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Dans une tribune libre parue dans Le Monde daté du 31 août, Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, revient sur les derniers chiffres du taux de pauvreté en France, passé de 11,7 à 12,1% de la population.
Les données concernent l'année 2005. Elles ont été publiées en juillet par l'Insee et sont passées totalement inaperçues des médias, surtout préoccupés par les affres de la météo. Leur verdict est pourtant sans appel : sur l'année considérée, la pauvreté en France a crû à un rythme record, avec 260 000 personnes supplémentaires sous le seuil considéré, fixé à 60% du revenu médian.
Martin Hirsch regrette ce désintérêt médiatique : "Ce silence est malheureusement éloquent. Comme si la pauvreté n'était pas un paramètre digne d'intérêt." Et prend date "pour que cette année constitue une dernière année de silence", mettant en avant l'engagement du gouvernement qui, "pour la première fois", s'est fixé un objectif chiffré de réduction de la pauvreté, à savoir -30% en cinq ans, ce qui reviendrait à sortir de la pauvreté deux millions de personnes.
Pour atteindre cet objectif, le haut commissaire mentionne la création du revenu de solidarité active, qui sera expérimenté, dans les mois à venir, dans vingt-cinq départements. Martin Hirsch estime que sur la durée du mandat, l'application de ce nouveau dispositif pourrait permettre de ramener 700 000 personnes au-dessus du seuil de pauvreté -- correspondant donc à un tiers des objectifs gouvernementaux sur la période.
S'agissant des autres efforts à mener dans ce but, M. Hirsch évoque le travail initié "avec les partenaires sociaux, collectivités territoriales, acteurs économiques, réseaux associatifs pour que l'objectif de réduction de la pauvreté devienne un objectif commun avec une méthode et des actions partagées".
Selon nos observations, la persistance, en France, d'un taux de pauvreté élevé, qui va même croissant, renvoie à l'inefficacité de notre "infirmerie sociale", malgré les milliards qu'elle engloutit chaque année. En effet, on ne peut que constater que le nombre de "pauvres", reconnus comme tels par les statistiques, correspond à peu de choses près au nombre de "bénéficiaires" des minima sociaux.
Quel est l'intérêt d'une politique sociale lorsque les personnes à qui elle s'adresse ne sortent pas de la pauvreté ? Evidemment, une politique d'assistanat accrue ne peut représenter une solution à long terme. C'est pourquoi le meilleur moyen de s'attaquer à la pauvreté consiste bien à s'attaquer au chômage de longue durée, au chômage d'exclusion. Et la politique de l'emploi annoncée par le gouvernement nous semble de ce point de vue bien timide...