Présentation

Nos parcours sont différents, nos histoires aussi. Notre principal point commun : être demandeur d’emploi. Malgré des expériences multiples, des formations, et évidemment une motivation sans faille, depuis des années, les portes du monde du travail restent closes face à nous. C’est pour cette raison que nous nous sommes retrouvés, un jour, à l’AITA, ou Association intermédiaire de travail adapté. «L’AITA, pour partie, fonctionne comme les agences d’intérim», nous a-t-on expliqué lors de la réunion d’inscription. «Sur ce point, on ne vous promet pas qu’on vous trouvera du travail à tous… Mais l’AITA, ce n’est pas qu’une agence d’intérim. C’est aussi une association qui s’est constituée à partir d’un constat simple : il n’est pas normal que tant de personnes, dans notre pays, soient touchées par le chômage de longue durée. Et comme on trouve que ce n’est pas normal, on souhaite le dire, et réfléchir ensemble aux moyens d’en sortir.»
C’est sur ce leitmotiv que s’est constitué le Club AITA. Au début, on ne savait pas trop ce que ça allait donner. La participation est libre : on vient quand on peut, ou quand on veut, mais la porte est ouverte. Puis rapidement, un noyau dur s’est constitué. Nos parcours sont différents, nos histoires aussi, mais on a finalement tant de choses à échanger. Les mêmes situations absurdes face aux dispositifs d’accès à l’emploi, la même lassitude face aux échecs répétés, le même sentiment, parfois, d’une discrimination. Mais aussi la même envie de ne pas baisser les bras, de crier que non, les demandeurs d’emploi ne sont ni des assistés, ni des paresseux, ni des incompétents. Ce blog est là pour ça.

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Mardi 26 février 2008

Association intermédiaire, l'AITA a pour fonction d'aider des personnes loin de l'emploi à renouer avec le monde du travail, par le biais du travail temporaire. En 2007, 447 personnes se sont adressées à l'association. L'occasion de dresser un bilan de l'action conduite, et des difficultés rencontrées.

Tout d'abord une évidence : l'association ne trouve pas de travail pour tous. Sur ceux qui se sont inscrits à l'AITA en 2007, 58% n'ont pas réalisé de mission de travail depuis. Parfois parce que les missions proposées ne leur convenaient pas ou parce qu'ils n'étaient plus disponibles à ce moment-là. Mais c'est surtout le manque de missions qui explique cette situation

Quand on demande aux personnes reçues quelles sont les causes de leurs difficultés d'accès à l'emploi, c'est sans surprise le manque d'expérience (cité par 48%* d'entre elles) et le manque de qualification (31%) qui arrivent en tête. Précisons que les réponses sont ouvertes, sans cases à cocher de type "QCM".

Si le constat est clair, il n'est pas accepté pour autant. Nombreux sont ceux qui expriment leur ras-le-bol face à une situation "où on ne (leur) permet pas de faire (leur) preuve". Une question revient souvent : "Comment se faire une expérience si on ne me donne jamais ma chance ?" 

Ces difficultés sont connues des pouvoirs publics, qui essayent depuis des années d'y apporter des réponses (contrats aidés, formation professionnelle) sans pour l'instant être parvenus à des résultats tangibles.

D'autres difficultés sont insuffisamment prises en compte, mais également largement répandues : manque de mobilité (cité dans 24% des réponses), "handicaps" de toute nature (27%), comme des problèmes de santé, de maîtrise de l'écrit ou de discrimination (qui de fait transforme en "handicap" des critères comme l'âge ou la couleur de peau....).

Plus marginal, certains évoquent la difficulté à reprendre un travail après une longue période d'inactivité (congé parental, longue maladie...) ou encore le découragement.

Ce qui apparaît clair, c'est que quelle que soit la cause, certains se retrouveront toujours au-dessous de la pile de CV qui encombre le bureau des recruteurs. Et que tant que le marché de l'emploi permettra cette grande sélectivité, leur situation ne pourra pas s'améliorer durablement.

Que faire alors pour ceux-là ? Accepter qu'ils survivent de longues années dans la précarité, voire avec les minima sociaux** ? Ou adopter enfin une politique de l'emploi ambitieuse, basée sur un vrai contrat social respectant le "droit au travail" prévu par la déclaration des droits de l'homme ?

* Total supérieur à 100, chaque personne ayant pu donner plusieurs réponses
** 3,5 millions de personnes sont allocataires de minima sociaux en France ; 6 millions de personnes au total en vivent (conjoints et enfants d'allocataires compris)

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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Mercredi 2 janvier 2008

Mettons fin de suite à cet insoutenable suspense : au terme de notre procès du chômage (lire articles précédents), il a été estimé que non, les demandeurs d'emploi ne sont pas responsables de leur situation. Cependant, en bons magistrats, les juges ont tenu à présenter l'argumentaire de leur délibéré.

"Premièrement, au regard des témoignages exprimés, il apparaît que le chômage représente une forme de précarité qui découle du système économique et de ses dysfonctionnements. Cependant, cette précarité est parfois utilisée, voire aggravée, par ceux qui en tirent profit.

Deuxièmement, cette précarité est organisée, volontairement ou non, de telle sorte que le chômeur se sente fautif, coupable de son chômage.

Troisièmement, ce sentiment de culpabilité est nuisible, dans le sens où il enferme le chômeur dans son isolement et freine l'organisation collective qui serait nécessaire pour revendiquer de réelles avancées.

En conclusion, les chômeurs ne sont pas responsables de leur chômage, mais il leur appartient de rompre leur isolement pour s'organiser collectivement et peser dans le débat -- et ainsi éviter d'y être stigmatisés."

Ce jugement n'est évidemment pas une fin en soi. Il a permis par contre de réunir des gens, chômeurs ou travailleurs précaires, autour d'un constat largement partagé. Reste, maintenant, à dépasser le stade du constat pour entrer dans une phase d'action, et proposer un changement.

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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Mercredi 26 décembre 2007

Suite du compte-rendu de l'audience menée lors de notre réunion du 14 décembre (voir article précédent), qui consistait à faire le procès du chômage pour déterminer si oui ou non les demandeurs d'emploi sont responsables de leur situation.

Le procureur : c'est assez pratique de dire qu'on ne peut pas trouver de travail "normal". Comme ça, on peut prétendre à un contrat aidé...
Les demandeurs d'emploi : qui a dit que nous courions après les emplois aidés ? C'est sûr que quand on est dans la galère, c'est mieux que rien. Mais c'est surtout un cache-misère : ce n'est pas bien payé et surtout, il n'y a aucune garantie d'insertion en fin de contrat. Et ce qui est injuste, c'est que chaque demandeur d'emploi n'a droit qu'à un contrat aidé, mais les employeurs, eux, peuvent en signer autant qu'ils veulent. Résultat : il y a des patrons qui font tourner les contrats aidés, et qui ne recrutent plus en CDI ! Du coup, c'est d'autant plus dur pour les chômeurs, surtout ceux qui ont déjà "bénéficié" d'un contrat aidé...

A vous entendre, tous les employeurs sont des profiteurs ou des malhonnêtes. C'est un peu caricatural non ?
On ne reproche pas aux patrons d'utiliser les dispositifs créés pour eux : c'est leur intérêt et ils auraient tort de se priver. Le problème général ne vient pas des employeurs, mais du marché de l'emploi : le chômage de masse a créé un contexte où les patrons peuvent se permettre d'être exigeants, ou en tout cas de ne prendre aucun risque en ne recrutant que ceux qui sont hyper-formés et hyper-compétents. Ce qui ne laisse pas de place aux autres.

On ne va quand même pas reprocher aux patrons de recruter en priorité ceux qui sont les plus performants !
Non, mais on peut leur reprocher de rester toujours dans les mêmes schémas, sans donner leur chance aux chômeurs de longue durée. Pourtant certains pourraient s'avérer très performants, pour peu qu'on leur donne la possibilité de faire leurs preuves. Nous avons l'exemple d'un jeune homme très doué pour poser du carrelage. Mais à cause d'un très mauvais niveau dans les matières générales, il a échoué à obtenir son diplôme professionnel. Eh bien il n'a jamais été embauché. C'est un très bon carreleur, mais sans diplôme, il ne vaut rien...
De manière générale, le fait d'être chômeur est déjà, en soi, un handicap pour trouver du travail : les recruteurs considèrent que quand quelqu'un est au chômage (surtout de longue durée), ce n'est pas sans raison. Et par définition, les chômeurs ont des trous dans leur CV. Les employeurs n'aiment pas ça. Cet a priori est dommageable, mais pas illégal. Que dire alors de la discrimination (liée à la couleur de peau, à l'âge ou au sexe) qui est elle aussi bien réelle...

L'audience est désormais terminée. Les jurés présents lors de notre procès ont-ils considéré les demandeurs d'emploi comme étant coupables de leur chômage ? Réponse prochainement avec le verdict.

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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Mercredi 19 décembre 2007
Nous avons organisé le 14 décembre une réunion à laquelle étaient invités les demandeurs d'emploi inscrits à l'AITA. Une trentaine ont répondu présent, et ont instruit le "procès du chômage". Répartis en quatre groupes, ils ont répondu aux accusations d'un procureur reprenant l'argumentaire selon lequel les  "privés d'emploi" seraient responsables de leur situation. Voici le compte-rendu de l'audience.

Le procureur : On sait très bien qu'il y a du travail dans certains secteurs. Si les chômeurs sont au chômage, c'est qu'ils ne veulent pas travailler.
Réponse des demandeurs d'emploi :
  Travailler dans le bâtiment ou la restauration, on veut bien, mais dans ces secteurs aussi, les employeurs veulent des gens efficaces tout de suite. Si on a pas d'expérience, on est pas pris. Le problème, c'est que pour avoir de l'expérience, il faut bien que quelqu'un nous donne notre chance ! Et puis il y a d'autres problèmes : pour les femmes par exemple, c'est très dur de trouver un emploi dans le bâtiment, parce qu'elles y sont dévalorisées. Pourtant il y a dans ce secteur beaucoup de postes où elles peuvent être très efficaces.

Avant de parler d'expérience, parlons simplement de qualification. Les demandeurs d'emploi manquent souvent de qualifications. S'ils veulent du travail, ils doivent se former.
Se former oui, mais les formations pour adultes sont souvent saturées, il n'y a pas assez de places. Et quand on trouve une place, comment on vit pendant la formation ? Si vous n'avez pas ouvert de droits, la formation n'est pas rémunérée. Donc, pour bénéficier d'une formation dans de bonnes conditions, il faut avoir des droits. Et pour avoir des droits, il faut avoir travaillé. Mais comment travailler sans formation ni expérience ?! C'est un cercle vicieux !
Et pour ceux qui font une formation, elle doit ensuite être suivie d'un stage pour être validée. Ce stage non plus n'est pas rémunéré, et encore faut-il en trouver un ! C'est d'autant plus dur pour les personnes de couleur : même pour les stages, la discrimination existe.

Vous oubliez les contrats d'apprentissage ou de professionnalisation, qui permettent de se former en percevant un salaire.
Ces contrats sont davantage destinés aux moins de 26 ans. Quand on est plus âgé, c'est moins intéressant de nous embaucher car les patrons perdent le bénéfice de l'éxonération et payent plus cher. Donc ils embauchent surtout des jeunes.

Tout ça serait plus simple si vous étiez moins exigeants ! Admettez tout de même que c'est souvent plus agréable de toucher les allocations que de travailler...
Le problème n'est pas de vouloir travailler, mais de pouvoir travailler ! Si on vous propose un poste dans une autre ville à trente kilomètres, et que vous n'avez ni voiture ni permis de conduire, comment vous faites ? Ou si on vous propose un emploi de nuit, mais que vous élevez seul des jeunes enfants ?

Prochainement : la suite de l'audience...

Par Le Club Aita - Publié dans : Carnet de bord
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8 idées reçues sur le chômage

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