Présentation

Nos parcours sont différents, nos histoires aussi. Notre principal point commun : être demandeur d’emploi. Malgré des expériences multiples, des formations, et évidemment une motivation sans faille, depuis des années, les portes du monde du travail restent closes face à nous. C’est pour cette raison que nous nous sommes retrouvés, un jour, à l’AITA, ou Association intermédiaire de travail adapté. «L’AITA, pour partie, fonctionne comme les agences d’intérim», nous a-t-on expliqué lors de la réunion d’inscription. «Sur ce point, on ne vous promet pas qu’on vous trouvera du travail à tous… Mais l’AITA, ce n’est pas qu’une agence d’intérim. C’est aussi une association qui s’est constituée à partir d’un constat simple : il n’est pas normal que tant de personnes, dans notre pays, soient touchées par le chômage de longue durée. Et comme on trouve que ce n’est pas normal, on souhaite le dire, et réfléchir ensemble aux moyens d’en sortir.»
C’est sur ce leitmotiv que s’est constitué le Club AITA. Au début, on ne savait pas trop ce que ça allait donner. La participation est libre : on vient quand on peut, ou quand on veut, mais la porte est ouverte. Puis rapidement, un noyau dur s’est constitué. Nos parcours sont différents, nos histoires aussi, mais on a finalement tant de choses à échanger. Les mêmes situations absurdes face aux dispositifs d’accès à l’emploi, la même lassitude face aux échecs répétés, le même sentiment, parfois, d’une discrimination. Mais aussi la même envie de ne pas baisser les bras, de crier que non, les demandeurs d’emploi ne sont ni des assistés, ni des paresseux, ni des incompétents. Ce blog est là pour ça.

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Jeudi 10 avril 2008
Suite des idées lancées pour imaginer une loi rendant le droit au travail "opposable" avec, au coeur du problème, une question éthique : le chômage de longue durée est-il acceptable au niveau de la morale collective ? Et qu'est-ce que cela implique dans l'organisation d'un droit au travail ?

Dans un texte précédent, nous évoquions l'idée de créer un droit au travail opposable. Cette idée serait le seul moyen de faire valoir le droit au travail prévu par les droits de l'homme, et de sortir du système dans lequel nous sommes enfermés, qui mêle revenus du travail et compensation du non-travail, selon une logique qui semble ne satisfaire personne et dont les effets pervers sont régulièrement dénoncés (précisons que nous parlons ici du chômage de longue durée -- le cas du "chômage temporaire", ou frictionnel, étant très différent).

A la base d'un éventuel droit au travail se situe en fait une question éthique, car créer un droit au travail reviendrait à considérer le chômage de longue durée comme quelque chose de tout à fait inacceptable, qui appelle une solution franche et efficace.

Et c'est bien sur la base de considérations éthiques qu'ont été créés le droit à la santé (parce qu'à un moment donné de notre histoire, la société a considéré comme inacceptable que certains citoyens n'aient pas accès aux soins) et plus récemment le droit au logement (encore que l'application de ce dernier n'aille pas sans difficultés).

Nous nous posons donc la question suivante :  le chômage de longue durée est-il "éthiquement" acceptable ? La réponse apportée par notre société est ambiguë. En théorie, chacun s’accorde à dire que le chômage de longue durée et d’exclusion sociale est en soi inacceptable, mais en pratique, ça dépend… Ainsi, quand le chômeur présente par exemple un handicap reconnu, il semble « éthiquement » nécessaire de créer une activité lui permettant, malgré ce handicap, d’avoir un emploi. C’est pourquoi a été institué tout le secteur du « travail adapté », qui fonctionne très bien et représente un considérable progrès social.

La logique qui a présidé à la création du secteur du travail adapté pour les personnes handicapées consiste à reconnaître que ces personnes, du fait de leurs difficultés spécifiques, sont dans l’incapacité d’accéder à l’emploi dans le secteur du travail privé « ordinaire ». Et comme ces personnes ne sont pas responsables de leur handicap, il a semblé juste de compenser l’injustice que cela représente vis-à-vis de l’emploi en finançant, sur les fonds publics, la création de structures d’emploi dédiées, établissements d’aide par le travail et entreprises adaptées notamment.

Les personnes handicapées ne sont pas responsables de leur handicap : on crée donc un système de compensation. Mais les chômeurs de longue durée sont-ils « responsables » de leur chômage ? Si la réponse est non, alors un système de compensation doit également être mis en place à leur attention. Prenons quelques exemples : les personnes qui se retrouvent sans emploi après la fermeture de leur usine sont-elles « responsables » des difficultés du secteur industriel dans notre pays ? Les mères de famille qui peinent à trouver un emploi compatible avec la garde de leurs enfants sont-elles « responsables » du déficit de structures dédiées à l’accueil de la petite enfance ? Les personnes qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’une formation de haut niveau sont-elles « responsables » de leur manque de qualification ? Sur ce point, on sait très bien que, malgré nos fantasmes sur une supposée « égalité des chances », les enfants issus des milieux favorisés sont surreprésentés dans les grandes écoles, au détriment de ceux d’origine modeste.

Quand on côtoie régulièrement des personnes privées d’emploi qui, en toute bonne foi, font le maximum, avec leurs moyens, pour se sortir de cette situation, on comprend qu’elles ne peuvent être tenues pour « responsables » de leur chômage. Balayer la question d’un revers de la main, en arguant que les chômeurs sont avant tout des personnes qui ne veulent pas travailler, est une posture peut-être rassurante, mais ô combien éloignée de la réalité.

Voilà pourquoi, il serait « éthiquement » justifié que les chômeurs de longue durée bénéficient d’un système d’emploi garanti, car de même que les personnes handicapées ne sont pas responsables de leur handicap, les personnes « privées d’emploi » ne l’ont pas fait exprès ! Dans un cas comme dans l’autre, ce sont d’abord des victimes ; qu’on les incite à se battre pour surmonter leurs difficultés, d’accord ! Mais ne les transformons pas subrepticement en accusés, ce serait vraiment le comble de l’injustice !
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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