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L'intérim de longue durée a fait les beaux jours de certaines entreprises industrielles, permettant le mix parfait entre compétence et flexibilité. Une pratique très "borderline" en termes de légalité, et qui s'avère une parfaite machine à broyer l'employé.
"J'ai travaillé à Nec six ans en intérim, de 1997 à 2003, presque sans interruption." La situation de Frédérique n'a rien d'exceptionnelle. A l'époque, jusqu'à 700 intérmaires étaient présents sur le site, qui tournait alors à plein régime.
Travail de nuit ("Dès lundi minuit pour ne pas payer la prime du dimanche..."), heures sup... il fallait tout accepter. "Refuser, c'était un peu mal vu." Les intérimaires assurent le même travail que les autres employés. Frédérique est même formée à réaliser l'inventaire, recensant toutes les fournitures de l'usine. Un poste où elle va ensuite former d'autres intérimaires, et même des employés en CDI... avant d'être ensuite poussée vers la sortie. "Là, j'en ai eu marre d'être utilisée et systématiquement jetée." Lorsqu'on la rappelle pour lui proposer une nouvelle mission d'une semaine, elle refuse. "Depuis, le téléphone ne sonne plus."
Frédérique admet cependant qu'elle n'a jamais trop poussé à la roue pour être embauchée. "Une fois, ils m'ont conseillé de faire une lettre de candidature. Je l'ai fait, mais n'ai jamais été sollicitée pour un entretien. D'autres intérimaires ont par contre tout fait pour obtenir un poste. Certains ont même eu des promesses d'embauche, sans suite. Pour eux, ça a été très dur à avaler."
Cette pratique de l'employé jetable impose cependant certaines manoeuvres. Comme par exemple des intitulés de poste qui changent d'une mission à l'autre, pour ne pas tomber sous le coup d'une obligation d'embauche. "L'intitulé changeait sur le bulletin de paye, mais le travail, lui, était le même." Une pratique qui a valu un procès à Valéo et, à Bosch, la requalification d'intérimaires en CDI.
Du côté du salarié, cette précarité n'est évidemment pas sans incidence : ces interruptions de travail de un ou deux mois font qu'à chaque fois l'indemnité des Assedic est amputée d'une période de carence, et inutile de compter sur les allocations logement, qui imposent trois mois de chômage consécutif pour que les droits soient recalculés. Très clairement, le système n'est pas fait pour les "intérimaires à durée indéterminée". "Il y a certains mois où, entre deux missions, je n'avais quasiment rien pour vivre", se souvient Frédérique.
Aujourd'hui, après une période de chômage et un emploi en entreprise d'insertion, elle souhaite se réorienter dans le secrétariat, si possible dans le secteur associatif. "Franchement, la grosse entreprise industrielle, j'ai eu ma dose..."
L'entrée de travailleurs étrangers sur le sol français est de plus en plus encadrée. Immigration choisie ? Quand le candidat, du CDI à la maîtrise de la langue, présente tous les gages possibles d'intégration mais est confronté à un vrai parcours du combattant pour avoir le droit de travailler, on est en droit de se poser des questions.
Suzanne est de nationalité hongroise. Elle a fait des études supérieures en France, est diplômée de l'Essca (une grande école de commerce), et maîtrise donc parfaitement la langue. Or la Hongrie, depuis 2004, est membre de l'Union européenne. Autant dire qu'a priori, elle ne devait avoir aucun problème à obtenir le droit de travailler en France. ERREUR !
Car depuis l'ouverture de l'Union européenne vers les "peco" (pays d'Europe continentale et orientale), la France freine des quatre fers dans l'ouverture de son marché du travail aux ressortissants de ces Etats. "Après l'obtention de mon diplôme, le fait d'être citoyenne d'un Etat européen me donnait le droit de rester en France, mais pas de travailler", explique ainsi Suzanne. "Pourtant, j'avais déjà une promesse d'embauche pour un CDI."
Car la France (comme tous les pays de l'UE) a un délai de sept ans pour ouvrir son marché du travail aux pays nouvellement entrés dans l'Union. Et en attendant, les conditions d'accès à l'emploi sont drastiques : "L'employeur doit justifier qu'il a d'abord recherché des ressortissants du marché national sans avoir trouvé de candidats qui correspondait au profil. Or on était 46 sur le poste."
Finalement, en 2006 paraît une liste de métiers qui, en raison d'un déficit de main-d'oeuvre dans ces spécialités, sont immédiatement ouverts aux ressortissants des nouveaux Etats membres de l'Union. Par chance, le métier de Suzanne ("attaché commercial en service auprès des entreprises") y figure. La fin des ennuis ? Non !
Car si la direction du travail donne son feu vert, l'obtention des papiers reste du ressort de la préfecture. Normalement, la procédure est automatique. Sauf que curieusement, bien que la direction du travail affirme avoir transmis la demande, aucun dossier n'est ouvert par la préfecture. Pour obtenir ses papiers, Suzanne se rend sur place. De guichet en guichet, elle y reste sept heures pour faire avancer son dossier. "Finalement c'était une expérience intéressante. J'ai l'impression que tout y est fait pour décourager les demandeurs. Par exemple, ils exigent systématiquement une copie des justificatifs de travail ou de logement. Si le demandeur n'a que les originaux, ils le renvoient chez lui. Or il y a une photocopieuse derrière chaque guichet."
Suzanne, elle, obtient enfin gain de cause. "Et encore. Au début, et bien que je sois en CDI, ils voulaient me délivrer une autorisation de travail d'un an seulement. En bataillant, j'ai obtenu une autorisation de dix ans." Car en la matière, l'arbitraire est de mise, et mieux vaut savoir défendre son dossier : "Sur ma promotion à l'Essca, nous étions cinq Hongrois. Je suis la seule qui ait obtenu le droit de travailler en France. Les autres ont quitté le pays..."
Hyper-diplômés, parlant parfaitement la langue, entièrement au fait des "valeurs républicaines" françaises... ces étudiants d'Europe de l'Est rentrent pile poil dans les clous de ce qu'il est convenu d'appeler "l'immigration choisie". Comment expliquer, alors que les projections démographiques évoquent un déficit de population active de un million de personnes en 2015, la mise en place de tels filtres ?
Les dernières élections législatives ont dessiné une Assemblée nationale un peu plus jeune et un peu plus féminisée que l'assemblée précédente. Mais on ne compte toujours aucun chômeur sur les bancs de l'hémicycle.
Selon les chiffres officiels, il y a en France 2,26 millions de chômeurs. Ce qui représente donc 1 Français sur 26. Si l'on devait appliquer ce ratio à nos députés, cela ferait 22 demandeurs d'emploi à l'Assemblée nationale.
Les députés ne sont pas représentatifs de la population française : trop âgés, trop d'hommes... voilà pour les principales critiques, suivies de près par le regret de n'y compter aucun Français issu de l'immigration.
Les élections de juin 2007 ont légèrement corrigé le tir s'agissant de l'âge et de la parité hommes-femmes. La moyenne d'âge du palais Bourbon se situe maintenant à 55 ans (contre 58 pour l'assemblée sortante), avec un taux de femmes de 20% (contre 13% auparavant). Il n'y a par contre qu'un député "de couleur" parmi les élus de France métropolitaine. Et toujours aucun demandeur d'emploi.
Evidemment, on peut se poser la question de savoir s'il est légitime, ou même souhaitable, que l'Assemblée soit l'exact reflet de la population. Reste qu'il est sûrement plus facile de comprendre la réalité du chômage quand on est soi-même confronté à cette situation. Certaines formations politiques défendent d'ailleurs cette idée, et ont présenté des candidats-chômeurs.
Par ailleurs, au-delà de la seule Assemblée nationale, il est tout de même frappant de constater à quel point les chômeurs (soit rappelons-le un Français sur 26 selon des chiffres officiels vraisemblablement minorés) sont absents de la vie politique et médiatique.
Trop isolés, trop occupés à se débattre dans le quotidien, les chômeurs peinent à s'organiser et à s'unir dans un mouvement de contestation et de revendication. Nous en faisons regulièrement l'expérience à l'AITA, où l'on constate qu'il est très difficile de mobiliser les demandeurs d'emploi sur des sujets autres que la recherche immédiate d'un travail.
Suite de nos réflexions sur les discriminations à l'embauche. Outre l'apparence physique (et au premier chef la couleur de peau), l'accent serait également un motif de discrimination. Illégal, mais difficile à prouver.
Comme l'indique un très bon article paru sur le site Jobetic, l'accent serait un facteur de discrimination à l'embauche. Les postes de relation-clientèle, par téléphone ou en vis-à-vis, sont bien sûr les premiers concernés.
De telles pratiques, bien qu'illégales, restent difficiles à prouver. Souvent, le refus de tout accent un peu prononcé est dissimulé, sur l'offre d'emploi, par la formule "excellente maîtrise de l'oral exigée". Après, toute la difficulté consiste à discerner si oui ou non, l'accent pose des problèmes de compréhension, ce qui est évidemment incompatible avec certaines activités comme, par exemple, le télémarketing.
Or comme dans toute question de discrimination, la subjectivité est la règle : ainsi, un accent italien ne posera pas de problème, bien au contraire, alors que l'accent d'Afrique sub-saharienne sera lui rédhibitoire.
D'où parfois des situations ubuesques, comme lorsque des sociétés de centres d'appels s'installent au Sénégal. Là, certaines d'entre elles n'hésitent pas à inscrire leurs salariés à des cours de théâtre, afin qu'ils travaillent leur élocution... et gomment leur accent. Embaucher des Sénégalais au tarif sénégalais, d'accord, mais à condition qu'ils parlent français avec l'accent français. Le beurre et l'argent du beurre...