Nous continuons, avec le texte ci-dessous, la publication des "bonnes feuilles" du livre à paraître écrit par Patrick Valentin, vice-président de l'AITA. Il présente dans ce livre les
réflexions que lui inspirent la situation des personnes "privées d'emploi", ainsi que des pistes de solution (lire
l'extrait précédent).
" Dans ce système paradoxal, où les politiques affirment s’attaquer au chômage tout en renvoyant la responsabilité de créer des emplois aux mécanismes « naturels » de l’économie,
l’action concrète des pouvoirs publics se limite à un rôle de « passerelle ». La multitude des emplois aidés créés ces deux dernières décennies est une illustration parfaite de cette
logique.
Sur une période déterminée (tous ces contrats sont des CDD), les emplois aidés ont pour but de remettre le pied à l’étrier les personnes les plus éloignées du monde de l’emploi. Après, à elles de
trouver un emploi durable dans la sphère du travail privé.
Le raisonnement de cette logique de passerelle est le suivant :
- certains salariés « loin de l’emploi » ont besoin d’
une aide pour retrouver ou acquérir une « employabilité » ;
-
on peut aider ces personnes par le biais d’emplois subventionnés pour une durée déterminée sans remettre en cause les grands principes de notre système économique (c’est-à-dire sans
fâcher personne) ;
-
ragaillardis par cette expérience évidemment positive, les salariés qui sortent de ces dispositifs retrouvent nécessairement du travail sur le marché ordinaire.
Malheureusement, cette logique ne marche pas. Depuis quinze ans, les chiffres prouvent qu’un tiers seulement des personnes sortant d’un tel dispositif d’insertion trouve ensuite un emploi
durable, et surtout, dans le même temps, un nombre au moins égal de personnes passe au « chômage de longue durée » ! Sans compter qu’il en reste deux tiers qui ne sont pas sortis du chômage ou sont
restés dans une situation précaire équivalente. Au total, on a rien gagné, et parfois la situation s’est même aggravée. Le plus grave et le plus préoccupant dans ce système des emplois aidés, c’est
peut-être l’idéologie qui domine :
puisqu’il s’agit de passerelles, l’Etat accepte de les financer temporairement, mais à condition qu’il y ait des résultats, c'est-à-dire des passages du
milieu de l'emploi aidé au milieu dit ordinaire, pour démontrer la « rentabilité » de ces passerelles en terme d’insertion. Conséquence : pour éviter les mauvais résultats éventuels qui mettraient
en cause l’aide de l’Etat,
les entreprises d’insertion sont amenées, parfois, à effectuer des sélections aussi sévères, parmi les chômeurs de longue durée, que celles effectuées par les
entreprises ordinaires !
Les faits sont là, ils sont têtus, mais il n’est pas « politiquement correct » de les regarder en face. C’est tellement facile de regarder ailleurs, et de développer toutes les fausses bonnes
raisons très complexes qui sont censées expliquer si bien les choses et qui permettent de disserter à perte de vue. Tantôt, c’est la formation qui est en cause, tantôt, c’est la mobilité, etc. La
réalité, c’est tout simplement le manque quantitatif et qualitatif d’emplois.
Des emplois adaptés aux besoins et aux demandes d’une population disponible et capable de travailler sans préalable,
voilà ce qui manque. Cessons de regarder ailleurs. "
A suivre