La VAE, c'est pas pour les chômeurs
Lorsque la validation des acquis de l'expérience (VAE) a été créée en 2002, elle avait pour but, selon le ministère du Travail, de favoriser "l'accès à la certification des demandeurs d'emploi
et des personnes ayant un bas niveau de formation initiale". Une étude de la Dares indique que s'agissant des demandeurs d'emploi, le but n'est pas atteint.
La Dares, service statistique du ministère du Travail, a publié le 20 août 2008 une étude sur les bénéficiaires de la VAE. La VAE, pour "validation des
acquis de l'expérience", est une procédure visant à permettre aux personnes disposant d'une qualification réelle mais non reconnue d'obtenir un diplôme ou certificat de qualification dans ce
domaine. Exemple basique : une mère au foyer souhaitant par ce biais obtenir la reconnaissance de son expérience auprès de jeunes enfants.
Dans la mesure où l'absence de qualification reconnue est l'un des freins majeurs à l'accès à l'emploi des chômeurs de longue durée, on pourrait s'attendre
à ce qu'ils figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette procédure (et c'était d'ailleurs le but de l'opération). Nombreux sont en effet les demandeurs d'emploi qui, sans bénéficier
d'une qualification "officielle", n'en présentent pas moins un réel savoir-faire, acquis au fur et à mesure des stages, petits boulots, missions d'interim, etc. Autre cas souvent rencontré à l'AITA
: celui de travailleurs immigrés qui ont passé un diplôme ou validé une formation dans leur pays d'origine sans que cette qualification soit reconnue en France.
Alors, la VAE, un bon plan pour les chômeurs ? La réponse apportée par la Dares est claire : c'est non.
Premier constat : 90 % des candidats à une VAE sont en emploi (dont un tiers à temps partiel). Les chômeurs ne représentent que 10 % de cet
effectif. La VAE est ainsi surtout assimilée à un outil de promotion professionnelle, voire de reconnaissance sociale lorsqu'elle vise à corriger le décalage entre fonctions dans
l'entreprise et niveau de qualification.
Le fait que des salariés, dont une forte proporition en situation précaire, puissent réaliser une VAE est évidemment une bonne chose. Mais cela n'explique pas pourquoi les chômeurs y sont si peu
représentés.
En fait, il s'avère que le dispositif n'est pas du tout adapté à leur situation. Tout d'abord, une VAE, c'est long : deux ans minimum. Trop long
lorsque la préoccupation du moment est de payer le loyer du mois ou remplir son caddie de courses en fin de semaine.
Ensuite, la Dares relève que la VAE a plus de chances d'aboutir lorsque le candidat est accompagné dans sa démarche et bénéficie déjà d'un diplôme. Tout l'inverse donc du demandeur d'emploi isolé
et sans qualification. Et la VAE est un processus sélectif : sur les 60 000 dossiers jugés recevables en 2006, seuls 26 000 ont été menés à terme avec succès. Rien d'étonnant à ce que les
chômeurs soient les plus nombreux à jeter l'éponge : ils représentent 16 % des abandons (alors, rappelons-le, qu'ils ne représentent que 10 % des candidats).
Publié le 26/08/2008 à 14h31 dans Analyses