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Les dernières élections législatives ont dessiné une Assemblée nationale un peu plus jeune et un peu plus féminisée que l'assemblée précédente. Mais on ne compte toujours aucun chômeur sur les bancs de l'hémicycle.
Selon les chiffres officiels, il y a en France 2,26 millions de chômeurs. Ce qui représente donc 1 Français sur 26. Si l'on devait appliquer ce ratio à nos députés, cela ferait 22 demandeurs d'emploi à l'Assemblée nationale.
Les députés ne sont pas représentatifs de la population française : trop âgés, trop d'hommes... voilà pour les principales critiques, suivies de près par le regret de n'y compter aucun Français issu de l'immigration.
Les élections de juin 2007 ont légèrement corrigé le tir s'agissant de l'âge et de la parité hommes-femmes. La moyenne d'âge du palais Bourbon se situe maintenant à 55 ans (contre 58 pour l'assemblée sortante), avec un taux de femmes de 20% (contre 13% auparavant). Il n'y a par contre qu'un député "de couleur" parmi les élus de France métropolitaine. Et toujours aucun demandeur d'emploi.
Evidemment, on peut se poser la question de savoir s'il est légitime, ou même souhaitable, que l'Assemblée soit l'exact reflet de la population. Reste qu'il est sûrement plus facile de comprendre la réalité du chômage quand on est soi-même confronté à cette situation. Certaines formations politiques défendent d'ailleurs cette idée, et ont présenté des candidats-chômeurs.
Par ailleurs, au-delà de la seule Assemblée nationale, il est tout de même frappant de constater à quel point les chômeurs (soit rappelons-le un Français sur 26 selon des chiffres officiels vraisemblablement minorés) sont absents de la vie politique et médiatique.
Trop isolés, trop occupés à se débattre dans le quotidien, les chômeurs peinent à s'organiser et à s'unir dans un mouvement de contestation et de revendication. Nous en faisons regulièrement l'expérience à l'AITA, où l'on constate qu'il est très difficile de mobiliser les demandeurs d'emploi sur des sujets autres que la recherche immédiate d'un travail.
Suite de nos réflexions sur les discriminations à l'embauche. Outre l'apparence physique (et au premier chef la couleur de peau), l'accent serait également un motif de discrimination. Illégal, mais difficile à prouver.
Comme l'indique un très bon article paru sur le site Jobetic, l'accent serait un facteur de discrimination à l'embauche. Les postes de relation-clientèle, par téléphone ou en vis-à-vis, sont bien sûr les premiers concernés.
De telles pratiques, bien qu'illégales, restent difficiles à prouver. Souvent, le refus de tout accent un peu prononcé est dissimulé, sur l'offre d'emploi, par la formule "excellente maîtrise de l'oral exigée". Après, toute la difficulté consiste à discerner si oui ou non, l'accent pose des problèmes de compréhension, ce qui est évidemment incompatible avec certaines activités comme, par exemple, le télémarketing.
Or comme dans toute question de discrimination, la subjectivité est la règle : ainsi, un accent italien ne posera pas de problème, bien au contraire, alors que l'accent d'Afrique sub-saharienne sera lui rédhibitoire.
D'où parfois des situations ubuesques, comme lorsque des sociétés de centres d'appels s'installent au Sénégal. Là, certaines d'entre elles n'hésitent pas à inscrire leurs salariés à des cours de théâtre, afin qu'ils travaillent leur élocution... et gomment leur accent. Embaucher des Sénégalais au tarif sénégalais, d'accord, mais à condition qu'ils parlent français avec l'accent français. Le beurre et l'argent du beurre...
Suite à de nombreux témoignages liés à des situations de discrimination raciale, nous avons initié une réflexion avec différentes personnes qui en sont victimes. D'où il ressort que la posture française, derrière le politiquement correct, laisse la porte ouverte à de nombreux arbitraires...
En France, le racisme est puni par la loi. Cette volonté évidemment louable a abouti à l'instauration d'un "politiquement correct" universel, dont les conséquences sont parfois objectivement fâcheuses.
Par exemple, une loi de 1978 interdit toute collecte d'information "sur les origines ethniques ou religieuses". Il est donc purement et simplement interdit d'effectuer la moindre enquête économique ou sociale qui intègre le critère de la couleur de peau. Ainsi, on sait que les personnes handicapées (qui font elles l'objet d'une reconnaissance tout à fait officielle) subissent un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale. Mais y a-t-il une seule personne en France qui ait pu mesurer le taux de chômage des Noirs ?
Et il est notable de constater que c'est un organisme représentatif des associations noires (le Cran) qui a osé lever le tabou, en passant commande et en demandant la publication d'un sondage effectué auprès d'un échantillon de personnes exclusivement noires.
Une initiative délicate pour le journal Le Parisien, qui a publié cette enquête dans son édition du 31 janvier 2007. "Le sondage TNS-Sofres que nous publions est sans précédent, donc impressionnant. Pourtant, nous avons hésité avant de le mettre à la une de notre journal", écrivait ainsi le quotidien, expliquant que cette publication "bouscule la tradition républicaine française qui exclut tout comptage ethnique et proclame que les Français - au moins en théorie - sont tous égaux."
Or loin de protéger les personnes confrontées au racisme, un tel jusqu'auboutisme dans le politiquement correct aboutit à l'effet inverse : masquer la réalité de ces personnes, qui au quotidien évoluent dans un contexte discriminatoire pourtant bien réel.
En attestent les résultats du sondage précité, qui indiquent que 57% des sondés estiment avoir été "rarement, de temps en temps ou souvent" victimes de discrimination raciale dans leur vie de tous les jours.
Nous avons évoqué récemment les limites du couple travail-allocations, qui conduit nécessairement à dévaloriser le travail. Un chiffre nous pousse à développer cette analyse : celui qui indique que 17 % des salariés français sont payés au SMIC. Ce taux, le plus élevé depuis la création du SMIC, a doublé en quinze ans.
Cet élément n'a rien n'anodin. En effet, constater que l'écart de pouvoir d'achat entre ceux qui travaillent et ceux qui perçoivent des allocations est faible peut conduire à deux interprétations : soit ce sont les allocations qui sont trop élevées... soit c'est le travail qui est mal payé.
Assez curieusement, c'est très souvent la première interprétation qui est entendue. Pourtant, le but premier du SMIC et de ses différentes déclinaisons historiques ("salaire minimum vital", SMIG) était bien de fixer un seuil minimal à la rémunération du travail... pas de fournir un mètre-étalon à la grille des salaires.
La "généralisation" du SMIC est donc bien une conséquence fâcheuse - une de plus - de l'apparition du chômage de masse et de longue durée. En introduisant sur le marché du travail un rapport de force très défavorable aux demandeurs d'emploi, ce dernier a évidemment tendance à niveler par le bas l'échelle des rémunérations.
Et dès lors que le SMIC apparaît comme l'horizon indépassable de toute reprise d'activité (et c'est très souvent le cas pour les personnes dont le chômage de longue durée s'explique notamment par un manque de qualification), l'intérêt financier d'une reprise d'activité paraît légitimement fort limité...