Jeudi 1 février 2007 4 01 /02 /2007 14:17

L'activité de l'atelier industriel se poursuit. Le boulot est fait et bien fait : avouons-le, pour un employeur, c'est quand même le but. Pourtant, rappelons que les salariés qui s'y affairent quotidiennement sont depuis des années exclus du monde du travail. De quoi remettre en cause la confortable notion "d'inemployabilité"...

C'est pratique de dire "inemployable". Un verdict neutre, qui permet de penser qu'en toute objectivité, il n'y a rien à faire : ce n'est pas de la faute du monde du travail si la personne ainsi qualifiée reste exclue, c'est bien en raison d'une disqualification qui lui est propre... voire dont elle est elle-même responsable. Mais interrogez les directeurs de centres d'aide par le travail ou d'entreprises d'insertion. Inemployables, leurs employés ? Allons donc ! Et il serait trop simple de croire que si ces travailleurs sont efficaces dans ces structures, c'est uniquement en raison de l'extrême simplicité des tâches qui leur sont confiées. Ainsi pendant des années, des ouvriers de CAT (donc le fond de l'inemployabilité) ont assemblé des composants électroniques sur les cartes-mères d'ordinateurs fabriqués à l'usine NEC d'Angers...

Par quelle subtile alchimie de tels résultats sont-ils donc possibles ? L'observation du travail réalisé en atelier à l'initiative du Club AITA fournit quelques éléments de réponse. Tout d'abord, éviter l'écueil de l'angélisme. Non, employer des personnes qui pendant des années ont été exclues du travail ne se fait pas sans difficulté. Bien sûr, sauf à tomber dans la caricature, il n'est pas question de stigmatiser certains comportements pour en faire des généralités. Mais c'est vrai, pour un public longtemps éloigné du monde de l'emploi, le rapport à l'autorité est parfois compliqué, le respect des règles est parfois difficile, la notion de ponctualité est parfois élastique... Au sein de l'atelier, ces éléments ont conduit plusieurs salariés à mettre sur la table l'idée d'un réglement intérieur, pour l'heure inexistant. Le débat qui s'en est suivi fut à la fois intéressant et instructif : pour certains, un tel réglement est nécessaire justement pour lutter contre les dérives constatées ; pour d'autres, le travail en contrat d'accompagnement vers l'emploi (ou tout autre "contrat d'insertion") se présente comme une étape transitoire vers une "vraie" insertion professionnelle, et légitime donc une forme de souplesse.

Qui a raison, qui a tort ? Sans doute les deux. C'est vrai, une trop grande rigidité risquerait d'exclure ceux qui ne sont pas en mesure d'intégrer pleinement les règles et usages de toute activité professionnelle. Ce n'est évidemment pas le but. Et à l'inverse, un trop grand laxisme ne préparerait aucunement à une future insertion dans le milieu du travail "ordinaire". Alors que faire ? Jouer les équilibristes, traiter chaque problème l'un après l'autre, et surtout accepter que ces problèmes existent puisque la finalité est bien l'emploi de tous. C'est précisément parce que cette finalité n'existe pas dans l'entreprise lucrative qu'y existe la notion "d'inemployabilité". Inemployable ? Non ! Rentable du lundi au vendredi sans discontinue et sans avoir besoin d'un minimum d'encadrement ? Pas sûr non plus... Mais entre ces deux notions, il y a un iatus qu'il faut savoir explorer. Et il est bien dommage que les entreprises estampillées "de travail adapté" soient si souvent seules à s'y risquer.

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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