 000 personnes supplémentaires sous le seuil considéré, fixé à 60% du revenu médian.

Martin Hirsch regrette ce désintérêt médiatique : "Ce silence est malheureusement éloquent. Comme si la pauvreté n'était pas un paramètre digne d'intérêt." Et prend date "pour que cette année constitue une dernière année de silence", mettant en avant l'engagement du gouvernement qui, "pour la première fois", s'est fixé un objectif chiffré de réduction de la pauvreté, à savoir -30% en cinq ans, ce qui reviendrait à sortir de la pauvreté deux millions de personnes.

Pour atteindre cet objectif, le haut commissaire mentionne la création du revenu de solidarité active, qui sera expérimenté, dans les mois à venir, dans vingt-cinq départements. Martin Hirsch estime que sur la durée du mandat, l'application de ce nouveau dispositif pourrait permettre de ramener 700 000 personnes au-dessus du seuil de pauvreté -- correspondant donc à un tiers des objectifs gouvernementaux sur la période.

S'agissant des autres efforts à mener dans ce but, M. Hirsch évoque le travail initié "avec les partenaires sociaux, collectivités territoriales, acteurs économiques, réseaux associatifs pour que l'objectif de réduction de la pauvreté devienne un objectif commun avec une méthode et des actions partagées".

Selon nos observations, la persistance, en France, d'un taux de pauvreté élevé, qui va même croissant, renvoie à l'inefficacité de notre "infirmerie sociale", malgré les milliards qu'elle engloutit chaque année. En effet, on ne peut que constater que le nombre de "pauvres", reconnus comme tels par les statistiques, correspond à peu de choses près au nombre de "bénéficiaires" des minima sociaux.

Quel est l'intérêt d'une politique sociale lorsque les personnes à qui elle s'adresse ne sortent pas de la pauvreté ? Evidemment, une politique d'assistanat accrue ne peut représenter une solution à long terme. C'est pourquoi le meilleur moyen de s'attaquer à la pauvreté consiste bien à s'attaquer au chômage de longue durée, au chômage d'exclusion. Et la politique de l'emploi annoncée par le gouvernement nous semble de ce point de vue bien timide...

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Jeudi 30 août 2007 4 30 /08 /2007 10:15
Objectif plein emploi. La "lettre de mission" adressée par Nicolas Sarkozy à Xavier Bertrand, et rendue publique début août, assigne au ministre du Travail la tâche de ramener le taux de chômage à 5%.

Parmi les pistes d'action que le Président soumet à son ministre, on note la volonté de "simplifier et unifier le cadre juridique du contrat de travail" et de "faciliter les transitions entre les emplois, en permettant la transférabilité des droits associés au contrat de travail, notamment en matière de formation professionnelle et de garanties collectives".

Si cette volonté de simplification est louable, reste à définir le mètre-étalon de ce contrat de travail nouvelle formule. Le fait qu'il puisse s'inspirer du contrat nouvelle embauche, qui prévoit une période d'essai de deux ans, a déjà été évoquée. Une piste qui risque de se heurter à deux obstacles de taille : tout d'abord une très forte opposition syndicale (on se souvient des mouvements sociaux qui, au printemps 2006, ont conduit à l'abandon du CPE) et une inconnue sur la validité juridique de cette disposition. Plusieurs tribunaux ont été effet jugé illégale la possibilité de licencier un salarié sans motif pendant une période de deux ans. 

Plus largement, une modification, même d'envergure, du cadre juridique du travail apparaît comme une mesure insuffisante pour atteindre l'objectif fixé. En fait, l'autre volet de l'action publique de lutte contre le chômage se situe dans la politique fiscale du gouvernement. Présentée dans le projet de loi "travail, emploi et pouvoir d'achat", cette dernière a pour but de créer un "choc de confiance qui peut propulser la croissance" pour "ensuite favoriser l'emploi", a précisé Christine Lagarde, ministre de l'Economie.

D'abord la croissance, ensuite l'emploi : on retrouve là une équation classique... bien qu'elle n'ait pas vraiment fait la preuve de son efficacité. La faute, justement, à une économie atone ? Possible. Mais dans ce cas, comment expliquer que de nombreuses entreprises, pourtant largement bénéficiaires, continuent de licencier massivement ? Et que faire des chômeurs de longue durée qui, croissance ou pas, n'atteindront jamais, dans le cadre d'une économie de plus en plus sélective, la barrière dite de "l'employabilité" ?

Ces questions plaident dans le sens d'un inversement de logique, où la création d'emplois serait le préalable (et non la conséquence) de la croissance économique. Ce qui ne semble pas à l'ordre du jour.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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