Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 10:10
Le 4 décembre, Nicolas Sarkozy a présenté à Douai les grandes lignes d'un plan de relance économique de 26 milliards d'euros. Le lendemain, Christine Lagarde, ministre de l'Economie, a estimé que ce plan permettrait de créer 100 000 emplois. Ce chiffre, dérisoire au regard des montants annoncés, prouve une nouvelle fois que l'aide directe aux entreprises n'a pas pour effet de créer de l'emploi.

Vingt-six milliards pour 100 000 emplois : un rapide calcul indique que chaque emploi créé par ce plan aurait un coût de 260 000 euros.

Ce calcul n'a évidemment pas grand sens. Le but du plan de relance présenté début décembre par le chef de l'Etat a pour objectif principal d'aider les entreprises à passer le cap de la crise, et non de les inciter à créer de l'emploi. Il met cependant en évidence une chose : les aides publiques dédiées à l'activité économique sont très faiblement créatrices d'emplois. L'inefficience en la matière des réductions de charges sur les bas salaires, qui se chiffrent en dizaines de milliards d'euros, le prouve année après année.

Le principal problème de ce constat est qu'il donne lieu à un double langage : malgré le rapport très faible entre leur coût et les créations d'emploi qu'elles génèrent, on continue à présenter ces dépenses comme des aides à l'emploi, ce qu'elles ne sont pas. Il y a une confusion entre aide aux entreprises et aides à l'emploi, alors que ce sont deux choses très différentes.

Cette confusion n'a rien de fortuite. En entretenant ce flou, on légitime le maintien de ces aides, plus faciles à admettre par le contribuable lorsqu'elles sont perçues comme bénéfiques à l'emploi.

Et a contrario, il est facile, lorsque c'est nécessaire, d'arguer leur inefficacité pour prétendre que la puissance publique n'a pas la capacité d'agir de manière significative sur l'emploi, la seule chose à faire étant alors d'attendre le retour de la "croissance éconmique", seule capable de faire reculer le chômage.

Tout cela est faux. Pour preuve, dans les entreprises d'insertion, le coût d'une création de poste est d'environ 12 000 euros par an. Cela signifie une chose : lorsqu'une aide publique a pour vocation directe et immédiate de créer de l'emploi, le coût par emploi créé est faible.

Il faut séparer très distinctement aide à l'entreprise privée et aide à l'emploi. Il ne s'agit pas de nier la légitimité de l'une ou de l'autre, mais simplement de les différencier, et de les affecter à des "canaux" complètement étanches l'un de l'autre.

Dans cette logique, l'aide à l'emploi doit être affectée exclusivement à des entreprises sociales, dont le but prioritaire est justement la création d'emplois. Or cette voie n'a jamais été réellement explorée, si ce n'est à la marge dans le cadre de "parcours d'insertion", où l'emploi cofinancé par la collectivité est toujours précaire sans garantie de long terme.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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