Mardi 23 juin 2009
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Environ neuf mois après la promulgation de la loi sur les droits et devoirs des chômeurs,
qui se souvient encore de l'obligation d'accepter toute "offre
raisonnable d'emploi" ? Pour rappel, ce texte a défini des critères précis (rémunération, éloignement) permettant de considérer qu'une offre d'emploi est "raisonnable". Et si un chômeur
refuse deux offres "raisonnables", c'est la radiation.
En
juillet dernier, nous avions souligné le caractère ridicule de cette disposition : comme si les demandeurs d'emploi
avaient besoin d'être menacés pour accepter une offre, et a fortiori une offre "raisonnable" !
Neuf mois après l'entrée en vigueur de la loi, faisons le bilan : quelqu'un connaît-il une seule personne ayant été radiée pour ce motif ? Un permanent du
MNCP
nous disait récemment que
sur toute la France, seulement quatre radiations de cette nature avaient été effectuées. Autant dire une goutte d'eau au
regard des radiations réalisées pour non-présentation à un entretien ou défaut d'actualisation de situation...
Ce constat est riche d'enseignements. La loi induisait que les "offres d'emploi raisonnables" étaient nombreuses et que beaucoup de chômeurs préféraient les refuser (sinon pourquoi légiférer sur ce
sujet ?). On voit bien aujourd'hui que ce présupposé était faux :
les chômeurs veulent travailler, mais il n'y a tout simplement pas "d'offre raisonnable"
à leur proposer.
Certains souligneront qu'entre l'adoption de la loi et la situation actuelle, la crise est passée par là et a grandement changé la donne. Ce n'est pas tout à fait exact : la faillite de Lehman
Brothers a eu lieu le 15 septembre 2008 (donc avant la promulgation de la loi) et "la Crise" faisait depuis plusieurs semaines la Une des journaux. Certes il était difficile à l'époque de
prévoir l'ampleur exacte de ses répercussions sur l'emploi, mais on peut tout de même espérer que certains haut fonctionnaires avaient vaguement anticipé qu'elle aurait quelques répercussions dans
ce domaine. Ou alors il est urgent de faire un audit sur le niveau des formations dispensées à l'ENA et à Science-po.
Si le gouvernement avait supposé que la crise puisse invalider l'intérêt de cette loi, il aurait pu facilement en différer l'application. Ce d'autant plus que son entrée en vigueur était
initialement prévue au 1er janvier 2009. Or que s'est-il passé ? Laurent Wauquiez, dans une interview parue le 10 septembre dans
La Tribune, indiquait que finalement le décret
d'application paraîtrait "fin septembre".
Crise ou pas crise, il était d'urgent de pousser ces fainéants de chômeurs à se mettre au travail.
Raté.