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Plus qu'un progrès, la possible instauration du RSA serait une amélioration apportée à un système insatisfaisant : le système du "droit conditionnel".
Montant des ressources, composition du foyer, situation précédente, durée de cotisations... Les différentes allocations créées pour soutenir les foyers en difficulté suivent, dans leur logique d'attribution, le principe du "droit conditionnel", c'est-à-dire de la sélection.
Or, quand on entre dans le droit conditionnel, le risque d'arbitraire devient considérable : pourquoi certaines situations justifient-elles les largesses de l'Etat là où d'autres, pourtant presque semblables, n'y donnent pas droit ? Il est parfois impossible de répondre à cette question de manière claire et raisonnable, et les incohérences sont nombreuses.
Ainsi, il est parfois plus sage de ne pas "trop" travailler. Voilà bien une réponse incohérente apportée à un système déraisonnable. Pourtant, lorsque 10 euros de "trop" perçus sur un mois entraînent la perte d'un mois entier d'Assedic, ou lorsque en travaillant "trop" un mois donné on perd tout le bénéfice de l'allocation-logement pour au moins trois mois, on comprend que la tentation soit grande de ne pas "trop" travailler... ou alors de travailler au noir.
Le RSA est justement censé corriger cela, en évitant ces "effets de seuil" qui font que les gains liés au travail soient annulés par la perte d'allocations, sans effet bénéfique pour le pouvoir d'achat. Mais même cela reste insuffisant, car cela ne remet pas en cause la logique du droit conditionnel, c'est-à-dire le versement, sous conditions, d'allocations pour les familles en difficulté.
En fait, c'est le principe même du versement d'allocations compensatrices au non-travail qui est en cause. Le simple fait que des allocations viennent remplacer ou compléter le gain issu du travail créé un conflit d'intérêt qui dévalorise le travail : même si le mode de calcul est différent avec le RSA, la dégressivité des allocations en fonction du montant du salaire fait qu'une heure travaillée ne représentera jamais l'équivalent d'une heure de travail en termes de pouvoir d'achat.
Le lien de dépendance "travail-allocations" est à bannir. Ces deux notions ne peuvent cohabiter de manière satisfaisante. Or comme le but n'est évidemment pas de supprimer le travail, il ne reste plus qu'une possibilité : supprimer les allocations, en instaurant le travail pour tous.
Dans le cadre d'un vrai contrat social, les allocations ne peuvent exister qu'en remplacement des revenus du travail, en cas de perte d'emploi, de manière transitoire. C'était d'ailleurs l'objet premier des allocations type Assedic, créées pour assurer la transition entre deux postes. Mais avec le développement du chômage de masse et de longue durée, les allocations sont devenues ce qu'elles n'auraient pas dû être : un moyen de subsistance sur le long terme. Sans cependant offrir la reconnaissance et les perspectives qu'apportent un emploi.