Carnet de bord

Vendredi 24 novembre 2006 5 24 /11 /2006 10:46

Piste de travail possible pour les membres du Club AITA, un projet de chantier d'insertion a été évoqué. L'idée : que ce chantier soit le support d'une activité de services à la personne, secteur, on s'en souvient, présenté par Jean-Louis Borloo comme un gisement d'emplois susceptible de donner du travail à au moins un millions de personnes...

Mais après étude des documents administratifs, il apparaît que la mise en oeuvre de cette idée est loin d'être évidente.... En effet, les textes précisent que le champ des services à la personne est exclu des dispositifs d’insertion par l’activité économique (dont font partie les chantiers d’insertion).

Donc, s'il est admis que ce secteur soit porteur d'emploi pour les demandeurs d'emploi, il n'est par contre pas admis que lesdits demandeurs d'emploi puissent dans ce cadre bénéficier des mesures instaurées pour créer de l'emploi... Ceux qui souhaitent trouver du travail dans l'aide à la personne doivent donc trouver eux-mêmes leurs employeurs (option favorisée par la création du chèque emploi service universel) ou se faire embaucher dans une association ou entreprise oeuvrant dans ce domaine. Problème : plusieurs membres du club ont déjà exploré ces pistes... en vain. Soit ils ne trouvent pas d'employeur chez les particuliers, soit les associations démarchées n'ont pas de poste à pourvoir, ou demandent déjà un haut niveau d'expérience. Pour remettre au travail des personnes durablement éloignées de l'emploi, on peut faire mieux.

Ces discussions amènent plusieurs participants à s'interroger sur le manque d’efficacité et les incohérences des politiques d’insertion. Difficile de leur donner tort.

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Vendredi 1 décembre 2006 5 01 /12 /2006 10:43
Comte-rendu de la réunion du Club AITA
du 14 novembre 2006

La discussion du jour a notamment porté sur les emplois aidés, et plus précisément sur les contrats d'accompagnement vers l'emploi (CAE) et contrats d'avenir (CA).

Ces types de contrat sont accessibles aux personnes de plus de 50 ans, aux personnes inscrites à l’ANPE depuis au moins un an, aux personnes reconnues "travailleur handicapé" par la Cotorep (Commission technique d'orientation et de reclassement professionnel). Selon que le demandeur d'emploi touche les Assedic ou le RMI, c'est soit le CAE, soit le CA, qui s'appliquera à sa situation.

Mais tout n'est pas si simple. Ainsi Sabrina, suite à une reprise ponctuelle d'activité, a été radiée de l'ANPE, puis ré-inscrite en août 2006, donc depuis moins d'un an. Prudente, elle avait pourtant demandé à rester inscrite à l'ANPE pendant sa période de travail, ce qui lui avait été refusé. Une situation pour le moins étonnante, car dans le même temps Robert, également présent au Club, explique que lui a travaillé à plein-temps pendant 18 mois, tout en maintenant son inscription à l'ANPE... Différence de traitement en fonction des orientations des directeurs d'agence ? Cela pourrait être un début d'explication, à ceci près que Robert et Sabrina sont suivis... par la même agence. Autre explication : la pugnacité du demandeur d'emploi à faire valoir ses droits. Car Robert précise que le maintien de son inscription n'allait pas de soi, et qu'il a dû batailler pour la conserver. Curieuse conception en tout cas du traitement des demandeurs d'emploi, où ce sont finalement ceux qui font le plus de bruit qui obtiennent gain de cause...
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Lundi 15 janvier 2007 1 15 /01 /2007 09:39
Depuis décembre, un groupe d'une dizaine de demandeurs d'emploi travaille à une activité de tri de déchets informatiques.

Dans le petit atelier industriel, ils sont une dizaine, majortitairement des femmes, à s'affairer autour de tables chargées de vis, petits emballages et pièces métalliques en tout genre. Ces déchets viennent de l'entreprise NEC, qui assemble des ordinateurs individuels. Le boulot des ouvriers de l'atelier, c'est de les trier par catégorie, de manière à favoriser leur recyclage et leur réutilisation. Un travail inconstestablement utile, à l'heure où le thème environnemental est de plus en plus présent dans les préoccupations des citoyens et les politiques publiques.

Le travail réalisé demande minutie et efficacité. Le flux est fourni, comme en témoigne le manège incessant du Fenwick qui répartit les palettes entre les différents postes de tri. Il ne demande pourtant ni expérience, ni qualification préalable.

Un travail utile, accessible à toute personne prête à retrousser ses manches : voilà deux attributs qui le désignent volontiers comme une piste d'embauche pour des personnes en difficulté d'insertion professionnelle. Gagné : du responsable d'équipe au manutentionnaire, tous les employés de l'atelier étaient chômeurs de longue durée, embauchés en contrat d'avenir (CA) ou contrat d'accompagnement vers l'emploi (CAE).

Reste que constituer un groupe efficace composé uniquement de personnes longtemps éloignées du monde du travail ne va pas de soi. La difficulté à se plier aux contraintes d'une activité industrielle y est compliquée par d'autres problèmes, liés à la situation souvent précaire des personnes embauchées. Logement, garde d'enfant,  transport : ces  questions souvent  délicates à gérer se posent avec d'autant plus d'acuité quand elles interviennent dans des familles qui connaissent une situation financière délicate, marquée souvent par le surendettement ou l'interdit bancaire. Autant d'éléments qui, parfois, alimentent les rancoeurs et nourrissent un esprit de revendication difficile à gérer pour l'employeur.

Aucune de ces difficultés ne vient pourtant contredire la motivation des employés et de leur patron. Avec un maître-mot : adaptabilité. Le bon fonctionnement de l'atelier passe par une certaine souplesse d'organisation, de l'écoute, des rencontres fréquentes pour régler les problèmes dès leur apparition, moyennant parfois une bonne dose de diplomatie ! Mais ça fonctionne, et le rendement est au rendez-vous.

Reste une aigreur parmi les employés : que leur travail, pour utile qu'il soit, reste "non rentable" et conditionné à des aides publiques limitées dans le temps. Leur contrat durera deux ans maximum, pas plus. "On dit 'contrat d'avenir', mais l'avenir, ce n'est pas ce contrat", relève une ouvrière. "Au final, ce sera bien à nous de bouger." En espérant ouvrir des portes qui se sont tant de fois refermées sur eux. Le CA changera-t-il quelque chose à ça ?
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Jeudi 1 février 2007 4 01 /02 /2007 14:17

L'activité de l'atelier industriel se poursuit. Le boulot est fait et bien fait : avouons-le, pour un employeur, c'est quand même le but. Pourtant, rappelons que les salariés qui s'y affairent quotidiennement sont depuis des années exclus du monde du travail. De quoi remettre en cause la confortable notion "d'inemployabilité"...

C'est pratique de dire "inemployable". Un verdict neutre, qui permet de penser qu'en toute objectivité, il n'y a rien à faire : ce n'est pas de la faute du monde du travail si la personne ainsi qualifiée reste exclue, c'est bien en raison d'une disqualification qui lui est propre... voire dont elle est elle-même responsable. Mais interrogez les directeurs de centres d'aide par le travail ou d'entreprises d'insertion. Inemployables, leurs employés ? Allons donc ! Et il serait trop simple de croire que si ces travailleurs sont efficaces dans ces structures, c'est uniquement en raison de l'extrême simplicité des tâches qui leur sont confiées. Ainsi pendant des années, des ouvriers de CAT (donc le fond de l'inemployabilité) ont assemblé des composants électroniques sur les cartes-mères d'ordinateurs fabriqués à l'usine NEC d'Angers...

Par quelle subtile alchimie de tels résultats sont-ils donc possibles ? L'observation du travail réalisé en atelier à l'initiative du Club AITA fournit quelques éléments de réponse. Tout d'abord, éviter l'écueil de l'angélisme. Non, employer des personnes qui pendant des années ont été exclues du travail ne se fait pas sans difficulté. Bien sûr, sauf à tomber dans la caricature, il n'est pas question de stigmatiser certains comportements pour en faire des généralités. Mais c'est vrai, pour un public longtemps éloigné du monde de l'emploi, le rapport à l'autorité est parfois compliqué, le respect des règles est parfois difficile, la notion de ponctualité est parfois élastique... Au sein de l'atelier, ces éléments ont conduit plusieurs salariés à mettre sur la table l'idée d'un réglement intérieur, pour l'heure inexistant. Le débat qui s'en est suivi fut à la fois intéressant et instructif : pour certains, un tel réglement est nécessaire justement pour lutter contre les dérives constatées ; pour d'autres, le travail en contrat d'accompagnement vers l'emploi (ou tout autre "contrat d'insertion") se présente comme une étape transitoire vers une "vraie" insertion professionnelle, et légitime donc une forme de souplesse.

Qui a raison, qui a tort ? Sans doute les deux. C'est vrai, une trop grande rigidité risquerait d'exclure ceux qui ne sont pas en mesure d'intégrer pleinement les règles et usages de toute activité professionnelle. Ce n'est évidemment pas le but. Et à l'inverse, un trop grand laxisme ne préparerait aucunement à une future insertion dans le milieu du travail "ordinaire". Alors que faire ? Jouer les équilibristes, traiter chaque problème l'un après l'autre, et surtout accepter que ces problèmes existent puisque la finalité est bien l'emploi de tous. C'est précisément parce que cette finalité n'existe pas dans l'entreprise lucrative qu'y existe la notion "d'inemployabilité". Inemployable ? Non ! Rentable du lundi au vendredi sans discontinue et sans avoir besoin d'un minimum d'encadrement ? Pas sûr non plus... Mais entre ces deux notions, il y a un iatus qu'il faut savoir explorer. Et il est bien dommage que les entreprises estampillées "de travail adapté" soient si souvent seules à s'y risquer.

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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