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L'entrée de travailleurs étrangers sur le sol français est de plus en plus encadrée. Immigration choisie ? Quand le candidat, du CDI à la maîtrise de la langue, présente tous les gages possibles d'intégration mais est confronté à un vrai parcours du combattant pour avoir le droit de travailler, on est en droit de se poser des questions.
Suzanne est de nationalité hongroise. Elle a fait des études supérieures en France, est diplômée de l'Essca (une grande école de commerce), et maîtrise donc parfaitement la langue. Or la Hongrie, depuis 2004, est membre de l'Union européenne. Autant dire qu'a priori, elle ne devait avoir aucun problème à obtenir le droit de travailler en France. ERREUR !
Car depuis l'ouverture de l'Union européenne vers les "peco" (pays d'Europe continentale et orientale), la France freine des quatre fers dans l'ouverture de son marché du travail aux ressortissants de ces Etats. "Après l'obtention de mon diplôme, le fait d'être citoyenne d'un Etat européen me donnait le droit de rester en France, mais pas de travailler", explique ainsi Suzanne. "Pourtant, j'avais déjà une promesse d'embauche pour un CDI."
Car la France (comme tous les pays de l'UE) a un délai de sept ans pour ouvrir son marché du travail aux pays nouvellement entrés dans l'Union. Et en attendant, les conditions d'accès à l'emploi sont drastiques : "L'employeur doit justifier qu'il a d'abord recherché des ressortissants du marché national sans avoir trouvé de candidats qui correspondait au profil. Or on était 46 sur le poste."
Finalement, en 2006 paraît une liste de métiers qui, en raison d'un déficit de main-d'oeuvre dans ces spécialités, sont immédiatement ouverts aux ressortissants des nouveaux Etats membres de l'Union. Par chance, le métier de Suzanne ("attaché commercial en service auprès des entreprises") y figure. La fin des ennuis ? Non !
Car si la direction du travail donne son feu vert, l'obtention des papiers reste du ressort de la préfecture. Normalement, la procédure est automatique. Sauf que curieusement, bien que la direction du travail affirme avoir transmis la demande, aucun dossier n'est ouvert par la préfecture. Pour obtenir ses papiers, Suzanne se rend sur place. De guichet en guichet, elle y reste sept heures pour faire avancer son dossier. "Finalement c'était une expérience intéressante. J'ai l'impression que tout y est fait pour décourager les demandeurs. Par exemple, ils exigent systématiquement une copie des justificatifs de travail ou de logement. Si le demandeur n'a que les originaux, ils le renvoient chez lui. Or il y a une photocopieuse derrière chaque guichet."
Suzanne, elle, obtient enfin gain de cause. "Et encore. Au début, et bien que je sois en CDI, ils voulaient me délivrer une autorisation de travail d'un an seulement. En bataillant, j'ai obtenu une autorisation de dix ans." Car en la matière, l'arbitraire est de mise, et mieux vaut savoir défendre son dossier : "Sur ma promotion à l'Essca, nous étions cinq Hongrois. Je suis la seule qui ait obtenu le droit de travailler en France. Les autres ont quitté le pays..."
Hyper-diplômés, parlant parfaitement la langue, entièrement au fait des "valeurs républicaines" françaises... ces étudiants d'Europe de l'Est rentrent pile poil dans les clous de ce qu'il est convenu d'appeler "l'immigration choisie". Comment expliquer, alors que les projections démographiques évoquent un déficit de population active de un million de personnes en 2015, la mise en place de tels filtres ?