Présentation

Nos parcours sont différents, nos histoires aussi. Notre principal point commun : être demandeur d’emploi. Malgré des expériences multiples, des formations, et évidemment une motivation sans faille, depuis des années, les portes du monde du travail restent closes face à nous. C’est pour cette raison que nous nous sommes retrouvés, un jour, à l’AITA, ou Association intermédiaire de travail adapté. «L’AITA, pour partie, fonctionne comme les agences d’intérim», nous a-t-on expliqué lors de la réunion d’inscription. «Sur ce point, on ne vous promet pas qu’on vous trouvera du travail à tous… Mais l’AITA, ce n’est pas qu’une agence d’intérim. C’est aussi une association qui s’est constituée à partir d’un constat simple : il n’est pas normal que tant de personnes, dans notre pays, soient touchées par le chômage de longue durée. Et comme on trouve que ce n’est pas normal, on souhaite le dire, et réfléchir ensemble aux moyens d’en sortir.»
C’est sur ce leitmotiv que s’est constitué le Club AITA. Au début, on ne savait pas trop ce que ça allait donner. La participation est libre : on vient quand on peut, ou quand on veut, mais la porte est ouverte. Puis rapidement, un noyau dur s’est constitué. Nos parcours sont différents, nos histoires aussi, mais on a finalement tant de choses à échanger. Les mêmes situations absurdes face aux dispositifs d’accès à l’emploi, la même lassitude face aux échecs répétés, le même sentiment, parfois, d’une discrimination. Mais aussi la même envie de ne pas baisser les bras, de crier que non, les demandeurs d’emploi ne sont ni des assistés, ni des paresseux, ni des incompétents. Ce blog est là pour ça.

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Mercredi 2 juillet 2008
Le texte ci-dessous est tiré du livre "Chômage de longue durée, emploi précaire -- Plaidoyer pour une économie solidaire", qui sera publié à l'automne 2008. L'auteur, Patrick Valentin, est vice-président de l'AITA. Il présente dans ce livre les réflexions que lui inspirent la situation des personnes "privées d'emploi", ainsi que des pistes de solution.

" Lorsqu’un pays est riche et très développé comme la France, lorsque ce pays est parvenu à cette situation enviable et florissante grâce à une organisation sociale remarquable et ambitieuse, le pays de « l’école pour tous » et de la « la santé pour tous », il est difficilement compréhensible que ce pays ne se mobilise pas avec la même détermination et la même efficacité pour supprimer une source de misère parfaitement identifiée et particulièrement humiliante, à savoir la privation d’emploi, le chômage de longue durée et d’exclusion sociale. (...)

L’homme de pouvoir qui a contribué d’une part à déculpabiliser notre société et d’autre part à geler la réflexion pour longtemps, c’est certainement François Mitterrand lorsque, avec beaucoup de prestige, à un moment important de son parcours politique, le 14 juillet 1993, il a osé répondre aux journalistes qui l’interrogeaient à la télévision française : « Le chômage… on a tout essayé… » ! (...)

« On a tout essayé », cela signifie qu’il n’y a rien, aucun essai qui n’ait pas été expérimenté ! Par ailleurs, le « on » englobe dans une généralité absolue tous les acteurs possibles. Pour contrer cette affirmation tout à fait inexacte et si grave de conséquences, il convient donc d’expliciter les sous-entendus de cette affirmation péremptoire pour découvrir toutes les négations du réel qu’elle engendre. (...)

Ce qui est nié, c’est que le chômage d’exclusion sociale est un fait de société et, comme tel, une forme d’organisation sociale consciente et volontaire. Si les uns prospèrent pendant que les autres galèrent, c’est une conséquence de l’égoïsme collectif, et donc de notre responsabilité collective, responsabilité que démocratiquement nous avons confiée aux élus qui se sont portés candidats avec force promesses.

Le chômage d’exclusion n’est pas seulement, ni même en priorité, un problème de technique économique mais d’abord un choix politique. Le chômage d’exclusion sociale est non seulement une injustice criante faite aux plus faibles, mais c’est aussi une stupidité économique, puisque le coût du chômage de longue durée est beaucoup plus pénalisant pour l’économie que l’activité. (...) Injustice profonde et stupidité économique, voilà ce qui est nié.
Nier cette responsabilité, c’est naturellement se condamner à faire face à tous les problèmes qui découlent du chômage d’exclusion (toutes les misères, toutes les violences) sans avoir jamais de solutions satisfaisantes à proposer puisque la cause véritable est niée. Que dirait-on d’un médecin qui prétendrait soigner sans faire le diagnostic de la maladie ? (...)

L’exclusion sociale dans son rapport à la vie économique, l’exclusion qui permet à la pauvreté de continuer à exister et même à s’étendre dans un pays qui continue à s’enrichir, l’entorse aux droits de l’homme… tout cela est zappé, ce n’est pas du ressort du politique.

Un tel zapping n’est évidemment pas sans conséquence. Car en creux, il renvoie la question du chômage à l’économie de marché. Or pour l’entreprise privée, l’emploi est avant tout une conséquence de l’activité économique. L’entreprise lucrative est consommatrice d’emplois, certes, mais aucune entreprise privée n’a pour vocation de créer de l’emploi à seule fin de lutter contre le chômage. Au final, qui endosse la responsabilité de lutter contre le chômage ? Personne.

Cet aveu d’impuissance, cette non-responsabilité, portait en germe l’une des causes du désamour flagrant qui s’est développé dans notre pays entre les dirigeants politiques et les électeurs. Car depuis vingt-cinq ans, la réduction du chômage reste le thème électoral favori de tous les rendez-vous démocratiques. A chaque nouvelle échéance, chaque candidat y va de son couplet sur sa recette miracle pour régler le problème. Mais tous manquent cruellement d’ambition dans leurs propositions, et tous continuent de considérer la croissance économique comme une donnée indispensable à la réussite de leur projet – et a posteriori comme l’alibi parfait pour justifier leur échec… Véritable schizophrénie qui veut que l’homme politique promette monts et merveilles tout en renvoyant à des paramètres extérieurs la condition sine qua non de leur réalisation. Car, seul, le politique ne peut rien – ou en tout cas, il a déjà « tout essayé »… "

Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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