Mardi 6 novembre 2007 2 06 /11 /2007 09:46

La nouvelle loi sur l'immigration prévoit de rendre légales les statistiques "ethniques", c'est-à-dire recensant des critères comme la couleur de peau ou la religion. Le sujet est hautement polémique, mais a au moins le mérite de mettre en lumière la question des discriminations, notamment à l'embauche.

Avec le débat houleux sur les tests ADN et le projet de mise en place de quotas d'immigration, le contexte était peut-être défavorable : beaucoup voient dans le projet d'autoriser les statistiques ethniques le spectre d'un "fichage" selon des critères liés à la couleur de peau ou la religion...

Mais sous réserve que ces enquêtes soient réalisées dans des conditions d'anonymat suffisantes, elles pourraient au contraire permettre de poser, enfin avec précision, le problème de la discrimination en général, et de la discrimination à l'embauche en particulier.

Faute de statistique précise, il est fort probable que les problèmes d'accès à l'emploi des personnes de couleur soient largement minorés. Même si elles n'ont pas valeur d'enquête, nos observations au sein de l'AITA montrent une très nette surreprésentation, parmi le public accueilli, des demandeurs d'emploi originaires d'Afrique Noire ou du Maghreb. Rappelons que le rôle de l'AITA est d'accueillir les chômeurs de longue durée ou rencontrant des difficultés particulières dans l'accès à l'emploi...

Evidemment, cette situation peut parfois avoir des motifs raisonnables : on peut comprendre qu'une méconnaissance de la langue française soit un obstacle "objectif" dans la recherche d'un travail. Mais bien souvent, les préjugés entrent en compte, même sans parler de racisme pur et dur : "Dans mon pays, j'ai obtenu une qualification en informatique de gestion, équivalente à un niveau de BTS", témoigne une jeune femme d'origine ivoirienne. "Pour les employeurs, ça n'a pas de valeur. Au mieux, ils considèrent que je peux utiliser un traitement de texte..."

Parmi les personnes qui se présentent à l'association, les témoignages de discrimination restent nombreux, notamment dans les métiers du service aux personnes et de la restauration-hôtellerie. Difficile par exemple de comprendre comment cette autre personne, ayant travaillé dans un hôtel en Autriche, parlant très bien l'allemand et l'anglais (et le français... sans accent !) puisse peiner à trouver un emploi dans ce secteur...

On sait que, malgré la batterie d'aides et de mesures mises en place, les personnes handicapées connaissent un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne. Il serait certainement utile d'avoir des chiffres aussi précis pour les hommes et les femmes noirs ou maghrébins. Et gageons que lorsque de tels chiffres seront connus, ils feront parler d'eux.

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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