Mardi 3 mars 2009
2
03
/03
/2009
10:51
On a d'abord parlé de crise financière. Puis de crise économique. Maintenant, pas de doute, c'est bien d'une crise de l'emploi qu'il faut parler : sur le seul mois de janvier 2009, le nombre de
chômeurs en France a augmenté de 90 000. Du jamais vu. Et il n'y aurait rien à faire ?
La parole politique est décidément versatile. Il n'y a pas si longtemps, en septembre 2008, alors même que la crise financière faisait trembler sur leurs bases les grandes économies mondiales,
Christine Lagarde, ministre des Finances, saluait "la résistance du marché du travail dans un environnement défavorable". Le taux de chômage pour le deuxième trimestre 2008 venait d'être
publié, établi à 7,2% en France métropolitaine. Et la ministre d'attribuer cette résistance de l'emploi "
aux réformes engagées dont les gens prennent
conscience et qui favorisent la valeur travail".
Changement de décor. Mars 2009, les chiffres du chômage du mois de janvier sont tombés, et ils indiquent une poussée record : 90 000 chômeurs de plus en un seul mois. La crise financière a impacté
"l'économie réelle", et
c'est désormais à une crise de l'emploi que sont confrontées les grandes puissances économiques.
Qui se rappelle alors de l'optimisme affiché quelques mois plus tôt par la ministre des Finances ? Certainement pas François Fillon. Le 2 mars, le Premier ministre considérait "qu'
aucun plan de relance ne permettra d'éviter la crise". Mais, tempère-t-il, "les chiffres [en France] sont moins mauvais que la plupart des pays européens", ce
grâce à "la politique du gouvernement".
Or, il est vrai que
dans la débâcle constatée actuellement sur le front de l'emploi, certains secteurs résistent, voire progressent. Il s'agit
notamment des services à la personne et des nombreux corps de métier liés à ce que l'on appelle la "croissance verte" (énergies renouvelables, isolation des bâtiments...).
Ces deux secteurs ont un point commun :
ils bénéficient l'un et l'autre de fortes incitations fiscales. Chèques emplois services universels,
éco-prêts, crédits ou réduction d'impôts pour les travaux d'amélioration énergétique des logements et l'emploi de personnel d'aide à domicile... stimulent la consommation de ces produits et
services, et donc l'emploi dans ces secteurs.
Cela coûte-t-il cher à l'Etat ? Le responsable d'une entreprise de services à la personne, à qui la question était posée lors d'un reportage réalisé pour l'émission Capital de M6, répondait de la
manière suivante :
"Laisser les personnes au chômage, cela coûte bien plus cher encore."
En effet, lorsque la dépense publique a pour effet de sortir des personnes du non-emploi, l'effet de levier est immédiat : le chômage génère le
versement de minima sociaux, le travail entraîne le paiement de charges salariales ; une personne sans emploi gagne peu et consomme peu, une personne avec un revenu régulier consomme davantage, au
bénéfice de la fiscalité indirecte (TVA). Et on pourrait continuer longtemps comme ça...
Cependant, des précautions doivent impérativement être prises pour que ce thèorème fonctionne : d'une part, la dépense publique occasionnée
doit
directement être créatrice d'emplois et, d'autre part,
ces emplois doivent être créés au bénéfice de chômeurs.
Signalons au passage que c'est précisément parce qu'elles ne satisfont aucune de ces exigences que les réductions de charges sur les bas salaires, par exemple, ont malgré leur coût des effets
marginaux sur l'emploi.
Mais ces deux conditions pourraient tout à fait être garanties, moyennant des dispositions techniques adaptées.
C'est d'ailleurs le sens de la proposition formulée
dans son livre par Patrick Valentin, vice-président de l'AITA.
D'accord avec votre analyse, mais financer des emplois de service à la personne sous forme de "petits" boulots de quelques heures par semaine (ex. les emplois Borloo), peut avoir l'effet inverse de celui escompté et entretenir la précarité.
Mais si l'on généralise votre raisonnement, on peut facilement aboutir à la solution radicale d'une réduction massive du temps de travail, financé au niveau de l'entreprise par d'importantes exonérations de charges, conditionnées par l'embauche de chômeurs.
Le tout est de "bien ficeler" le concept, pour éviter de reproduire les erreurs à l'origine de l'échec des 35h.
C'est le cas de la semaine de 4 jours à la carte, qui est expérimentée depuis assez longtemps sur un panel d'entreprises assez large pour devenir crédible.
C'est cette crédibilité qui lui a occasionné un soutien de nombres de personnalités il y a quelques années :
- Claude Bébéar, AXA
- Antoine Riboud, B.S.N.Danone
- Kleber Beauvillain, Helwett Packard
- Christian Boiron, laboratoires Boiron
- Jean Peyrelevade, Crédit Lyonnais
- Patrick Artus, Caisse des Dépôts
- Jean Boissonnat, Économiste
- Alain Duhamel Journaliste
- Michel Barnier
- Brice Hortefeux
- Alain Jupé
- Philippe Douste-Blazy
- Jacques Chirac
- Philippe Seguin
- Gilles de Robien
etc...
Interpelons-les afin de les placer devant leur responsabilité :
Messieurs,
Resterez-vous encore longtemps spectateurs passifs de la désintégration en cours de notre société, alors que vous connaissez la solution ?
Utiliser le levier de la réduction du temps de travail, moyennant les précautions que vous indiquez, pourquoi pas, mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure voie. En effet, réduire le temps de travail sous-entend qu'il n'y a plus aujourd'hui de champs ouverts à la création d'emplois, autrement dit qu'il n'y plus assez de travail à faire pour satisfaire tout le monde. Je pense que c'est faux. Dans l'éducation, le médico-social, l'encadrement des temps périscolaires, la santé... le manque de main-d'oeuvre est criant. Si, dans ces secteurs (et ce ne sont que quelques exemples) les emplois ne sont pas créés à proportion des besoins, c'est uniquement faute de financement, car ces emplois auront du mal à être "rentabilisés". Leur cofinancement par la puissance publique, au titre de leur intérêt social et de la nécessité de réaliser dans notre pays des créations nettes d'emplois, pourrait changer la donne. Et encore une fois, cela ne grèverait pas les finances publiques car, dès lors que ces créations sont au bénéfice de chômeurs, elles se traduisent par une réallocation des dépenses "passives" (minima sociaux par exemple) au bénéfice de dépenses "actives", avec l'effet de levier indiqué.
L'effet "secondaire" d'une telle mesure serait le "choc" de confiance de l'ensemble de la population, engendrant consommation et donc croissance.
Mais les 2 effets cumulés ne seraient certainement pas suffisants pour pouvoir espérer un jour retourner à une situation de plein emploi
Il faut donc agir sur plusieurs autres leviers simultanément, dont évidemment celui du gisement d'emplois dans le domaine socio-éducatif, qu'il faut véritablement considérer comme uin investissement pour l'avenir et non comme une charge.